WASHINGTON – Les Etats-Unis n’ont jamais voulu inclure le soutien de l’Iran au terrorisme et les appels à la destruction d’Israël dans l’accord sur le nucléaire, a déclaré lundi un haut responsable de l’administration américaine.

Israël savait cela depuis le début mais a décidé de prendre ce prétexte pour en faire des conditions incontournables de soutien à l’accord, a déclaré l’officiel à des journalistes israéliens.

L’insistance de Jérusalem que n’importe quel accord traite ces questions aurait tué toute possibilité d’obtenir un accord, a poursuivi l’officiel, ajoutant que les conditions mises en avant par le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours au Congrès en mars faisaient clairement comprendre qu’Israël s’opposerait à n’importe quel accord avec l’Iran.

« Cela a été une négociation nucléaire pendant plus de deux ans entre les puissances P5+1 et l’Iran, avec des consultations très vigoureuses avec des gouvernements israéliens successifs sur les détails de cette négociation », a déclaré l’officiel de haut rang, faisant référence aux cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies et à l’Allemagne.

« Franchement, dans aucune de nos conversations avec Israël au fil des années sur la question des négociations sur le nucléaire iranien, nous n’avons pris en considération l’idée d’introduire ces autres éléments du comportement iranien », a déclaré l’officiel.

Le négociateur iranien du nucléaire Abbas Araqchi a fait une déclaration divergente sur le sujet, déclarant aux journalistes iraniens samedi : « Nous avons dit lors des négociations que nous ne pouvons pas ne pas fournir d’armes au Hezbollah, et nous ne sommes pas prêts à les sacrifier pour notre programme nucléaire. Donc, si vous voulez garder les sanctions des armes dans l’accord, nous continuerons nos efforts. Nous avons discuté de ce sujet pendant un moment ».

Netanyahu a déplacé les poteaux de la ligne d’arrivée

S’exprimant devant l’Association des Correspondants Diplomatiques d’Israël, l’officiel de haut rang a déclaré que l’administration « n’avait jamais pris en considération un accord » qui va au-delà de la question des capacités de l’Iran d’obtenir des armes nucléaires.

Mais lors de l’intervention controversée de Netanyahu du 3 mars au Congrès, l’officiel a suggéré qu’Israël avait déplacé les poteaux de la ligne d’arrivée de l’accord exigeant tout d’abord que l’Iran abandonne son soutien au terrorisme et ses appels à la destruction d’Israël avant qu’un accord ne puisse être signé.

« Dès que la conversation s’élargissait pour inclure tous ces autres éléments, c’était la recette pour n’obtenir aucun accord, parce que le P5+1 ne va pas négocier sur ces questions, a déclaré l’officiel de l’administration. Nous aurions mis un terme à ces négociations pour dire que les bases sur lesquelles nous opérions ne tenaient plus et que nous voulions alors que ces négociations soient sur la politique étrangère iranienne et la nature du régime iranien. C’est la recette pour n’obtenir aucun accord ».

Le manque de confiance de Netanyahu pour l’Iran est « compréhensible », a déclaré l’officiel, mais son insistance que le programme nucléaire de l’Iran ne peut pas être séparé de son comportement dans la région pose une « différence fondamentale » avec la vision de l’administration.

« Parce que notre approche a toujours été de distinguer et de traiter séparément la question du nucléaire, car nous la percevons comme la menace la plus importante qui peut être traitée à travers les négociations P5+1. Mais nous n’allons pas aborder ces autres questions du comportement iranien ».

Il est difficile de savoir si Netanyahu croit vraiment que l’impasse nucléaire avec l’Iran ne peut être résolue ou s’il « ne voulait tout simplement pas soutenir tout accord », dit le responsable.

« Mais le fait est que, une fois que sa perception de l’accord a été élargie de cette façon, il se trouvait fondamentalement à un endroit différent de celui où nous nous trouvions au long de ce processus au cours des deux ans et plus avec les Iraniens. »

Dans le même temps, les Etats-Unis ne pivoteront pas vers l’Iran ni même le verront comme un partenaire dans la lutte contre l’extrémisme sunnite au Moyen-Orient. « Nous n’envisageons en aucune façon de coopération avec l’Iran sur la Syrie, en aucune façon », ajoute le responsable.

« On ne parle pas de rapprochement ou de changement en Iran. Si cela devait se produire, si l’Iran devait évoluer dans une direction différente, ce serait accessoire, ce n’est pas quelque chose sur laquelle nous misons. Un autre angle : les gens parlent d’héritage. Si l’Iran se retrouve avec une arme nucléaire en 10 ans – ce n’est pas un bon héritage. »

Le soutien de l’Amérique à Israël reste entièrement affecté par l’accord nucléaire, selon le responsable, et Washington est prêt à accroître son aide militaire à l’Etat juif. « Si Israël était intéressé à s’entretenir sur des garanties de sécurité supplémentaires, nous serions ouverts à cette discussion. »

Le lobbying israélien parfaitement légitime

L’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dermer, est « exceptionnellement vigoureux dans sa sensibilisation au Capitole », dit le haut responsable, ajoutant que le lobbying de Jérusalem contre l’accord n’est ni surprenant ni illégitime.

Dermer n’est pas le seul représentant d’un gouvernement allié à essayer de convaincre les législateurs de opposer aux politiques initiées par l’administration.

Alors que les Etats-Unis et Israël sont en désaccord sur le fond de l’accord sur le nucléaire, il n’y a pas de débat sur la position américaine sur des questions telles qu’empêcher l’Iran d’acquérir une arme nucléaire ou le caractère sacro-saint de la sécurité israélienne.

« Ce qui n’est pas débattu est de savoir si nous serons aux côtés d’Israël. La politique américaine s’alignera avec Israël », conclut-il.