Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a assuré lundi qu’Israël restait « la pierre angulaire » de la politique américaine au Moyen-Orient, dans une nouvelle tentative de rassurer l’Etat hébreu après l’accord sur le nucléaire iranien.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait mené durant des mois campagne contre cet accord, allant jusqu’à tendre ses relations avec le grand allié américain. Une fois l’accord conclu avec Téhéran, Washington a dépêché son secrétaire à la Défense pour une tournée régionale entamée à Tel-Aviv.

Netanyahu, qui n’a cessé de mettre en garde contre un Iran doté de l’arme atomique –un arsenal qu’il obtiendra en contournant l’accord, assure-t-il–, continue d’assurer que l’option militaire est toujours sur la table. Mais pour les experts, des frappes israéliennes sur l’Iran sont hautement improbables, et plus encore depuis l’accord de Vienne.

Avant de rencontrer son homologue israélien Moshé Yaalon, Carter a assuré que leurs pays allaient « travailler ensemble pour maintenir notre sécurité dans cette région troublée ». « Israël est la pierre angulaire de la stratégie américaine au Moyen-Orient », a-t-il encore martelé.

Yaalon a insisté sur « les valeurs et les intérêts communs », évitant soigneusement d’évoquer les divergences, claires sur le dossier iranien, entre son pays et Washington.

« Nous allons avoir l’opportunité de discuter de la situation au Moyen-Orient qui connaît de véritables changements, quasiment chaque jour. Il nous faut donc adapter notre stratégie (…) pour faire face aux défis », a-t-il poursuivi.

Compensations militaires ?

Les Etats-Unis allouent chaque année à Israël, considéré comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient en dépit de son ambiguïté sur le sujet, trois milliards de dollars d’aide militaire, en plus de leur participation à différents projets, comme le système de défense anti-missile Dôme de fer.

Israël tenterait d’en obtenir plus du grand allié américain après l’accord avec Téhéran, contre lequel les critiques, notamment de Netanyahu, n’ont pour le moment pas faibli.

La radio militaire israélienne rapportait lundi que des responsables du ministère de la Défense étaient prêts à discuter de compensations mais que Netanyahu rechignait à franchir ce pas, redoutant qu’il ne signifie que son pays acceptait de fait l’accord avec l’Iran, auquel a-t-il répété à plusieurs reprises, Israël « n’est pas lié ».

Car pour Netanyahu, ce que Téhéran a obtenu à Vienne, c’est non seulement une « voie vers les bombes nucléaires », mais aussi une levée des sanctions qui lui permettra de financer le « terrorisme » au Moyen-Orient notamment via son allié libanais, le Hezbollah, qui a mené en 2006 une guerre meurtrière contre l’armée israélienne. Pour démontrer ce danger, Yaalon emmènera dans l’après-midi Carter à la frontière libanaise.

Carter a toutefois noté que si l’accord avait été conclu pour faire triompher le travail diplomatique, il n’interdisait pas le recours à la force pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a déploré le fait qu’ « il existe malheureusement encore des gens qui parlent d’utiliser illégalement et de façon illégitime la violence pour atteindre leurs objectifs basés sur des illusions » alors même que « le monde a vu la semaine dernière à Vienne la victoire de la diplomatie sur la guerre et la violence ».

Carter doit rencontrer mardi Netanyahu qui a déjà lancé sa nouvelle campagne aux Etats-Unis par une série d’interviews à des télévisions. Son but, affirment les observateurs, est de tenter de faire pression sur le Congrès pour qu’il n’avalise pas la levée des sanctions américaines contre l’Iran. Ce vote doit avoir lieu sous 60 jours.

« L’accord va peut-être bloquer ou retarder la voie de l’Iran vers une ou deux bombes durant les années à venir, s’ils ne trichent pas, mais il va leur ouvrir la voie vers de très, très nombreuses bombes dans dix ans », a-t-il prévenu.

Carter se rendra ensuite en Jordanie et en Arabie saoudite, grand rival régional de Téhéran.