Le Shin Bet n’avait pas encore confirmé mercredi soir les affirmations répétées de la police israélienne, qui accuse un Bédouin ayant dirigé sa voiture vers un groupe de policiers mercredi avant l’aube d’être lié au groupe terroriste Etat islamique.

Mercredi matin tôt, des policiers ont été déployés à Umm al-Hiran, au nord est de Beer Sheva, pour superviser la démolition de plusieurs maisons du village bédouin non reconnu.

Avant la démolition, Yaqoub Mousa Abu al-Qian, l’instituteur du village, a renversé un groupe de policiers avec sa voiture, tuant l’un d’entre eux. Avant qu’il ne les renverse, un policier peut être vu en train d’utiliser son arme à proximité de sa voiture.

Selon le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, ce coup de feu a été tiré en l’air, alors que des proches d’al-Qian affirment que la police l’a abattu avant qu’il ne renverse les policiers.

Des Bédouins en larmes après des démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Des Bédouins en larmes après des démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Une vidéo de la scène semblait pouvoir corroborer les deux versions. Elle montre un policier tirant en direction de la jeep d’Abu al-Qian, avant qu’il n’accélère et ne renverse d’autres policiers. Cette dernière action peut avoir été intentionnelle ou la conséquence malheureuse de blessures.

La police a rapidement affirmé qu’il s’agissait d’une attaque terroriste, alors que les habitants ont affirmé qu’Abu al-Qian avait renversé les policiers après avoir essuyé des tirs, qui lui auraient fait perdre le contrôle du véhicule. Erez Levi, 34 ans, a été tué par la voiture.

Le commandant-adjoint du district du sud de la police, Peretz Amar, a déclaré que l’incident était « une attaque délibérée. C’est clair. C’est un fait. Il n’y a pas d’autre explication, et quiconque tente de proposer une autre explication n’était pas là à ce moment et ne comprend pas. »

Le département des enquêtes sur la police du ministère de la Justice devrait se pencher sur l’affaire pour déterminer si les tirs de la police étaient justifiés, a annoncé le site d’information Walla.

Malgré l’ambigüité, les policiers ont redoublé leur affirmation de terrorisme depuis mercredi matin, faisant de multiples déclarations liant Abu al-Qian à l’Etat islamique.

Dans un communiqué publié juste après l’incident, la police a déclaré qu’il était « membre de la Branche sud du Mouvement islamique, et sa connexion à Daesh [l’acronyme arabe de l’Etat islamique] est étudiée. »

Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)

Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)

La police a poursuivi avec une déclaration annonçant qu’elle avait retrouvé trois copies de l’édition du 5 novembre 2015 du quotidien Israël Hayom dont la une concernant une attaque à la bombe de l’Etat islamique contre un avion de ligne, ainsi que plusieurs « livres en arabe ».

Même si quelques dizaines d’Arabes israéliens ont été accusés de soutenir l’Etat islamique ou d’avoir tenté de rejoindre les combats du groupe en Syrie et en Irak, le groupe terroriste sunnite n’a pas fait autant de progrès en Israël que dans beaucoup de pays occidentaux.

Pendant l’hommage rendu à Levi pendant ses funérailles, Roni Alsheich, le chef de la police, a ajouté une accusation indirecte, en déclarant que six enseignants de l’école où travaillait Abu al-Qian avaient été arrêtés pour soutien à l’Etat islamique.

« [Abu al-Qian] propageant l’incitation [à la violence] dans une école où six autres enseignants ont été arrêtés pour leur affiliation à l’Etat islamique, a déclaré Alsheich. Le terroriste cherchait un groupe de policiers, et accéléré et les a touchés. »

Le Shin Bet, qui participe également à l’enquête sur l’évènement, n’a cependant pas encore trouvé de preuve liant le père de 12 enfants de 47 ans à l’Etat islamique.

« La question fait toujours l’objet d’une enquête », a déclaré l’agence au Times of Israël.

Le service de sécurité a déclaré à la Dixième chaîne que ses agents n’avaient trouvé aucune preuve soutenant les affirmations de la police sur un lien entre Abu al-Qian et l’Etat islamique.

Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Au début du mois, des politiciens israéliens avaient affirmé que Fadi al-Qunbar, qui a tué quatre soldats et en a blessé 16 autres à Jérusalem, était lié à l’Etat islamique, une accusation que le Shin Bet n’a pas non plus pu prouver.

Des députés arabes et d’autres ont rejeté la possibilité qu’al-Qian soit un terroriste, et ont accusé les violences policières et la discrimination institutionnelle contre la minorité arabe d’Israël du violent embrasement qui a suivi les démolitions de maisons.

Taleb Abou Arar, député de la Liste arabe unie, a déclaré que les violences de mercredi étaient « une guerre déclarée par la police et l’Etat aux Arabes » et a affirmé que la police avait « arrosé la scène d’un tir aléatoire à balle réelle, touchant même ses propres voitures. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.