Pour l’instant, la visite du pape en Israël en mai se passera comme prévue, ont déclaré de hauts responsables du Vatican ce week-end.

Les commentaires des responsables contredisent les affirmations des sources diplomatiques israéliennes, qui ont annoncé jeudi que le pape avait été forcé d’annuler sa visite en raison des grèves au ministère israélien des Affaires étrangères.

Le porte-parole du ministère avait annoncé vendredi que la visite du pontife était « probablement impossible. »

« Les grèves causeront sans doute des difficultés mais rien n’est arrêté, en ce qui nous concerne, » a déclaré Federico Lombardi, le porte-parole en chef du Vatican, aux journalistes.

Le secrétaire d’Etat du Vatican, Pietro Parolin, a aussi affirmé que la visite prendrait place. « Je n’ai jamais entendu parler de changement, même si les nouvelles ont causé quelque appréhension et donné l’idée que la visite ne pourrait peut-être pas se dérouler. Mais, de ce que je sais, la visite aura bien lieu, » a-t-il indiqué a un quotidien italien.

Les responsables du ministère des Affaires étrangères avaient affirmé jeudi, en privé, que la visite papale avait été définitivement annulée mais n’avaient cependant pas voulu le déclarer publiquement.

Ils avaient en effet affirmé que ce n’était pas à eux de faire des commentaires sur les projets de voyage du pontife.

Ils ont cependant changé de ton dimanche, disant que la visite n’avait peut-être pas été officiellement annulée mais qu’ils se posaient la question de savoir comment elle pourrait se dérouler sans l’aide du ministère des Affaires étrangères.

« Tout dépend maintenant de la volonté du ministère des Finances de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à la grève, » indique un employé du ministère des Affaires étrangères.

De plus, les responsables ont laissé pensé, après la nouvelle de « l’annulation » de la visite du pontife, que d’autres responsables politiques, ne dépendant pas directement du ministère des Affaires étrangères, auraient fait en sorte que la visite se déroule comme prévu.

En raison de l’importance de la visite du pape, et de celle du Premier ministre britannique David Cameron également menacée, des responsables du Cabinet du Premier ministre et d’autres agences gouvernementales auraient peut-être contacté Londres et le Vatican pour les persuader d’ignorer la grève, a révélé une source au sein du ministère.

« Nous pensions que le Vatican avait annulé le voyage. Soit nous avions tort, soit nous avions raison et ils avaient annulé mais quelqu’un au Cabinet du Premier ministre ou ailleurs les a contactés en disant ‘Venez s’il  vous plaît, nous pouvons gérer cette visite sans eux.’ » selon la même source du ministère.

Un responsable au Cabinet du Premier ministre israélien a refusé de commenter.

Cameron est attendu à Jérusalem mercredi et s’adressera à la Knesset malgré le refus du ministère des Affaires étrangères de préparer ou d’aider à la visite de quelque manière que ce soit. La Knesset a publié dimanche le programme de la visite de Cameron.

« Des visites imminentes de dirigeants étrangers, dont David Cameron la semaine prochaine et le pape en mai, seront compliquées, et peut-être impossibles » en raison de la grève, avait indiqué Yigal Palmor, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, à l’AFP vendredi.

« Les dirigeants pourraient venir en tant que touristes, mais aucun diplomate ne se chargera de la logistique, des protocoles ou de la dimension politique de leurs visites, » a confirmé Palmor, s’exprimant en tant qu’employé et non en tant que porte-parole du ministère.

Mercredi, le personnel du ministère avait indiqué que Cameron avait dû reporter sa visite en raison du conflit salarial. « Je ne vois simplement pas comment la visite serait possible sans la coopération du ministère des Affaires étrangères, » avait affirmé Palmor au Times of Israel.

Jeudi, une source au sein du ministère avait révélé au Times of Israel que la visite du pape, prévue du 24 au 26 mai, avait été annulée parce que les employés du ministère des Affaires étrangères avaient entamé un conflit salarial et refusaient de prendre les mesures nécessaires afin d’organiser la visite.

Un jour plus tard, d’autres sources au ministère avaient confirmé la nouvelle. Selon les sources, l’envoyé du Vatican avait indiqué que si la réunion préparatoire ne pouvait pas prendre place, la visite du pape serait annulée et non reportée. Comme la réunion n’a pas eu lieu, les sources présumaient que la visite était annulée.

Le pape avait annoncé en janvier dernier son intention de se rendre à Bethléem et à Jérusalem, mais aussi à Amman.

Le voyage du pontife vise à commémorer le 50ème anniversaire de la rencontre historique qui s’est déroulée entre le pape Paul VI et le chef spirituel chrétien orthodoxe du patriarcat œcuménique, Athénagoras, à Jérusalem.

Le voyage sera la deuxième visite du pape en Terre sainte. Il s’était déjà rendu en Israël en octobre 1973, au moment où la guerre de Kippour a éclaté.

Comme le Times of Israel l’avait révélé en avril dernier, le jeune Jorge Mario Bergoglio (nom du pape) avait en effet passé six jours confinés dans son hôtel à Jérusalem, où il passait son temps à étudier les Lettres de Saint Paul aux Corinthiens.

Le président Shimon Peres a invité François Ier en Israël immédiatement après son élection en mars 2013.

« Plus tôt vous viendrez nous rendre visite, mieux ce sera – votre venue pourrait contribuer de manière significative à la confiance et à la foi dans la paix, » avait écrit Shimon Peres au pape François.

Les deux prédécesseurs du pontife s’étaient rendus en Israël – Benoît XVI en 2009 et Jean-Paul II en 2000.

La grève des diplomates israéliens menace aussi la visite de Peres en Chine, ce qui n’a pas encore été officiellement confirmé, normalement prévue en avril.

L’ambassade d’Israël en Chine a annoncé la semaine dernière avoir interrompu les préparations de la visite de Peres à Pékin ainsi que d’autres projets diplomatiques.

Ces mesures font partie de sanctions entamées par les employés qui demandent un meilleur salaire au ministère des Finances.

Le syndicat des salariés du ministère se bat pour une hausse des salaires et de meilleures conditions de travail pour les diplomates travaillant à l’étranger. Il avait publié une liste de dizaines de mesures qu’il prendrait. Ces dernières ont débuté ce mardi.

Le responsable du ministère des Affaires étrangères n’aidera plus à l’organisation des visites de présidents, Premiers ministres, ministres des Affaires étrangères ou d’autres responsables étrangers.

En parallèle, les diplomates refuseront d’assister les responsables israéliens qui se trouvent actuellement à l’étranger ou qui prévoient de voyager.

Aucun passeport diplomatique ne sera produit et « aucune assistance » ne sera délivrée aux responsables israéliens à l’étranger.

De plus, tout service consulaire destiné aux citoyens israéliens est suspendu, à l’exception des cas où une vie serait mise en danger ou si des corps devaient être rapatriés en Israël pour des funérailles.

En outre, le ministère a temporairement suspendu toute coopération avec certaines institutions gouvernementales.

Ces institutions incluent le ministère des Finances, le Shin Bet et le service des renseignements du Mossad, ainsi que l’armée israélienne.

Aucune correspondance diplomatique n’est envoyée, et la distribution de documents diplomatiques pro-Israël ont été suspendus.

Les diplomates sont priés de couper tout contact avec les Nations unies, y compris le secrétaire général Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité, ainsi que d’autres organisations internationales, comme les missions des Casques bleus aux frontières israéliennes, telles que l’UNIFIL et l’UNDOF.

L’été dernier, le syndicat des salariés avait pris des mesures similaires, qui s’étaient terminées à la fin du mois de juillet quand les diplomates et le ministère des Finances ont convenu de faire appel à un médiateur.

Gavriel Fiske et l’équipe de Times of Israel ont contribué à cet article.