La vente de la société israélienne NeuroDerm au géant de la pharmacie japonais Mitsubishi Tanabe pour 1,1 milliard de dollars le mois dernier, une vente qui est considérée comme le plus grand achat d’une société pharmaceutique israélienne, a mis l’accent sur le secteur de la bio-technologie d’Israël, où un certain nombre d’autres entreprises se préparent à commercialiser leur produit.

« C’est important », a déclaré Anya Eldan, la vice-présidente de la division Startup de l’autorité de l’Innovation d’Israël, au sujet de l’accord NeuroDerm. « Nous ne voyons pas ce type d’évaluation souvent pour une entreprise de bio-technologie. Cela est plus typique pour une entreprise Internet. C’est un appui précieux pour l’industrie de la bio-technologie israélienne ».

NeuroDerm développe des traitements pour les patients atteints de la maladie de Parkinson, ainsi que d’autres troubles liés au système nerveux central.

Le produit phare de l’entreprise n’est pas encore sur le marché, mais est en phase d’essais cliniques avancés en Europe et aux États-Unis. Le produit pourrait être commercialisé sur le marché dès 2019, a annoncé Mitsubishi Tanabe le mois dernier.

Anya Eldan, responsable de la division startup de l'autorité d'Innovation d'Israël (Crédit : Autorisation)

Anya Eldan, responsable de la division startup de l’autorité d’Innovation d’Israël (Crédit : Autorisation)

NeuroDerm a été fondé par l’un des incubateurs technologiques de l’autorité de l’Innovation en 2003 et a reçu le soutien financier de l’autorité pendant sept ans, a déclaré Eldan. « Cela est très gratifiant que l’une de nos entreprises ait tellement bien marché. La société a maintenant un partenaire stratégique qui aidera à amener son produit sur le marché ».

Les entreprises en bio-technologie doivent généralement parcourir un long et douloureux voyage pour parvenir au succès. Il faut beaucoup d’argent, de la patience et beaucoup de chance pour développer un médicament. C’est un processus qui prend des années et qui consiste à identifier un besoin, à trouver l’idée du médicament, à développer le médicament et ensuite à entreprendre des essais cliniques susceptibles d’aboutir à des approbations réglementaires dans le monde entier et finir par la commercialisation du médicament. Les probabilités d’échec à chacune de ces étapes sont énormes. Et les petits succès apportent beaucoup de joie.

« En biotechnologie, il est très difficile de réussir, et la construction d’un éco-système en Israël nécessite de la patience », a souligné Eldan.

L’accord NeuroDerm, a-t-elle ajouté, « est le début d’une ère pour l’industrie israélienne de la bio-technologie, et c’est le résultat d’une politique gouvernementale à long terme. Nous sommes très heureux de voir ce type de maturation, et il reste encore beaucoup à faire. »

Mais, a-t-elle affirmé, « au final, de ces jeunes entreprises novatrices, la prochaine grande entreprise pharmaceutique israélienne émergera ».

Le milieu actif de la biotechnologie

Il existe environ 1 350 sociétés de sciences de la vie actives en Israël, dont 612 ont été créées au cours de la dernière décennie 2007-2016, selon un rapport sur les sciences de la vie de 2016 publié par Israël Advanced Technology Industries (IATI) en mai. L’IATI est une organisation rassemblant des industries de la haute technologie et des sciences de la vie en Israël.

Quelque 823 millions de dollars ont été investis dans l’industrie l’année dernière, ce qui représente 20 % de tous les investissements en haute technologie israélienne, indique le rapport. Et l’industrie devient plus mature, avec environ 33 % des entreprises en phase de recettes préliminaires et 5 % dans la phase de croissance des revenus.

En effet, des entreprises comme BiondVax, qui est en train de développer un vaccin universel contre la grippe, Gamida Cell, un fabricant de médicament en utilisant des technologies cellulaires et d’immunothérapie, RedHill Biopharma Ltd, un développeur de médicaments pour les maladies gastro-intestinales, et Vascular Biogenics Ltd. (VBL), un fabricant de médicaments qui ciblent les vaisseaux sanguins pour prévenir la propagation du cancer, se préparent tous à la commercialisation de leurs produits.

Se préparer au sprint

Les actions RedHill Biopharma, la société de biotechnologie fondée par deux habitants d’un kibboutz, Dror Ben-Asher et Ori Shilo, sont négociées à Tel Aviv et au Nasdaq. L’entreprise mène des essais cliniques en phase avancée pour plusieurs de leurs médicaments, dont deux qui visent à lutter contre la maladie de Crohn et les maladies liées à la bactérie H. pylori, la bactérie qui est à l’origine des ulcères et qui est une cause majeure du cancer gastrique.

RedHill dispose également une variété d’autres médicaments expérimentaux en phase clinique, afin de répartir les risques.

Le médicament pour la gastro-entérite aiguë Bekinda, de Redhill (Autorisation)

Le médicament pour la gastro-entérite aiguë Bekinda, de Redhill (Autorisation)

RedHill met actuellement en place son infrastructure commerciale et implante sa force commerciale aux Etats-Unis, qui sera basée à Raleigh, en Caroline du Nord, car elle attend que ses autres produits mûrissent et qu’ils obtiennent potentiellement les approbations nécessaires de la FDA des États-Unis.

Biogenics Vascular, fondée en 2000 par son PDG Dror Harats, un professeur de l’université de Tel Aviv et médecin au Centre médical Sheba à Ramat Gan, développe des thérapies géniques pour lutter contre le cancer. Son médicament phare, VB-111, vise le glioblastome multiforme, une forme de tumeur cérébrale agressive et difficile à traiter.

La société prévoit de mettre en place une nouvelle usine de fabrication à Modiin dans le centre d’Israël, ce qui permettra à la société de s’approcher de la commercialisation potentielle du médicament VB-111.

BiondVax, une société basée à Ness Ziona dont les actions sont échangées sur le Nasdaq et à Tel Aviv, travaille sur un potentiel vaccin universel contre la grippe.

La société a annoncé le mois dernier qu’elle a signé un accord pour louer un espace d’environ 1 800 mètres carrés dans le BioPark de Jérusalem, situé dans le campus d’Ein Kerem Hadassah. On s’attend à ce que l’installation de taille moyenne ait la capacité de produire annuellement des dizaines de millions de doses de son potentiel produit phare M-001, soit en seringues à dose unique, soit en vrac. Le M-001 est conçu pour protéger des souches de la grippe saisonnière et pandémique actuelles et futures.

Vaccination. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Vaccination. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Ce projet de nouvelle usine de fabrication commerciale de taille moyenne marquera l’aboutissement de la transformation de BiondVax en une société pharmaceutique entièrement intégrée » qui fonctionnera selon les normes internationales, s’est réjoui le docteur Shimon Hassin, le directeur général d’exploitation de BiondVax, au moment de l’annonce.

Gamida Cell, basée à Jérusalem, a commencé à recruter des patients dans le cadre de la dernière étape d’un essai clinique pour un médicament qui, selon la société, aidera à augmenter le succès des transplantations de moelle osseuse chez les patients atteints de cancer du sang et qui les aidera à mieux résister à l’épreuve de l’opération salvatrice. L’entreprise espère que si l’essai clinique est couronné de succès, il pourra procéder au lancement commercial du médicament en 2020.

La directrice de laboratoire de Gamida Cell, Noga Goudsmid-Rosenheimer au travail, le 16 juillet 2017 (Crédit : Shoshanna Salomon / Times of Israel)

La directrice de laboratoire de Gamida Cell, Noga Goudsmid-Rosenheimer au travail, le 16 juillet 2017 (Crédit : Shoshanna Salomon / Times of Israël)

« Nous sommes dans un point de transition passionnant et nous passons d’une entreprise de recherche et développement, basée en Israël, à une entreprise commerciale internationale », s’est félicitée la directrice générale de Gamida Cell, Yael Margolin, qui dirige la société privée depuis 12 ans dans une interview accordée plus tôt ce mois-ci. Le géant pharmaceutique Novartis est l’un des investisseurs de l’entreprise.

Comme le montre le rapport de l’IATI, au cours de la dernière décennie, les sociétés israéliennes de biotechnologie ont généré plus de 6,7 milliards de dollars grâce aux échanges NASDAQ, avec 5 milliards de dollars collectés depuis 2013. Le Nasdaq demeure la principale source d’offres publiques pour les sociétés des sciences de la vie israélienne, avec plus d’offres publiques et plus d’argent recueillis au Nasdaq par rapport à toutes les autres bourses combinées, y compris sur la Bourse de Tel Aviv (TASE).

Les actions de 60 sociétés de biotechnologie sont répertoriées sur TASE, selon le rapport, dont 21, comme BiondVax et RedHill, sont également listées sur ses marchés étrangers. Il s’agit notamment des entreprises de biotechnologie, des entreprises holding qui investissent dans des technologies et des entreprises de sciences de la vie, des entreprises qui développe des dispositifs médicaux et des entreprises pharmaceutiques.

Le gouvernement israélien continue de se concentrer pour proposer un réseau de soutien pour la recherche et développement grâce à divers programmes offrant des subventions et d’autres incitations, selon le rapport de l’IATI.