Yaakov Amos venait tout juste de demander à Dieu « d’accorder la paix partout, le bien et la bénédiction, la grâce, l’amour, la gentillesse et le pardon pour nous et pour Israël, votre peuple », quand deux terroristes ont pénétré dans la plus grande synagogue d’Har Nof à précisément 7h01 du matin mardi.

Amos, un thérapeute spécialisé en traumatologie, était en pleine prière de la amida lorsqu’il a entendu deux coups de feu tirés rapidement. J’ai entendu deux « Boom-Boom », décrit-il.

Il s’est tourné rapidement, ses pieds toujours joints dans la prière, et a vu « un Juif avec des phylactères » allongé sur le sol.

En quelques secondes, Amos s’est retrouvé hors du calme méditatif de la prière et en plein milieu d’un massacre. Les terroristes armés d’une arme, d’un couteau et d’une hache ont tué quatre personnes et en ont blessé plusieurs autres.

Les témoins et les secouristes décrivent une scène terrifiante de carnage à l’intérieur de la synagogue de Jérusalem. Les livres de prières ont été éclaboussés de sang et les personnes qui priaient se sont retrouvés pris en plein milieu d’un massacre.

Amos, qui a servi dans l’infanterie de la brigade Givati, est vêtu de la tenue noire et blanche des ultra-orthodoxes. Il précise que l’homme armé ne tirait pas au hasard sur les fidèles réunis. Il « s’approchait » de ses victimes et visait la « tête à bout portant » pour les abattre de sang-froid.

Il s’est caché derrière un shtender, un podium en bois utilisé pour les livres de prières et l’étude des livres. Et une fois que l’homme armé est passé devant lui, il est sorti par les portes ouvertes de la synagogue, perdant au passage ses phylactères, et a traversé la rue pour rejoindre sa famille.

Joseph Pasternak, d’origine argentine et père de huit enfants, a aussi été surpris en pleine prière silencieuse.

Il indique avoir vu les deux terroristes, un avec une arme et l’autre avec un « couteau de boucher », entrer dans la synagogue. Une personne près de lui a lancé une chaise sur l’homme armé. Pasternak confie qu’il s’est senti alors pris au piège, pris entre le désir de fuir et le désir de se cacher.

« J’ai vu des gens allongés sur le sol, du sang partout. Les gens essayaient de lutter contre [les terroristes] mais ils n’ont pas eu beaucoup de chance », témoigne-t-il.

Après plusieurs secondes, Pasternak a réussi à se ressaisir et s’est réfugié dans un placard dans le hall d’entrée de la synagogue. A l’intérieur de sa cachette, il a assisté avec impuissance au meurtre des fidèles, aux échanges de tirs avec la police et enfin au retour d’un semblant de calme.

L’inspecteur en chef Micky Rosenfeld, porte-parole pour la presse étrangère de la police, a annoncé aux reporters présents en conférence de presse qu’une enquête avait été ouverte pour connaitre les motifs qui ont poussé deux terroristes du quartier de Jabel Mukaber dans le sud-est de Jérusalem à traverser la ville et à attaquer un lieu de culte religieux.

Un homme qui s’est présenté sous le nom de Yossi, un habitant ultra-orthodoxe du quartier, explique que la synagogue servait du thé, du café et des gâteaux tôt le matin et que beaucoup de travailleurs arabes étaient au courant.

D’autre personnes, qui se sont agglutinés derrières les barricades de la police, suggèrent que les deux terroristes travaillaient dans le quartier et que peut-être que la véritable cible était la célèbre synagogue du défunt Rav Ovadia Yosef, qui est juste à côté.

Des Israéliens regardent le lieu de l'attentat terroriste contre la synagogue d'Hart Nof - 18 novembre 2014 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Des Israéliens regardent le lieu de l’attentat terroriste contre la synagogue d’Hart Nof – 18 novembre 2014 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Sarah Abrahams, une mère de cinq enfants, était sortie pour sa promenade quotidienne du matin. Elle se promenait les écouteurs sur les oreilles quand l’une de ses amies lui a alors appris la nouvelle : quelque chose se passait à la synagogue. Au tout début, confie-t-elle, tandis qu’elle s’approchait du lieu du drame, elle a pensé qu’il y avait eu une querelle à la synagogue.

Mais la suite des événements lui donneront tort. « Il y avait des gens qui sortaient en courant de la synagogue, un homme couvert de sang était assis sur le trottoir. Il semblait qu’il avait été poignardé », décrit-elle.

« Deux personnes sont sorties de la synagogue. Il manquait la moitié de leur visage. Ils avaient l’air d’avoir été attaqués au couteau ».

Quelques secondes plus tard, la police est arrivée sur place et a commencé à tirer dans la synagogue.

Elle se tenait derrière une voiture garée non loin de la synagogue, elle raconte qu’elle a vu les volontaires secouristes de ZAKA [abréviation de Zihuy Korbanot Asson signifiant « Identification des victimes de catastrophes »] se précipiter à l’intérieur de la synagogue mais la police est restée sur les escaliers près de l’entrée. Abrahams, qui filmait la scène avec son portable, a alors vu un terroriste sortir de la synagogue. Il a été abattu par la police.

Rosenfeld a félicité les officiers de police. Il souligne que leur rapide réaction a permis de limiter le nombre de vies perdues et note que la police enquête pour connaitre l’affiliation des terroristes.

Savoir s’ils sont du Hamas ou du Jihad islamique leur permettra de déterminer si cette attaque est plus dans la lignée de l’attaque au tournevis de la semaine dernière – un acte de violence non planifié et spontané – ou dans la lignée de l’attaque sur Yehuda Glick, le militant du mont du Temple, qui était clairement préméditée et demandait un certain niveau de planification.

Le Major-Général Dan Ronen, qui était à la tête des opérations pendant la seconde Intifada, explique que la police ne peut pas empêcher toutes les attaques terroristes. Il ajoute que depuis la création d’Israël en 1948, la terreur a fait partie de l’Histoire d’Israël. C’est « malheureusement, quelque chose qui fait partie de nos vies ».