L’unique rabbin de la péninsule de Crimée a affirmé dimanche avoir conseillé à sa congrégation de rester chez soi et d’éviter le centre de Simferopol, la capitale de la république autonome de Crimée en Ukraine, qui est aussi l’épicentre de l’invasion russe. Samedi, le président russe Vladimir Poutine y a déployé des centaines de soldats.

Dans une interview au Times of Israel depuis la banlieue relativement calme de Simferopol, le rabbin Michael Kapustin, un représentant du mouvement libéral, explique qu’une atmosphère de peur règne sur la ville, où peu de voitures circulent et encore moins de piétons empruntent les rues.

Située au cœur de la vieille ville de Simferopol, la synagogue Ner Tamid de Kapustin a été vandalisée jeudi soir par des graffitis antisémites, notamment des croix gammées, des messages de mort aux Juifs et des symboles d’extrême droite.

Selon Kapustin, l’attaque était de nature antisémite, mais elle n’a probablement pas été menée par un membre d’un parti d’extrême-droite, étant donné que les symboles étaient visiblement « bâclés ».

Vendredi soir, Kapustin et les quelques membres de sa congrégation ont récité les bénédictions du shabbat, allumé les bougies et récité une prière de paix. Le rabbin a ensuite demandé aux croyants de rentrer chez eux. Il a annulé les prières du samedi matin afin de protéger les fidèles.

« Je dirais que la situation est dangereuse ; beaucoup de choses pourraient arriver », estime Kapustin, dont la femme et les deux jeunes enfants (un an et demi et neuf mois) se rendent aujourd’hui en Israël.

Kapustin a demandé à sa congrégation de ne pas exprimer d’opinions politiques en public, qu’elles soient pro-russes ou pro-nationalistes ukrainiens, et de ne pas s’exposer.

Mais lui-même ne se retient pas. « En tant que rabbin, je suis sur le devant de la scène. Je n’ai pas peur de parler. Je suis un patriote et je crois que ce qui est en train de se passer est une agression de la Russie », affirme Kapustin.

« En tant que rabbin, je suis sur le devant de la scène. Je n’ai pas peur de parler. Je suis un patriote et je crois que ce qui est en train de se passer est une agression de la Russie »

Michael Kapustin

Le rabbin est né en Russie, mais a été élevé en Géorgie. En 1991, lui et sa famille se sont enfuis en Ukraine comme réfugiés.

Il a ensuite étudié au Royaume-Uni et en Israël, mais est revenu en Ukraine pour se mettre au service de ceux qu’il appelle ses compatriotes.

« Je suis désormais le seul rabbin qui reste en Crimée et je m’occupe de tout ce qui a trait au judaïsme. Cela concerne plusieurs milliers de personnes », décrit Kapustin.

Le rabbin demande aux communautés juives du monde entier de venir en aide à l’Ukraine et aux communautés juives d’Ukraine et de Crimée, « sous agression russe ». Il souhaite en particulier que les Juifs de diaspora s’adressent à leurs gouvernements et exigent des sanctions contre la Russie.

« Nous sommes très pauvres et misérables, mais ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de liberté », soutient Kapustin.

Selon le Joint Distribution Committee, il y a environ 17 000 Juifs en Crimée à l’heure actuelle. La plupart d’entre eux vivent à Simferopol, Sébastopol, Théodosie et Yalta.