Il est facile de se retrouver paralysé lorsqu’on parle l’anglais de Shakespeare et il est encore plus difficile de le déclamer lorsque l’on s’inquiète des tirs de roquettes et pour les membres de sa famille qui se battent à Gaza. C’est l’un des défis auxquels la troupe du Théâtre rudimentaire de Jérusalem a dû faire face.

Cette troupe de théâtre communautaire, qui a présenté la première de sa pièce inspirée de Shakespeare : « Le Songe d’une Nuit d’Eté : en marche » jeudi dernier, va se produire durant dix nuits. Elle va présenter sa version de la comédie romantique légère en Grèce antique.

Fondée en 2010 par un groupe d’immigrants nord-américains, la compagnie fait des représentations en extérieur de son interprétation du travail des bardes tous les mois d’août d’un endroit à autre de Bloomfields Gardens de la capitale.

Cette année, cependant, la pièce a été produite pendant un été difficile. Pendant les longs mois de répétitions, les équipes d’acteurs et de production ont été fortement dérangés par le conflit entre Israël et Gaza.

« J’ai commencé à appeler le spectacle le Songe d’une Nuit d’Eté, ou comment faire un spectacle quand personne ne peut se concentrer », raconte Natan Skop, 25 ans, co-fondateur du théâtre rudimentaire. Il joue aussi le rôle d’Oberon et du Duc d’Athènes dans le spectacle.

C’était évidemment difficile de se concentrer sur les répliques et la mise en scène, confirment les acteurs. Tout le monde lisait constamment les dernières nouvelles sur son smartphone et parfois les alertes interrompaient les répétitions, même à Jérusalem. L’une des actrices, Tamar Naggan, vit dans le sud à Omer et parcourait 220 km toutes les semaines pour les répétitions.

Une histoire d'amoureux qui offre un répit bienvenu après les événements de l'été (Crédit  Yitz Woolf)

Une histoire d’amoureux qui offre un répit bienvenu après les événements de l’été (Crédit Yitz Woolf)

Toby Trachman, 23 ans, qui joue le rôle de Démétrius dans la pièce, pensait toujours à son jeune frère membre de l’unité des blindés qui était stationné à Gaza pendant l’opération.

« C’était assez stressant », raconte Trachtman, dont la femme, Tamara Elashvili Trachtman (Hermia dans la pièce) tient un des rôles principaux. « On pensait tout le temps à mon frère. Ma femme et moi avons raté la première répétition en costume parce que nous étions dans le Sud pour apporter du matériel aux soldats ».

Cela a été une saison intéressante, raconte Beth Steinberg, la directrice. Les acteurs ont fait plusieurs répétitions chez elle et dans son bureau plutôt que dans le parc.

« J’ai réalisé qu’il fallait que le spectacle continue et espéré que tout se passe pour le mieux », explique Steinberg.

Malgré les difficultés, ils ont quand même réussi à monter la pièce, raconte Skop. La trêve de 72 heures entre Israël et le Hamas deux jours avant que la pièce ne débute a grandement aidé.

Il y avait à peu près 100 personnes présentes à la première. Ils ont profité de l’interprétation, parfaitement rôdée, de l’histoire d’amour complexe mais drôle de Shakespeare.

Malgré le fait que dans le parc, il manque des effets de lumières et des micros, la troupe a comblé ces manques du début à la fin.

Les clous du spectacle étaient les chants a capella, le maquillage extraordinaire inspiré des contes de fées par Cassy Britt Wainer et les costumes fantastiques créés par Bayla Lewis. Ses costumes comprenaient des masques sophistiqués, des tuniques pourvues de plumes et des couronnes fantaisistes faites à partir de branches qui se sont illuminées lorsque le crépuscule est tombé.

« Vous devez voir la pièce plusieurs fois, sinon vous passerez à côté de beaucoup de détails », explique Penina Beede, la metteur en scène de 19 ans. Elle a immigré en Israël en juin et a passé l’été à travailler avec la production.

Beede explique qu’elle adore le fait que la pièce prenne place dans différents lieux du jardin.

En effet, chaque acte de la pièce se joue à différents endroits du parc. Elle recommande surtout de prêter attention à ce qui se passe en dehors de la scène, car les acteurs, tout en restant dans la peau de leurs personnages, gambadent et déambulent en marmonnant même lorsqu’ils ne font pas partie de la scène qui est en train de se jouer.

Etant donné les circonstances dans laquelle la pièce a été produite, la troupe a aussi ajouté des blagues sur les évènements actuels.

A la fin de la scène finale, l’acteur Ira Skop (Bobine ou Navette dans la pièce) est entré sur scène en portant une passoire retournée sur la tête et un acteur assis parmi les spectateurs a crié « il a une Kipat Barzel [Dôme de fer] ! », en référence bien sûr au système antimissile Dôme de fer. Le public et les acteurs ont éclaté de rire.

Le théâtre, c’est ce genre de petits moments, explique Steinberg. Elle ajoute qu’ils n’ont jamais pensé à abandonner la production.

« Je pense qu’on a besoin du théâtre tout le temps, même en temps de guerre », affirme-t-elle. « La culture est très importante – on ne peut pas vivre sans. On exprime nos peurs, nos inquiétudes, notre anxiété grâce au théâtre. Le théâtre est un cadeau ».

Une histoire d'amoureux qui offre un répit bienvenu après les événements de l'été (Crédit  Yitz Woolf)

Une histoire d’amoureux qui offre un répit bienvenu après les événements de l’été (Crédit Yitz Woolf)

Le songe d’une nuit d’été : en marche, le 11, 13, 14, 17, 18, 20 et le 21 août à 17h30. Le spectacle est gratuit et on s’assoit sur l’herbe. On suggère une donation de 30 shekels. L’entrée se fait par le Bloomfield Gardens, derrière l’hôtel King David, ou par le parking de la rue Emile Botta et Mishkhenot Shaananim.