Le Times of Israël a découvert que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne s’était pas entretenu avec son homologue britannique Theresa May avant la résolution qui a été adoptée par le Conseil de Sécurité aux Nations Unies.

Et pourtant, des indications laissent penser qu’elle aurait pu s’opposer au texte, qui qualifiait les entreprises d’implantation israéliennes « d’illégales » et désignait par le terme “territoires occupés” toutes les terres à Jérusalem et en Cisjordanie qui ont été capturées par Israël lors de la guerre de 1967.

A l’approche de ce vote, organisé le 23 décembre, Netanyahu s’est entretenu avec le secrétaire aux Affaires étrangères Boris Johnson mais pas avec May, a confirmé au Times of Israël un porte-parole du bureau du Premier ministre.

Johnson a été un personnage essentiel lors de l’élaboration de la résolution. Il semblerait que May, pour sa part, en ait non seulement ignoré le contenu mais qu’elle aurait été susceptible de s’abstenir ou même d’opposer un veto à la motion présentée.

En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, le Royaume Uni, aux côtés de la Russie, de la Chine, de la France et des Etats Unit jouit d’un droit de veto lors des votes portant sur des résolutions.

Netanyahu aurait échoué, lors d’une discussion avec le président Vladimir Poutine, à le persuader d’utiliser son veto.

S’il a imploré les Etats Unis de s’en tenir à leur politique d’opposition systématique aux motions anti-israéliennes au Conseil de Sécurité, cela a été en vain. Les Etats Unis se sont donc abstenus, intensifiant des années de friction entre Netanyahu et le président Barack Obama.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontre le ministre des Affaires étrangères britanniques Boris Johnson, le 30 septembre 2016. (Crédits : GPO)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontre le ministre des Affaires étrangères britanniques Boris Johnson, le 30 septembre 2016. (Crédits : GPO)

Le britannique Johnson a expliqué au Parlement mardi qu’il avait été “étroitement impliqué dans l’élaboration” de la résolution. May, d’un autre côté, a été “désagréablement surprise” par le soutien apporté par le Foreign Office à la motion anti-israélienne, a fait savoir un législateur de son parti Conservateur.

L'actuel député de Finchley et Golders Green Mike Freer. (Photo: autorisation)

L’actuel député de Finchley et Golders Green Mike Freer. (Photo: autorisation)

Mike Freer, Parlementaire de la circonscription Finchley et Golders Green, a écrit sur le site britannique de Jewish News que May avait été prise au dépourvu par l’initiative de son ministère des Affaires étrangères. Elle songerait d’ailleurs à des réformes permettant d’éviter qu’une situation similaire ne vienne à se reproduire.

Quelques jours après le vote des Nations Unies, le porte-parole du Premier ministre britannique avait émis une réprimande inhabituelle à l’intention du secrétaire d’Etat américain coupable, selon lui, de s’être concentré outre-mesure sur les implantations israéliennes lors d’un discours prononcé le 28 décembre au cours duquel il avait attaqué avec virulence les entreprises d’implantations et fait part de sa vision de l’avancée du processus de paix.

“Nous ne pensons pas que la paix soit négociable en se concentrant uniquement sur une seule question, la construction des implantations dans le cas qui nous préoccupe, alors que le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens s’avère clairement plus complexe”, avait dit un porte-parole de May. « Et nous ne pensons pas qu’il soit approprié d’attaquer la composition d’un gouvernement allié et démocratiquement élu ».

Dans cette déclaration, le bureau de May rappelait son appui à une solution à deux états et indiquait avoir soutenu la Résolution 2334 parce qu’il considérait que les implantations en Cisjordanie étaient « illégales ».

Downing Street n’a pas indiqué son degré d’implication dans la décision prise par le Foreign Office de soutenir la résolution et dans son élaboration.

Le bureau du Premier ministre et l’ambassade britannique de Tel Aviv n’ont pas répondu aux demandes du Times of Israel concernant le positionnement de May.

Juste une semaine et demi avant le vote du Conseil de Sécurité, May avait prononcé un discours saluant et soutenant vivement l’état juif. Devant l’assistance formée par les membres du groupe conservateur Friends of Israel, le chef du gouvernement avait fait l’éloge d’un « pays remarquable » et d’un « phare de la tolérance ».

Les liens avec Jérusalem sont “cruciaux”, avait-elle dit, promettant de renforcer encore les relations commerciales bilatérales. Elle avait également évoqué la Déclaration Balfour, ‘l’une des plus importantes lettres de l’histoire” selon elle.

La Première ministre britannique Theresa May lors d'un discours donné à l'occasion d'un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d'Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

La Première ministre britannique Theresa May lors d’un discours donné à l’occasion d’un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d’Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

Jérusalem avait réagi avec fureur à l’adoption de la résolution, prenant des mesures diplomatiques contre un certain nombre de pays qui l’avaient soutenue. Ainsi, Netanyahu aurait annulé une réunion programmée avec May lors du Forum Economique Mondial annuel de Davos, en Suisse, la semaine prochaine. Le bureau de Netanyahu a démenti toute rencontre prévue avec la Première ministre britannique et, la semaine dernière, le Premier ministre israélien a annulé son déplacement au sommet.

Jérusalem a déclaré avoir su que les Etats Unis allaient s’abstenir lors du vote de la résolution de l’ONU et a affirmé posséder des preuves ‘inattaquables” que les Américains étaient à l’origine de son passage, ce que nie Washington. Obama a accusé Obama d’avoir tendu un piège à Israël au sein de l’instance internationale, une accusation que le président sortant a vigoureusement démentie.

Quelques jours avant le vote du 23 décembre, Netanyahu s’était tourné non seulement vers Johnson mais également vers les dirigeants des pays membres du Conseil de Sécurité dans le contexte d’une lutte diplomatique frénétique visant à faire annuler la résolution.

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Netanyahu aurait appelé Poutine quelques heures avant le vote pour tenter de le persuader de le faire reporter. Il semblerait que Poutine ait partiellement répondu à cette requête puisque l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Churki, a demandé que le vote soit reporté après les vacances de Noël, moins d’une heure avant la réunion des 15 membres du Conseil.

Churkin avait indiqué que Moscou était insatisfait du texte et du moment choisi pour le vote – quelques semaines seulement avant le prise de pouvoir de la nouvelle administration américaine.

Mais la requête faite par Churkin avait été écartée et la Russie n’était finalement pas venue au secours de Netanyahu : Le vote était passé avec 14 voix favorables au texte, dont celle de la Russie, et l’abstention des Etats Unis.

Quarante-huit heures avant, Netanyahu aurait fait une faveur à la Russie aux Nations Unies, donnant pour instruction à la mission diplomatique israélienne à New York de sauter un vote qui aurait permis l’établissement d’un mécanisme d’investigation sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Syrie.

Cette directive serait survenue dans un contexte de pressions diplomatiques fortes de la part de la Russie qui est profondément impliquée dans la guerre civile en cours et qui refuse que ses militaires se trouvent incriminés dans une quelconque enquête internationale.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.