Pour Yuval Freilich, tout a commencé avec les claquettes.

« Les gens se moquent de moi là-dessus, mais j’aime la danse, n’importe quel type de danse », raconte-t-il. « J’aime les claquettes. »

Vers 8-9 ans, il découvre que l’escrime exige des mouvements très proches de ceux qu’il a appris en tant que danseur et il en devient complètement accro.

Aujourd’hui âgé de 19 ans, le jeune homme ratisse les tournois internationaux. Le
8 avril dernier, il a fini sixième des Championnats du monde juniors à Plovdiv en Bulgarie, un mois après sa victoire triomphale lors des Championnats européens juniors à Jérusalem.

Freilich avait certes visé la première place lors des championnats du monde, mais son but ultime n’a pas varié : décrocher une médaille d’or aux Jeux olympiques, une récompense qu’il espère obtenir dans la prochaine décennie.

« Je rêve de devenir champion olympique », explique-t-il. « Aujourd’hui, c’est un rêve. Mais le but est que ce rêve se réalise. Si je suis capable de faire cela, il n’y aura rien de mieux. »

Freilich, dont les parents viennent de Sydney en Australie, est né en Israël et a grandi à Neve Daniel dans le Goush Etzion, près de Jérusalem. Quand il ne voyage pas pour les compétitions, il passe la plupart de son temps à l’institut Wingate, où il sert comme soldat et fait du travail de bureau, à proximité du centre d’escrime de Kfar Saba.

Ohad Balva l’entraîne depuis cinq ans. Il a également entraîné de nombreux escrimeurs de haut niveau, dont Noam Mills, qui a participé aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin.

« [Freilich] a du talent », juge Balva. « Il ressent ce sport au plus profond de lui-même. C’est un gros bosseur et il veut toujours progresser. »

Escrimeur pendant plus de trois décennies et entraîneur depuis 11 ans, Balva affirme n’avoir aucun doute sur la capacité de Freilich à remporter une médaille olympique.

Mais pour l’heure, les tournois d’escrime sont éreintants. Le mois dernier, lors des Championnats d’Europe juniors, où les participants ont tous moins de 20 ans, Freilich a enchaîné les duels et grimpé dans la hiérarchie. Il a affronté des adversaires français, anglais, suédois et hongrois avant de battre un opposant espagnol en finale et de se qualifier pour les Championnats du monde juniors.

Avec des centaines de compétitions internationales à son actif, Freilich a déjà remporté des dizaines de médailles et de trophées, dont une victoire aux Championnats du monde cadets en 2012, à Moscou. Il est le premier Israélien à avoir remporté les Championnats d’Europe juniors.

« Je ne crois pas que ça ait tellement d’importance d’être le premier [Israélien] ou le 20ème à les remporter », nuance-t-il. « Mais j’espère qu’en étant la première personne à le faire, je pourrai inspirer d’autres Juifs et les gens verront que c’est possible. »

Il avait déjà obtenu la médaille de bronze dans cette même compétition il y a deux ans.
« Cette année, je suis revenu et j’ai gagné », se satisfait-il.

Cette victoire lui a permis de décrocher son billet pour la Bulgarie et les Championnats du monde juniors. Il a démarré le tournoi au sein d’un groupe conséquent de prétendants et a gagné suffisamment de matchs pour participer au top 64. Puis au top 32.

Il avait les yeux rivés sur la plus haute marche du podium, mais a finalement dû se contenter de la sixième place.

C’est un « superbe résultat, même s’il n’est pas premier », écrit sa mère, Rachel Freilich, dans un email envoyé depuis la Bulgarie.

« Évidemment, tout le monde est très déçu, mais c’est la vie », poursuit-elle. « La compétition est féroce et il affronte les meilleurs escrimeurs du monde. »

Freilich ne lève pas le pied. Vendredi, il a mené l’équipe d’escrime israélienne à la quatrième place lors de l’épreuve par équipe des Championnats du monde en Bulgarie. Et il s’entraîne déjà pour plusieurs compétitions à venir, notamment les Championnats d’Europe seniors, qui auront lieu en juin à Strasbourg.

Il dit aimer la pression du haut niveau et la prise de décision rapide que requiert l’escrime, une discipline souvent comparée à une version « physique » des échecs.

Élevé dans une famille juive religieuse, Freilich a dû faire face à un défi majeur : le fait que la plupart des compétitions d’escrime aient lieu le samedi.

S’il y a plusieurs années, une ordonnance de la Cour suprême a interdit à l’association d’escrime israélienne d’organiser des compétitions le samedi, la tradition initiale a repris le dessus et de nombreux tournois ont désormais lieu pendant Shabbat.

« J’ai pris la décision personnelle de participer à un tournoi s’il tombe un samedi »

Yuval Freilich

« J’ai pris la décision personnelle de participer à un tournoi s’il tombe un samedi », explique Freilich.

« Mais dans l’État juif, je pense qu’il est complètement ridicule que les enfants, les jeunes sportifs ou les adolescents aient à faire un tel choix – en escrime comme dans tout autre sport. J’ai pris une décision : je participe les samedis. Mais dans un coin de ma tête, il y a toujours cette question : est-ce la bonne chose à faire ? Je ne pense pas. Je ne pense pas que quiconque devrait avoir à faire cela. »

Peu importe où il se trouve, que ce soit Moscou, Budapest, Paris, Buenos Aires ou ailleurs, Israël ne quitte jamais les pensées de Freilich.

« La volonté farouche de Yuval de réussir en escrime vient de son désir de faire honneur à Israël et de représenter son pays de la meilleure façon possible », affirme sa mère. « Il a choisi de faire cela en devenant sportif d’élite de l’armée. »

Sa passion peut être difficile à vivre pour sa famille, avoue le jeune athlète. Mais malgré les nombreux voyages et la fréquence à laquelle les tournois tombent les samedis, ses parents, ses frères et ses sœurs viennent le voir concourir autant qu’ils le peuvent. Il est le cinquième d’une fratrie de six enfants.

« Quand il était plus jeune, nous l’accompagnions autant que possible et si nous ne pouvions pas voyager, ses frères et sœurs se relayaient pour être avec lui », se souvient Rachel. « Être loin de chez soi peut s’avérer être une expérience très solitaire. »

Freilich s’entraîne plusieurs heures par jour du dimanche au jeudi, parfois même le vendredi. Il participe souvent à des compétitions le samedi. Cela requiert une implication de tous les instants, rendue possible grâce à son statut de sportif d’élite au sein de l’armée. Chaque jour, il s’entraîne plusieurs heures avant et après son travail militaire.

Et parfois, le fait que sa famille soit proche de lui fait toute la différence.

Quand il est devenu champion d’Europe juniors en mars, les combats acharnés qu’il a dû livrer se sont évaporés et seul un instant est resté gravé dans la mémoire de Freilich.

« À la fin, ma mère est descendue et m’a pris dans ses bras », se souvient-il. « Et c’était sans aucun doute le moment le plus fort de la journée. »