Le service de vélos partagés de Tel-Aviv, Tel-O-Fun, les vélos verts omniprésents qui sont devenus partie intégrante du tissu social de la ville, célèbre son cinquième anniversaire cette semaine. Si des difficultés techniques subsistent, les organisations de voyages internationales classent Tel-O-Fun comme l’un des dix meilleurs programmes de partage de vélos urbains au monde.

Tel-Aviv bénéficie d’un réseau de 2 000 vélos et de 180 stations, avec en moyenne 9 000 tours de vélo par jour, selon Ofer Sela, PDG de FSM, le conglomérat de trois sociétés qui exploite le programme.

Le temps moyen par trajet d’un abonné annuel est de 17 minutes, à l’instar des autres programmes de partage de vélos à travers le monde.

FSM, qui supervise également les chariots à bagages à l’aéroport Ben Gurion, prévoit d’ajouter 10 stations de vélo à Givatayim et 10 autres à Ramat Gan, deux banlieues de Tel-Aviv, avant 2016.

La station la plus populaire est celle de la Place Rabin, en raison de son emplacement situé au cœur de la ville. Les stations du boulevard Rothschild et de la promenade en bord de mer sont aussi très prisées en termes de trafic journalier.

Selon Bike Sharing World Map, il existe 533 programmes de partage de vélos à travers le monde, et 193 autres en cours.

Tel-Aviv occupe la prestigieuse place du 8e rang d’une enquête sur les programmes internationaux de partage de vélo du USA Today.

Selon l’enquête, qui a examiné le tarif, l’accessibilité, les questions techniques, le nombre de vélos par personne et la fréquence d’utilisation, le meilleur programme de vélos partagés est à Hangzhou, en Chine. Les habitants de cette ville utilisent 70 000 vélos pour un quart de million de déplacements par jour.

Les abonnements annuels à Tel-Aviv sont un peu plus chers que dans des villes comme Barcelone ou Lyon, mais l’enquête évoque un climat agréable et une ville ouverte aux cyclistes, comme des avantages principaux du dispositif.

Une rangée de vélos Tel O fun - (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Une rangée de vélos Tel O fun – (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

« Personne ne s’attendait à autant de succès, observe Sela. Aujourd’hui, Tel-O-Fun est tellement dans l’ADN de la ville que les gens disent qu’ils ignorent comment ils feraient sans lui […] Il y avait tellement de vélos volés à Tel-Aviv. Maintenant, les loyers des appartements situés à proximité des stations Tel-O-Fun ont augmenté de 5 à 10 %. C’est une solution pour les jeunes de Tel-Aviv qui n’ont pas de voiture ou de place dans leur appartement pour un vélo. »

Le programme est également parfait pour les touristes, à la fois internes et internationaux. Pendant la haute saison, 2 200 abonnés quotidiens sont enregistrés. Pessah est la semaine la plus prisée, avec une moyenne de 12 000 trajets par jour.

FSM a commencé à travailler à l’initiative Tel-O-Fun juste après Pessah en 2010, et a lancé sur les routes les premiers vélos en 2011.

Il y a eu quelques bosses sur la route. « Au début, le processus [de location] n’était pas parfait », explique Yotam Avizohar, directeur de l’Association de vélos d’Israël, une organisation indépendante de défense des vélos.

« Beaucoup de critiques étaient justifiées sur les nombreux bugs du programme, notamment dans les scanners de la station. S’il y a une amélioration, des problèmes persistent. »

Digne défenseur du vélo, Avizohar est en faveur de tout ce qui peut faire sortir les gens de leurs voitures et les placer sur des sièges de bicyclettes. Il cite comme l’un des principaux avantages du programme la fin des vélos à trimbaler sur plusieurs étages – éradiquant définitivement la querelle de voisinage sur les marques de pneus dans la cage d’escalier.

« Quand un vélo les attend en bas, cela encourage un grand nombre de personnes à se décider », note-t-il.

Avizohar ajoute que l’étendue du système à la région métropolitaine environnante, y compris à Holon, Bat Yam et prochainement à Givatayim et Ramat Gan, encouragera encore plus de gens à faire du vélo dans la ville et réduira le trafic sur les routes.

A Tel-Aviv, la municipalité indique qu’en 2014, 16 % de tous les résidents se rendent au travail à vélo ; ils n’étaient que 6,5 % en 2010, quand il n’y avait pas de programme de partage de vélo. L’utilisation de vélos diminue la circulation et favorise l’exercice physique, ce qui en fait la méthode la plus abordable et la plus saine de transport, dit Sela.

Tout le monde n’utilise pas Tel-O-Fun, mais le programme de partage encourage les gens à adopter une nouvelle habitude. La croissance fulgurante de vélos électriques a également contribué à la hausse des déplacements à vélo.

Comme beaucoup de programmes de partage de vélos à travers le monde, Tel-O-Fun a du mal à faire des profits. Il lui a fallu deux ans pour qu’il enregistre un mince bénéfice en 2013.

En 2014, les gains ont été affectés par l’opération Bordure protectrice, la campagne militaire israélienne dans la bande de Gaza, qui a fait fuir les touristes.

Les touristes optent généralement pour une location quotidienne, de 17 shekels en semaine et 23 shekels le week-end et les jours fériés, qui est beaucoup plus rentable que les abonnements annuels de 280 shekels (ou 240 pour les résidents de Tel- Aviv).

Un diagramme montre toutes les différentes parties du système de location de vélos qui doivent communiquer entre eux au cours de chaque transaction de location. (Crédit : FSM)

Un diagramme montre toutes les différentes parties du système de location de vélos qui doivent communiquer entre eux au cours de chaque transaction de location. (Crédit : FSM)

Cependant, selon un porte-parole, en dépit de Bordure protectrice, la fréquentation a augmenté en 2014. Alors que le tourisme a baissé pendant la guerre, les chiffres ont rapidement rebondi.

Si le dispositif de Tel-Aviv n’est que légèrement rentable, il reste beaucoup plus stable que ce qui se fait dans de nombreuses autres villes.

Les programmes de partage de vélos sont notoirement coûteux et difficiles à maintenir. BIXI, qui fournit des vélos à travers le monde, a fait faillite en janvier 2014, mettant en péril des réseaux déjà en difficulté à Montréal, New York et Londres. A Londres, le système est tellement en difficulté que chaque vélo perd 2 000 dollars par an.

La maintenance est l’une des plus grandes dépenses. « Nous ne pensions pas que l’entretien serait si difficile, admet Sela. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu – les stations, les poteaux, les vélos eux-mêmes ; c’est un système très compliqué. »

Les utilisateurs réguliers de Tel-O-Fun connaissent parfois la frustration de prendre un vélo pour découvrir qu’il manque une pièce essentielle, comme une pédale, un siège, ou même le mécanisme de freinage entier.

D’après Sela, les crevaisons représentant 50 % du travail d’entretien, l’entreprise essaye deux types de pneus sans air. L’un avec un tube interne fabriqué dans le même matériau que les chaussures Crocs, et l’autre muni d’un système de trous directement à travers le pneu, ressemblant à du fromage suisse avec de petites ouvertures régulières.

Mais Sela espère exporter le succès de l’entreprise, illustré par cette 8e place au classement de USA Today, à d’autres villes à travers le monde. Le système de base de données et la conception du vélo sont totalement Made in Israel.

« Ce fut un processus d’apprentissage, conclut Sela. Mais maintenant, regardez combien de vélos roulent dans les rues. »