Les campagnes politiques modernes divisent souvent les électeurs en groupes homogènes à des fins de propagande, et Israël n’est pas différent. Le vote « russe » – une population issue de la grande vague d’immigration des années 1990 en provenance des pays de l’ancienne Union soviétique – et est homogène à bien des égards.

Ceux qui ont immigré en Israël depuis 1989 à partir de ces pays se définissent à 77 % comme laïcs et à 21 % comme traditionnels du point de vue de leur religiosité. Ils sont des électeurs majoritairement d’extrême droite, 31 % d’entre eux se definissent comme de droite et 31 % comme de centre-droite.

On ne peut pas discuter du vote russe sans mentionner le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu. La percéption de Liberman auprès des électeurs potentiels s’est degradée de manière significative au cours de l’année écoulée, sans surprise, étant donné qu’Yisrael Beytenu est embourbé dans un grand scandale de corruption.

Dans l’enquête menée par le Times of Israel en janvier 2014, 41 % des personnes interrogées avaient une opinion favorable de Liberman et 50 % avaient une image négative de lui. Maintenant, sa cote de popularité est tombée à 31 % contre 61 % d’opinion défavorable. La différence entre les opinions favorables et défavorables est passée de moins 9 points à moins 30 points. Et ce, malgré le fait que Liberman n’a pas été lui-même impliqué dans l’affaire de corruption.

Si c’est le vote russe qui avait hisssé Liberman au pouvoir, le même vote russe contribue aussi à sa chute. Liberman reste populaire au sein de cette communauté, malgré l’image négative globale auprès de l’ensemble de la population – 66 % des Russes lui donnent une note favorable contre 25 % qui lui donnent une note négative.

Cette popularité, cependant, est beaucoup plus faible que dans le sondage du Times of Israel réalisé en janvier 2014, qui avait montré 85 % d’opinions favorables à Liberman et 13 % d’opinions défavorables au sein de cette communauté. C’est un sérieux effondrement dans son groupe de base de partisans, certainement influencé par la baisse de sa popularité auprès de tous les électeurs.

Le déclin de la popularité de Liberman parmi les Israéliens d’origine russe a entraîné une hémorragie des électeurs russes de son parti, Yisrael Beytenu. Il y a tout juste un an, lorsque la popularité de Liberman était de 85 % parmi les électeurs potentiels russes, les deux tiers ont dit qu’ils allaient voter pour la liste commune Likud Beytenu et 23 % étaient indécis.

Aujourd’hui, après que Liberman a rompu son alliance avec le Likud, plus des deux-tiers des électeurs russes disent qu’ils ne voteront pas pour Yisrael Beytenu, alors que seulement 30 % disent avoir l’intention de le faire, 32 % se disant indécis. Les intentions de vote combinées pour Yisrael Beytenu et le Likud sont de 46 % ce qui est une forte baisse par rapport aux 64 % d’intention de vote de l’année dernière quand ces partis étaient unis. Il est à noter que la proportion d’indécis est plus élevée chez les Russes que dans la population générale, dans laquelle 24 % des électeurs potentiels sont indécis.

Puisque 86 % des électeurs Yisrael Beytenu s’identifient comme électeurs russes, 6 des 7 sièges à la Knesset que le sondage accorde au parti de Liberman seront russes. Si Liberman veut se rapprocher des 13 sièges dont son parti dispose aujourd’hui à la Knesset, il devra retourner à sa base et ramener les électeurs russes indécis à la maison c’est-à-dire à Yisrael Beytenu.

Le sondage a été mené du 1er au 3 février 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 824 adultes israéliens qui ont indiqué qu’il est très ou assez probable qu’ils aillent voter aux prochaines élections de la Knesset.

Les sondés qui ont indiqué qu’ils étaient moins susceptibles ou pas du tout susceptibles d’aller voter n’ont pas été inclus dans l’échantillon de l’enquête.

Les 44,7 % des questionnaires remplis ont été effectués par des appels sur téléphone fixe, 33,5 % sur des téléphones mobiles, et 21,9 % ont été réalisés par l’intermédiaire de panels en ligne, aidant à compenser le fort pourcentage d’Israéliens qui n’ont pas les téléphones fixes.

10,1 % des sondés étaient des arabophones interrogés en arabe et 10,9 % étaient des russophones interrogés en russe.

Les résultats sont arrondis au chiffre entier le plus proche. La marge d’erreur est de +/- 3,41 %, avec un niveau de confiance à 95 %.

C’est le quatrième d’une série d’articles que le Times of Israel publiera sur la base de ce sondage.

L’enquête a été formulée par le Times of Israel et l’auteur de l’article qui travaille au cabinet du conseil politique 202 Strategies.

Notre enquête est le sondage le plus précis à disposition du public à ce jour, car un échantillon relativement grand de 824 électeurs probables a été interrogé – par opposition à la norme de la presse hébraïque qui est de 500 électeurs inscrits.

Stephan Miller, cité par le magazine Campaigns and Elections en 2008 comme étant « le jeune protégé de James Carville », est un analyste en opinion publique américano-israélien, un stratège en communication et un ancien conseiller du maire de Jérusalem, Nir Barkat, qui a travaillé sur des campagnes dans dix pays différents étalés sur quatre continents.