Un terroriste palestinien, qui aurait organisé, selon les renseignements israéliens, l’enlèvement et l’assassinat de trois adolescents juifs en Cisjordanie à l’été 2014 a été expulsé du Qatar.

Des sources palestiniennes ont confirmé lundi que le royaume, à présent empêtré dans un boycott mené par l’Arabie saoudite et quatre autres états arabes, a demandé à plusieurs responsables du Hamas de partir pour le Liban, la Turquie et la Malaisie, a indiqué lundi le quotidien Haaretz.

Les sources contredisent le démenti des expulsions du Hamas, qui ont été annoncées ce week-end par la télévision libanaise al-Mayadeen.

Dimanche, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont décidé de rompre leurs relations avec le Qatar et de l’exclure de la coalition arabe au Yémen, affirmant qu’il soutenait l’Iran et le terrorisme islamiste. Le Yémen a rejoint ce boycott lundi.

La liste des responsables du Hamas à qui le Qatar a demandé de quitter son territoire, qui aurait été rédigée à partir des interrogatoires de prisonniers sécuritaires palestiniens en Israël, comprend Saleh al-Arouri, ce dernier serait le commandant militaire du groupe en Cisjordanie et le fondateur de la filiale de Cisjordanie de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam.

Selon la radio militaire, Arouri serait à présent en Malaisie après son expulsion du Qatar.

Arouri a passé plusieurs années dans les prisons israéliennes, et a été libéré en mars 2012, apparemment dans le cadre des négociations pour libérer Gilad Shalit, caporal de l’armée israélienne enlevé en 2006 par le Hamas.

Selon le site d’information Ynet, Arouri a été impliqué dans les négociations de l’accord, qui a permis la libération de plus de 1 000 prisonniers palestiniens en échange de la libération de Shalit.

Les renseignements israéliens pensent qu’Arouri a participé à la planification de l’enlèvement et de meurtre en juin 2014 de trois adolescents israéliens, Gil-ad Shaar, Eyal Yifrach et Naftali Fraenkel.

Saleh al-Arouri (Crédit : capture d'écran YouTube)

Saleh al-Arouri (Crédit : capture d’écran YouTube)

Cet enlèvement avait été suivi par une répression sévère des agents du Hamas en Cisjordanie par Israël, à laquelle le Hamas avait répondu par de lourds tirs de roquettes sur Israël. A son tour, Israël a répliqué en lançant une importante opération dans la bande de Gaza, qui s’est transformée en guerre entre le Hamas et l’Etat juif à l’été 2014.

En plus d’Arouri, le terroriste du Hamas Musa Dudin, libéré de prison dans le cadre de l’accord Shalit, a lui aussi été expulsé du Qatar, selon la radio militaire, qui n’a pas précisé vers quel pays.

Les responsables qataris se seraient excusés d’avoir à expulser des cadres du Hamas, mais ont indiqué que c’était le résultat de « pressions externes » sur Doha, sans donner plus de précisions.

Le déclencheur de la crise actuelle entre le Qatar et ses voisins du Golfe est un article publié en mai par l’agence de presse officielle du royaume, qui comprend des propos tenus par l’émir sur l’Iran et Israël, ainsi que des critiques de l’Arabie saoudite. Les autorités qataries affirment que les propos sont faux et que des pirates les ont publiés.

Alors que la crise s’est intensifiée ces derniers jours, les voisins arabes du Golfe du Qatar ont bloqué les médias qataris, y compris la chaîne Al-Jazeera, et indiqué qu’ils retiraient leurs employés diplomatiques du royaume, qui doit accueillir en 2022 la Coupe du Monde de football et qui héberge une importante base militaire américaine.

Le Qatar, soutien majeur du Hamas et foyer de plusieurs de ses cadres, est le partenaire de l’Iran sur un important champ offshore de gaz naturel. Il est depuis longtemps critiqué par ses voisins arabes sunnites en raison de ce qu’ils jugent être un soutien aux extrémistes islamiques.

Les états musulmans sunnites du Golfe, menés par l’Arabie saoudite, voient l’Iran chiite comme leur ennemi juré, et une menace majeure à la stabilité régionale.

Ils sont également préoccupés par les Frères musulmans, un groupe politique islamiste sunnite interdit en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis.

L’Arabie saoudite a indiqué que sa décision de rompre les relations diplomatiques avec le Qatar avait été prise en raison de l’acception par le pays « de différents groupes terroristes et sectaires visant à déstabiliser la région », dont les Frères musulmans, Al-Qaïda, le groupe Etat islamique et les groupes soutenus par l’Iran dans la province orientale du royaume.

L'ancien président égyptien Mohammed Morsi dans sa cellule, lors de son procès, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)

L’ancien président égyptien Mohammed Morsi dans sa cellule, lors de son procès, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)

Les pays du Golfe avaient déjà rompu leurs relations avec le Qatar quand il avait soutenu Mohammed Morsi, alors président égyptien et membre des Frères musulmans.

En mars 2014, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn avaient brièvement rappelé leurs ambassadeurs au Qatar.

La semaine dernière, un lobby saoudien basé aux Etats-Unis a prévenu sur Twitter que le soutien présumé de l’émir qatari à l’Iran et les « insultes » contre le régime saoudien pourraient entraîner sa chute, comme pour Morsi, a indiqué Middle East Eye.

Salman al-Ansari, du Saudi American Public Relation Affairs Committee, a écrit sur Twitter « à l’émir du Qatar : en ce qui concerne votre prise de position au côté du gouvernement iranien extrémiste, et vos insultes au gardien des deux mosquées saintes, je veux vous rappeler que le Mohammed Morsi a fait la même chose, et a fini isolé et emprisonné. »