Les Israéliens connaissent les résultats des élections du 17 mars depuis mercredi matin de la semaine dernière, mais ce ne sera que mercredi de cette semaine que le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu aura officiellement gagné.

Les partis politiques recommandent depuis dimanche au président Rivlin le nom d’un Premier ministre, et Netanyahu négocie avec eux la formation du nouveau gouvernement de coalition depuis que le leader de l’Union sioniste Isaac Herzog a reconnu mercredi matin sa défaite. Mais ce n’est que huit jours après le scrutin que la commission centrale électorale (CCE) n’annoncera les résultats finaux.

Selon la loi électorale, la CCE a besoin de cette période pour traiter les irrégularités et finaliser les depouillements. Aucune élection n’est complètement nette, et une semaine supplémentaire de double contrôle est nécessaire pour assurer au public, malgré quelques irrégularités présumées et plusieurs erreurs – dont certaines sont largement connues, grâce à la vitesse et la portée des médias sociaux -, la fiabilité des résultats finaux.

Les irrégularités les plus graves pourraient venir du vote des prisonniers. Le jour du scrutin, la police a ouvert 51 enquêtes pour fraudes électorales présumées, allant de menaces contre le personnel des bureaux de vote au vol d’urnes en passant par des usurpations d’identité.

Selon la commission,ces cas ont été relativement mineurs, et aucun ne présente le risque d’affecter la répartition finale des sièges à la Knesset.

En ce qui concerne les erreurs, le conseiller juridique de la commission centrale électorale, Dean Livne, a indiqué lundi au Times of Israel qu’il s’agissait d’ « erreurs techniques qui ont résulté d’une saisie de données incorrecte », faisant allusion à des résultats mis en ligne sur le site Web de la CCE qui étaient inexacts en raison d’erreurs humaines.

Livne a expliqué que les erreurs, comme celle signalée par Marjorie Strom du kibboutz Samar sur son blog hébergé par le Times of Israel, ont été causées par des fonctionnaires ayant saisi accidentellement des données dans de mauvaises lignes du système informatique.

Strom a écrit dans son blog que les résultats dépouillés sur place dans ce kibboutz de gauche ne correspondaient pas à ce qui a été publié sur le site web de la CCE.

Une photo des résultats du depouillement (Union sioniste: 82, Meretz 60, Likud 14, Aleh Yarok [le parti en faveur de la légalisation de la marijuana] 10, Yesh Atid 8, Koulanou 6, et le reste se partageant entre les autres partis) a été postée sur Facebook.

Strom a écrit qu’en se réveillant au lendemain du scrutin, elle a eu la surprise de lire sur le site de la CCE que 60 voix ont été attribuées au parti de droite Yisrael Beitenu d’Avigdor Liberman, et aucun à Meretz.

Dans un autre cas dans lequel les votes consignés sur le site web de la CCE ne correspondaient pas logiquement avec les données démographiques d’un bureau de vote, la journaliste Danna Harman s’est demandée sur Facebook comment la majorité des voix d’un bureau de vote dans son quartier majoritairement arabe de Jaffa est allée au parti juif ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah.

« Vous plaisantez j’espère ? … zéro pour la liste arabe ? Il y a quelque chose de louche, a-t-elle écrit. Une yeshiva s’est peut-etre installée dans le quartier sans que je ne le sache. Permettez-moi d’en douter. »

Au moment où les plaintes de Strom et Harman sont devenues publiques, les résultats auxquels elles faisaient allusion avaient déjà été corrigés.

« Nous vérifions les décomptes et les procès verbaux, et nous examinons toutes les plaintes qui nous parviennent. Cela fait partie de la transparence du processus », explique Livne.

« Ce sont des votes qui ont été correctement comptés – mais mis en ligne de manière incorrecte. C’est pourquoi nous demandons toujours aux présidents et aux surveillants de chaque bureau de vote de comparer dans les premières heures de la matinée leurs procès verbaux avec ce qui a été mis en ligne. »

Dès lundi matin, la commission électorale a ainsi découvert sur le site des erreurs relatives à 76 bureaux de vote qui ont pu être corrigées.

Selon Livne, des citoyens ont déposé des plaintes qui n’étaient fondées que sur leur idée personnelle de ce que les résultats du vote auraient dû être dans certains endroits, et pas sur des preuves tangibles.

Parfois, les résultats sont surprenants, mais pas incorrects. Par exemple, dans les communautés druzes de Usafiya et Daliyat al-Karmel dans le Nord d’Israël, le parti Koulanou de Moshe Kahlon, qui a fait campagne principalement sur les questions économiques, a remporté respectivement 32,16 % et 37,59 % des voix. Dans les deux cas, Koulanou dépasse l’Union sioniste, la Liste arabe unie, et d’autres partis.

Qu’en est-il des irrégularités présumées le jour du scrutin ?

« Je ne peux pas faire de commentaires sur les enquêtes en-cours, mais même si les 51 cas de fraude présumée s’avéraient fondés, ils ne pourraient pas invalider les résultats des élections, estime Livne. Les écarts entre les partis sont énormes. »

Selon lui, la commission considère toute fraude électorale comme une grave infraction qui doit être poursuivie avec toute la rigueur de la loi.

« Nous avons eu des discussions à ce sujet avec le procureur général, et nous allons demander l’incarcération de toute personne reconnue coupable », a déclaré Livne.