Une exposition sur l’histoire de la santé et de la médecine dans la Ville sainte depuis l’Antiquité jusqu’au milieu du 20è siècle se tient depuis le printemps dernier au Musée de la Tour de David. Cependant, il y a un objet intriguant qui n’est présenté à l’exposition « Jérusalem : un diagnostic médical » que depuis le début de ce mois.

Le nouvel objet est une ampoule de verre contenant ce qui est considéré comme l’un des premiers échantillons du vaccin contre le choléra. C’est un objet fascinant, et le voyage qu’il a pris pour arriver finalement à la Tour de David est un peu un mystère.

L’ampoule ne faisait pas partie des pièces pour lesquels le personnel du musée et ses consultants ont écumé Jérusalem pour l’exposition. Mais plus tard, la nouvelle de l’exposition – et les recherches qui ont été créées pour la mettre sur pied – ont rafraîchi la mémoire de quelqu’un qui s’est rappelé d’une ampoule tombée d’un classeur alors qu’il était analysé par les Archives centrales sionistes en avril 1989.

Heureusement, le classeur et l’ampoule ont été localisés et remis au musée pour l’inclure dans l’exposition.

L’ampoule était enveloppée dans un petit paquet contenant une note, datant de 1892, indiquant que l’ampoule contenait un antidote pour le choléra.

La lettre est censée avoir été écrite par le Dr Waldemar Haffkine, le microbiologiste juif russe, qui a développé le premier vaccin contre le choléra en 1892. Puisque la lettre accompagnant l’ampoule était datée du 1er septembre 1892, seulement quelques mois après avoir annoncé son vaccin, on pense que l’échantillon provient d’un des premiers lots – si ce n’est le premier – produits.

Haffkine a quitté la Russie, où il avait étudié la protozoologie, pour la Suisse en 1888, parce qu’il était devenu difficile pour les scientifiques juifs de continuer à travailler en Russie après la répression antisémite consécutive à l’assassinat du tsar Alexandre II.

Deux ans plus tard, il a rejoint l’institut Louis Pasteur à Paris et a déplacé son attention vers la bactériologie pratique.

Selon un article paru dans Haaretz, sur l’ampoule de vaccin contre le choléra, Haffkine avait voulu tester son nouveau vaccin en Russie, mais les autorités russes ont préféré que les paysans meurent de choléra plutôt que de faire appel à un Juif.

Au lieu de cela, Haffkine a reçu la permission du gouvernement britannique d’aller au Bengale pour essayer le vaccin sur des soldats et des prisonniers britanniques, et plus tard, sur la population locale.

Le vaccin s’est rapidement avéré être efficace dans la prévention de la propagation de la maladie. Haffkine a été largement honoré pour ses contributions dans le domaine de l’immunologie, y compris par la reine Victoria, qui lui a accordé en 1897 le titre de chevalier.

Les changements apportés par le vaccin anticholérique de Haffkine et par celui qu’il a développé contre la peste, étaient révolutionnaires.

« Tout au long du 19è siècle, les pandémies de choléra ont éclaté partout dans le monde, et la peur de la maladie, en provenance de l’Inde, était très grande en europe car elle pouvait tuer des milliers de personnes dans une ville en à peine quelques semaines », a écrit le Dr Dan Barel, microbiologiste et historien de la médecine dans un courriel au Times of Israel.

Le choléra est une infection diarrhéique aiguë provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés par le bacille Vibrio cholerae. Il dispose d’une courte période d’incubation allant de deux heures à cinq jours, mais peut tuer en quelques heures.

L’exposition comprend un livre manuscrit de 1865 recensant les noms de nombreux résidents de Jérusalem qui sont morts du choléra. Elle témoigne de la façon dont la maladie a ravagé la communauté juive [le Yishouv] en Palestine ottomane.
Lors d’une épidémie de choléra en 1902, le Dr Hillel Yaffe, le médecin-chef du Yishouv, avait consulté Haffkine par lettre. Cependant, Barel est bien certain que Haffkine n’avait pas envoyé de vaccin à Yaffe. Le vaccin n’a été produit localement qu’après la Première Guerre mondiale, quand une succursale de l’Institut Pasteur a été ouverte en Palestine mandataire.

Haffkine est devenu un Juif orthodoxe vers la fin de sa vie, mais il n’a jamais visité le pays (il est mort en Suisse en 1930). Il a toutefois légué ses vastes archives personnelles à la Bibliothèque nationale d’Israël. Barel estime que l’ampoule de vaccin contre le choléra faisait probablement partie de ces archives et peut avoir été transféré aux Archives centrales sionistes, car il ne s’agissait pas d’un document écrit.

Bien que personne ne puisse parler avec une certitude absolue de chaque étape d’un voyage de 123 ans, de Paris à une vitrine dans la Tour de David, de l’ampoule du vaccin contre le choléra, il ne fait aucun doute que l’objet et son histoire ajoutent une grande valeur à « Jérusalem : un diagnostic médical ».

Les visiteurs du musée peuvent voir l’ampoule dans la section de l’exposition traitant des fléaux et épidémies. Il a été placé à côté du livre des actes de décès dus au choléra et d’une médaille ottomane donné à un médecin juif pour sa contribution à l’arrêt de l’épidémie de choléra de 1902 à Jérusalem.

L’ampoule est maintenant placée dans un musée, mais le choléra n’a pas disparu. Alors que le choléra a été éradiqué dans certaines parties du monde, il subsiste encore dans des régions où il est endémique.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on estime à 3,5 millions les cas de choléra et de 100 000 à 120 000 le nombre décès attribués chaque année à la maladie.