JERUSALEM, (AFP) – Le sort de deux sites emblématiques du patrimoine palestinien, le village de Battir, célèbre pour son antique système d’irrigation, et la pittoresque vallée de Crémisan, est suspendu aux décisions de la justice israélienne sur la barrière de séparation en Cisjordanie.

La Haute Cour de Justice israélienne doit examiner le 29 janvier, un recours contre le passage de cette barrière à Battir, dont les terrasses agricoles, remontant à l’époque romaine, sont considérées comme un prétendant sérieux au classement par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité.

Le même jour, la Cour suprême se penchera sur le recours des habitants de la vallée de Crémisan, couverte de citronniers et d’oliviers, connue pour son vignoble –qui produit le vin de messe de Terre sainte– contre le tracé de la barrière.

« La construction du mur détruirait des parties du système d’irrigation qui existe depuis 2.500 ans, y compris les canaux de pierre romains », a expliqué le maire de Battir, Akram Badr.

« Ce serait catastrophique, non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour ce site du patrimoine mondial », a-t-il prévenu mardi sur la radio Voix de la Palestine, s’attendant néanmoins à ce que la Haute Cour confirme une précédente décision imposant au ministère israélien de la Défense, une révision du tracé.

Il faut noter que le recours, présenté par l’ONG Les Amis de la Terre/Moyen-Orient, a également reçu le soutien de l’Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigée par des partisans de la colonisation, au nom de la protection de l’environnement et du site.

« Nous avons un dossier très rare, dans lequel le gouvernement est divisé entre deux positions », a souligné l’avocat Michaël Sfard, qui représente cette ONG.

Le ministère israélien de la Défense a affirmé, dans un communiqué, que « sa mission première et fondamentale était d’assurer la sécurité des citoyens d’Israël », ajoutant que le tracé initial de la barrière avait été révisé et que « seule la première rangée de terrasses serait partiellement affectée ».

La barrière, achevée aux deux tiers, et qui atteindra à terme environ 712 km, se trouve à 85 % en Cisjordanie, isolant 9,4% du territoire palestinien, dont Jérusalem-Est, selon l’ONU.

Cette « clôture de sécurité », selon Israël, baptisée « mur de l’apartheid » par les Palestiniens, doit également séparer Bethléem, Beit Jala, et les villages palestiniens voisins de la vallée de Crémisan.

Le tracé prévu laisserait en outre le monastère religieux salésien, actuellement sous contrôle israélien, et le couvent du même ordre catholique de l’autre côté de la barrière, divisant ces deux congrégations, établies là depuis 1891.

« Le mur met en danger tous les habitants de Beit Jala, les chrétiens comme les musulmans », a déclaré le curé de Beit Jala, le père Ibrahim al-Shomali, qui célèbre depuis deux ans la messe dans la vallée, pour dénoncer ce projet.

« Cela touchera davantage les chrétiens parce que 99 % de la terre ici appartient à 58 familles chrétiennes », souligne-t-il néanmoins. « Cela pourrait pousser la communauté à l’exil, parce qu’après avoir perdu sa terre, il ne lui resterait plus de raison de rester ».

Le ministère de la Défense a affirmé avoir « tenu compte de toutes les revendications des parties intéressées, en particulier le monastère ».

La Coordination des évêques pour la Terre sainte, représentant plusieurs assemblées épiscopales d’Europe et d’Amérique du Nord, s’est alarmée d’une « perte de leur terre et de leurs moyens de subsistance » par les habitants de Crémisan, à la suite d’une récente visite.

« Notre profonde inquiétude (…) est que ce mur de sécurité soit surtout destiné à consolider les zones de colonisation et à séparer de manière permanente Bethléem de Jérusalem », indiquent-ils dans un communiqué mardi.

« Ce plan est comme un microcosme de la situation tragique en Terre sainte, qui nourrit le ressentiment et la méfiance, et rend encore plus improbable la solution si nécessaire », estiment les évêques, rappelant que la barrière est illégale au regard du droit international.

La Cour internationale de justice (CIJ) a jugé le 9 juillet 2004 sa construction illégale et exigé son démantèlement, de même que l’Assemblée générale de l’ONU.