Le concours annuel du meilleur article universitaire sur la Shoah, co-organisé par le Centre Europe Simon Wiesenthal, l’association Verbe et Lumière-Vigilance (VLV) et le Centre russe de la Shoah, a invité à Paris les cinq étudiants lauréats de l’ancienne Union soviétique.

Cérémonie normalement tenue à l’UNESCO et sous ses auspices, les directions de chaque organisateur – y compris un nouveau partenaire cette année, Yad Vashem France – ont senti que cela serait impossible, au vu de la résolution adoptée par le conseil exécutif de l’UNESCO en avril 2016, niant les liens juifs au mur Occidental et au mont du Temple de Jérusalem. L’événement a donc changé de lieu et s’est déroulé au Mémorial de la Shoah, à Paris.

La cérémonie a commencé par la prière commémorative du Kaddish dans la crypte du Mémorial, menée par le trésorier de l’association VLV Edouard Fridman, qui a déclaré : « il y a six millions de raisons de conserver la programmation de la Shoah loin de l’UNESCO, en ce moment ».

Puis, le président du Mémorial, le baron Éric de Rothschild, a félicité les étudiants tout en regrettant la situation actuelle vis-à-vis de l’UNESCO.

Le président de Yad Vashem France, Pierre-François Veil, a quant à lui rappelé le prix terrible payé par les peuples soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, et a remercié le Mémorial de remplacer l’UNESCO comme hôte.

Un livre, rédigé récemment par le groupe Shorashim et publié sous les auspices de l’association VLV et le centre Simon Wiesenthal, intitulé “Le livre de recettes des survivants – Les grands-mères cuisinent” a été présenté aux trois présidents : Rothschild, Veil et Odier.

Cette collection de recettes met en scène 24 grands chefs israéliens avec 24 survivants de la Shoah, qui cuisinent des recettes de famille comme un moyen de célébrer la joie de vivre.

Les délégations à l’UNESCO présentes – la Russie, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Arménie et Israël – ont promis de trouver une solution afin de replacer cet événement unique à l’UNESCO l’an prochain.

Dominique Moïsi, spécialiste des relations internationales et membre de l’Institut Français pour les Relations Internationales (IFRI), a parlé de son père, l’un des quatre survivants d’un convoi de mille personnes pour Auschwitz. Il a pointé « le populisme et le chauvinisme actuels… », ajoutant que « nous dansons sur un volcan ».

L’historien Shmuel Trigano a analysé les synonymes des meurtres de masse de Juifs à travers l’histoire, rappelant que “la fin de l’Etat juif et des deux Temples pendant l’Antiquité étaient décrits comme des ‘Churban’, des destructions, créant un parallèle avec l’actuelle délégitimation d’Israël et l’effacement de l’histoire juive par l’UNESCO ».

Le président de VLV, Richard Odier, a affirmé qu’une « résolution pouvait marquer le début des charniers ».

Le directeur pour les relations internationales du centre Simon Wiesenthal, le Dr. Shimon Samuels, a considéré « le comité à venir du patrimoine mondial de l’UNESCO à Istanbul comme une autre arène du vol d’identité de l’histoire juive ».

La présidente du centre russe de la Shoah, Alla Gerber, a parlé de l’incitation à l’antisémitisme dans les deux côtés du conflit russo-ukrainien, et comment l’enseignement de la Shoah peut servir de facteur étant capable de l’atténuer.

Son co-président, le Dr. Ilya Altman, a évoqué les milliers d’articles soumis par des étudiants de l’ancienne Union soviétique ces 12 dernières années, qui étaient imprégnés d’une meilleure compréhension de la Shoah et de ses implications contemporaines concernant l’endiguement de l’extrémisme et la défense de la démocratie.

Le président du Mémorial de la Shoah, le baron Eric de Rothschild, avec des diplomates et les étudiants lauréats. (Crédits : autorisation)

Le président du Mémorial de la Shoah, le baron Eric de Rothschild, avec des diplomates et les étudiants lauréats. (Crédits : autorisation)

Ces notions ont été illustrées par une étudiante de l’université de Warwick (Royaume-Uni), Elena Odier, qui a diffusé son court-métrage “Des voix jeunes du monde entier pour la mémoire de la Shoah ».

Altman a ensuite appelé les lauréats, qui ont chacun présenté un résumé de leur recherche :

– Larisa Veselova, de Moscou, Russie : “L’interprétation de la Shoah en temps de guerre par le journal de l’armée Krasnaya Zvezda (‘L’étoile rouge’)
– Alena Zaitseva, de Buryatia, Russie : “Les leçons oubliées de la Shoah à Buryatia”
– Nikita Gordeen, de Saratov, Russie : “Le révisionnisme historique dans la structure de l’idéologie extrémiste : aspects socio-politiques et criminologiques”.
– Anastasiya Maksimava, de Minsk, Biélorussie : “Le négationnisme de la Shoah – un crime ou la realisation du droit à la liberté d’expression”
– Narek Galstyan, d’Erevan, Arménie : “Les Justes parmi les Nations arméniens”

Samuels a conclu avec l’espoir que « les projets des lauréats puissent servir – en cette période d’inquiétante défiance entre l’Ouest et la fédération de Russie – à rappeler leur alliance contre le nazisme et le fascisme qui nous menaçaient tous ».