Le vice-chancelier et ministre de l’Economie allemand Sigmar Gabriel a justifié jeudi son voyage en Iran en début de semaine qui a suscité des critiques, faisant également valoir que d’autres responsables européens s’y rendaient prochainement.

« Premièrement, il faut privilégier les contacts aux conflits », a déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin le ministre social-démocrate, vice-chancelier d’Angela Merkel.

« Deuxièmement, un ministre de l’Economie est là pour servir son pays et son économie », a-t-il ajouté, précisant que des représentants d’autres pays, dont la France, s’apprêtent aussi à entreprendre le voyage.

Premier responsable occidental de premier plan à faire le voyage, après l’accord trouvé la semaine dernière entre l’Iran et les grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) sur le programme nucléaire iranien, Gabriel s’est rendu dans le pays accompagné d’une délégation d’industriels de dimanche à mardi.

L’accord trouvé à Vienne devrait permettre une levée progressive des sanctions internationales contre l’Iran qui touchaient lourdement son économie, ouvrant les portes d’un marché de quelque 80 millions de consommateurs, et aux énormes besoins d’investissements dans l’énergie et les infrastructures.

L’empressement du ministre allemand a toutefois suscité des commentaires acerbes dans la presse allemande, le quotidien FAZ voyant dans ce voyage « rapide, voire précipité » un signal envoyé à Téhéran que « les Européens, éblouis par les possibilités de faire des affaires, ignorent les crises régionales qui persistent même après l’accord ».

« Arriver trop tard c’est bête, mais y aller trop tôt peut être encore plus bête », a écrit de son côté le Süddeutsche Zeitung.

« Il ne faut pas taire le fait qu’il reste des conflits » avec l’Iran, a affirmé Gabriel jeudi, en référence notamment à la non-reconnaissance par Téhéran de l’existence d’Israël.

Mais « il ne faut pas faire comme si les sanctions avaient d’autres raisons » que les différends sur le programme nucléaire, a-t-il ajouté. Si c’est par exemple la situation des Droits de l’Homme dans la République islamique qui pose problème « alors il faudrait aussi parler d’autres pays, or on ne le fait pas, y compris ceux qui critiquent ».

Eric Schweitzer, président de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie (DIHK) et qui était du voyage, a assuré que le ministre avait « parlé d’Isräel avec insistance » avec chacun de ses interlocuteurs, « et des Droits de l’Homme ».

Il a décrit cette visite comme « un premier pas sur un long chemin » qui doit permettre à l’Allemagne, longtemps un partenaire commercial privilégié de l’Iran, de faire à nouveau des affaires dans le pays.

Les constructeurs automobiles et le géant industriel Siemens, notamment, ont déjà fait part de leur intérêt de principe pour le marché iranien.