Une Israélienne qui s’est vue refuser le divorce fondé sur des violences domestiques prouvées par un tribunal rabbinique a fait appel au procureur général de l’Etat.

Les avocats de la femme ont fait cet appel inhabituel jeudi après le rejet de sa motion de divorce par le tribunal rabbinique de Jérusalem. Son mari a été jugé coupable et emprisonné pour 75 jours pour avoir agressé sa femme l’année dernière.

En Israël, les tribunaux religieux font office de tribunal des affaires familiales. Selon la loi juive orthodoxe, le divorce n’est possible que si le mari l’accepte. Dans la plupart des cas, les juges rabbiniques ne peuvent pas forcer un époux à accorder le divorce à sa femme, mais ils peuvent imposer des punitions, dont l’emprisonnement et la saisie de propriété, contre ceux qui commettraient des abus sur leurs femmes sans pour autant leur accorder le divorce. Ces femmes sont appelées agunot en hébreu, ce qui signifie enchaînées.

Dans cette affaire, le mari a reconnu les violences domestiques devant le tribunal rabbinique et a déclaré regretter ses actes. L’agression avait eu lieu quand son épouse avait demandé le divorce pour la première fois, une tentative que la cour avait rejetée en raison de l’objection de son mari.

La femme avait de nouveau demandé le divorce en citant la condamnation pour agression, mais, dans son rejet de la demande, le tribunal a imputé la violence au désir de la femme de divorcer de son époux et pas à un désir de sa part de la blesser, selon Mavoi Satum, une association juive orthodoxe qui aide les femmes enchaînées.

Dénonçant toute violence contre les femmes, les juges ont déclaré que ceci s’appliquait « particulièrement à de telles violences graves, comme décrites dans l’acte de condamnation. » Cependant, « il est certain que l’explosion de l’époux a suivi la demande de divorce de sa femme, et il est certain que si son épouse avait accepté la demande de son mari de tenter de retourner à une vie normale ensemble, ceci ne se serait pas produit », ont déclaré les trois juges.

Mavoi Satum a accusé la cour de ne faire « que de beaux discours » contre les violences domestiques.

Hiddush, une association de défense des droits civiques critique du grand rabbinat, a déclaré vendredi que ce jugement « nous rappelle les attitudes à l’égard de ceux qui frappent leurs femmes dans les pays voisins d’Israël. » Le communiqué ajoutait que c’était un exemple d’ « accusation des victimes, qui est si repoussant quoique fréquent dans les cas de viols. »

Chaque année en Israël, environ 18 000 femmes portent plainte pour violence domestique, et une dizaine de femmes sont assassinées par leur époux.

La moitié des femmes assassinées appartiennent à la minorité arabe d’Israël, qui représente environ 20 % de la population, selon l’association WIZO de défense des droits des femmes.