Les négociations au Caire, apparemment renouvelées pour cinq jours mercredi, avec des tirs de roquettes et les ripostes à minuit, ont été menées à huis clos.

Il y a de nombreux sujets à débattre, le rôle, désormais de l’Autorité palestinienne à Gaza, le retour des dépouilles des deux soldats israéliens, l’avenir des hommes armés palestiniens arrêtés lors de l’opération, la notion, peut-être, de démilitarisation de la bande de Gaza, la durée du cessez-le-feu.

Pourtant, au cœur de la discussion, se trouve très probablement le blocus, le mécanisme qui restreint, à un petit filet, les marchandises entrant dans Gaza, et dans une plus grande mesure, tout ce qui laisse l’enclave de 362 kilomètres carrés coincée entre Israël, l’Egypte et la mer.

Une rapide observation des différents points de passage, pour les personnes et les biens, peut aider à brosser un tableau de la situation actuelle, de son évolution au cours des années passées et où tout cela pourrait conduire à la fin de la campagne actuelle.

Kerem Shalom est ajourd’hui l’unique passage d’entrée et de sortie pour les marchandises à Gaza. En 2005, avant l’arrivée du Hamas au pouvoir, une moyenne mensuelle de 10 400 camions de vivres entrait à Gaza depuis Israël. Après que le Hamas, une organisation terroriste ouvertement engagée à la destruction d’Israël, ait gagné une élection populaire et, avec une efficacité brutale, ait renversé le pouvoir de l’Autorité palestinienne à Gaza en 2007, Israël a imposé un blocus sur la bande de Gaza.

Pour les trois premières années, de juin 2007 à juin 2010, au cours desquelles seules les « vivres vitales » étaient autorisées à entrer dans la bande, une moyenne mensuelle de 2 400 camions passait dans Gaza, selon les statistiques fournies par l’organisation Gisha qui milite pour une circulation plus libre des marchandises vers et depuis Gaza.

Le blocus, empêchant tout de l’essence au bœuf, a été fortement modifié après l’incident du Mavi Marmara en mai 2010 au cours duquel des commandos de marine israéliens, attaqués, ont tué 10 activistes turcs sur un navire cherchant à briser le blocus. En réponse, Israël a facilité le blocus en permettant à presque toutes les marchandises d’entrer dans Gaza.

La question épineuse était, pourtant, et continue à être, les restrictions sur les ravitaillements à double utilisation, ceux qui ont le potentiel d’être utilisés pour des objectifs néfastes.

Le premier d’entre eux est le ciment. La population civile de Gaza a besoin de matériels de construction. Gisha estime que Gaza manque de 75 000 maisons et de 259 écoles.

En outre, 10 000 maisons ont été détruites pendant l’opération Bordure protectrice, à la fois par les tirs israéliens et les bombes palestiniennes. L’industrie de construction à Gaza emploie 70 000 travailleurs, déclare la cofondatrice de Gisha,Sari Bashi, et représentait à une époque jusqu’à 28 % du PIB.

Pourtant, les priorités du Hamas à Gaza sont évidemment différentes et le ciment est utilisé à des fins militaires.

Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas, a admis cela au cours d’une conférence tenue à Damas plusieurs mois après l’opération Plomb durci en 2008-2009, selon des éléments du Centre de Renseignement et d’Information Meir Amit. « En apparence, les images visibles sont des négociations au sujet de la réconciliation et de la construction. Pourtant, les images cachées sont qu’une grande partie de l’argent et de l’effort est investie dans la résistance et dans les préparations militaires », explique Meshaal.

Tout cela était nulle part plus évident que dans les arches uniformes faites en ciment qui ont été trouvées pour soutenir le réseau de tunnels d’attaque du Hamas creusé sous la frontière vers Israël.

Le général de Brigade Michael Edelstein, le commandant de la Division Gaza, a déclaré durant une réunion à proximité de la frontière de Gaza il y a deux semaines, que le Hamas avait créé un « métro de terreur » à Gaza, en utilisant des dizaines de millions de dollars et « des milliers de tonnes de ciment ».

Les sites de lancement de roquettes, les tunnels internes, les bunkers ont tous été fortifiés avec du ciment.

Selon le Centre Meir Amit, une organisation dirigée par d’anciens officiers israéliens des renseignements, le ciment passait vers Gaza par des souterrains très tranquillement avant l’arrivée au pouvoir en Egypte d’Abdel Fatah el-Sissi. Il a réduit le flot des marchandises depuis son territoire à travers les tunnels.

Aujourd’hui, un rapport récent suggère que le ciment est soit produit à Gaza à partir de matériel brut, comme des cendres et du sable de mer, ou pris à des organisations internationales, qui demandent l’importation de ciment ou soumettent des plans et des rapports d’information aux autorités israéliennes afin de recevoir une autorisation pour importer du ciment dans Gaza.

Bashi a également déclaré que le carburant était à une époque considéré comme une substance à double emploi, puisqu’il est utilisé pour les roquettes, et, qu’aujourd’hui, il est autorisé à entrer librement dans Gaza.

Le Coordinateur des activités du gouvernement dans les tTerritoires (COGAT) pour l’armée a envoyé environ 7,6 millions de litres de carburant et de benzène dans Gaza pendant le seul mois mois de guerre. (Un total de 3 324 camions de ravitaillement sont entrés dans Gaza via Israël depuis le début de l’opération Bordure protectrice le 8 juillet, selon les chiffres de COGAT).

Mentionnant un taux de chômage de 45 % dans Gaza, alors qu’il était de 18 % l’an passé, Bashi a déclaré que les restrictions ont échoué à empêcher la construction de tunnels et ont, au lieu de cela, puni les habitants, créant une situation économique qui est totalement néfaste à la stabilité. « C’est une erreur de voir cela comme un jeu sans effets », a-t-elle déclaré.

Pourtant, le prix en sang payé par les Israéliens pour (au moins temporairement) se débarasser de la menace des tunnels, couplé à l’insécurité perturbant la vie des résidents des régions à la frontière, rend très improbable qu’Israël autorisera le transport libre et ouvert du ciment vers Gaza à cette période. Et particulièrement maintenant que les tunnels sous Rafah ont été fermés.

Très probablement, cela sera confié à des acteurs responsables et supervisé au maximum (Israël a perdu 64 soldats pendant le premier mois de combat, onze ont été tués par des hommes armés du Hamas sortis des tunnels vers Israël, et beaucoup plus au cours des recherches et de la démolition des tunnels à l’intérieur de Gaza).

Les marchandises sortant peuvent, elles aussi, passer uniquement à travers Kerem Shalom. Le point de passage vers l’Egypte, à Rafah, est totalement fermé aux marchandises.

Et tandis que les Gazaouis peuvent exporter peu de produits, les entreprises israéliennes profitent des ventes d’import des commodités,comme les mangues ou le bœuf vers Gaza.

Udi Tamir, un des propriétaires de Egli Tal, une des plus importants importateurs de bétail, a déclaré que l’industrie envoie environ 35 000 têtes de bétail à Gaza chaque année par exemple. Il déclaré avec malice au cours d’une conversation, il y a quelques années, que certains éleveurs de bétail israéliens pourraient vouloir offrir au nouveau président élu Recep Tayyip Erdogan une récompense pour l’ensemble de sa carrière.

De janvier à juin 1014, une moyenne mensuelle de 17 camions de produits est sortie de Gaza, 2 % de la moyenne avant 2007, selon les chiffres de Gisha, et tandis qu’à une époque Gaza exportait 85 % de ses marchandises vers la Cisjordanie et Israël, aujourd’hui, sur la base d’une politique israélienne de séparation entre la Cisjordanie contrôlée par l’Autorité palestinienne et la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, théoriquement aucune marchandise n’est autorisée à voyager de Gaza, à travers Israël, vers la Cisjordanie.

Selon Gisha, un total de 49 camions pour une organisation internationale, quatre camions de bureaux d’écoles pour l’Autorité palestinienne et deux camions de feuilles de palmiers pour Israël sont tout ce qui a passé vers Israël et la Cisjordanie depuis mars 2012.

Dans ce domaine, très probablement, un progrès pourrait être atteint en prenant relativement peu de risque pour la sécurité et avec un bénéfice palpable.

Les points de passages pour piétons

Le passage d’Erez est la voie pour les personnes entre Israël, Gaza et la Cisjordanie. Le point de passage de Rafah, ouvert et fermé par intermittence au cours des dernières années et très minutieusement surveillé par l’Egypte, est la voie principale depuis la bande de Gaza pour le voyage international.

Ainsi, de janvier à juin de cette année, une moyenne mensuelle de 6 445 personnes ont quitté Gaza par Rafah, un chiffre qui représente environ 16 % de la moyenne durant ces mêmes mois en 2013, lorsque l’Egypte était aux mains du prédécesseur de Sissi, Mohammed Morsi. Depuis le début de la guerre, le passage a été fermé presque complètement.

Sur la même période, les chiffres de Gisha montrent qu’une moyenne mensuelle de
5 920 Palestiniens ont quitté Gaza à travers Erez. La plupart étaient des patients médicaux et leurs compagnons et des hommes d’affaires.

Selon Gisha, des personnes en deuil d’un proche de premier degré sont autorisés à voyager en Cisjordanie, comme le sont les chrétiens qui souhaitent visiter les lieux saints, les proches au premier degré souhaitant participer à un mariage, les étudiants en voyage vers l’étranger, les orphelins sans liens de premier degré à Gaza. Ceux qui souhaitent se marier en Cisjordanie ou les étudiants souhaitant y étudier, par exemple, ne sont pas autorisés à quitter Gaza par Erez.

Bashi a noté que 31 % des personnes dans Gaza ont des proches en Cisjordanie. Elle appelle à une plus grande liberté de mouvement, comme c’est autorisé par les évaluations sécuritaires.

Le Shin Bet a pourtant, au cours des années passées, intercepté à de nombreuses reprises des messages entre Gaza et la Cisjordanie et a averti, même avant l’enlèvement du 12 juin de trois adolescents israéliens puis leur meurtre, apparemment organisé depuis Gaza, que le Hamas a constamment cherché à dynamiser les vieilles cellules terroristes en Cisjordanie.

Des armes

Sans aéroports et sans ports, les voies réelles et employées pour introduire en contrebande des armes professionnelles à Gaza, a déclaré un ancien officer des renseignement au cours de la campagne actuelle, étaient depuis « l’axe de résistance », l’Iran le Hezbollah et la Syrie, vers le Soudan et, de là, vers le nord, via la péninsule du Sinaï en direction des tunnels de Rafah et Gaza.

Peut-être parce que le flot d’idéologie terroriste et de matériel n’est pas seulement allé au nord-ouest vers Gaza, mais aussi au sud-est vers Rafah, la péninsule du Sinaï, et le reste de l’Egypte, en y alimentant la violence, le président egyptien Sissi a largement éradiqué les tunnels de Rafah qui étaient utilisés pour transporter tout, des voitures et du ciment aux roquettes M-302.

Comme le trafic de drogue, la circulation d’armes ne peut pourtant jamais être pleinement arrêtée.

En mars dernier, des commandos de marine israéliens sont montés à bord du navire Klos-C enregistré au Panama et ont trouvé 40 roquettes M-302 et 180 cartouches de mortiers de 120 mm sous des tonnes de ciment. Un rapport des Nations unies a trouvé que les armes étaient en réalité envoyées depuis l’Iran mais a contesté l’affirmation israélienne qu’elles étaient destinées à Gaza.

Ni les officiels israéliens ni ceux des Nations unies n’ont fourni de preuves tangibles quant à la destination finale des armes. Il serait pourtant difficile d’expliquer pourquoi les troupes israéliennes intercepteraient pas un navire à plus de 1 800 kilomètres nautiques de ses eaux territoriales, à moins que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres croient vraiment que les armes auraient pu être tirées sur les citoyens israéliens.

Le Hamas exige la levée du blocus et l’ouverture du port, une réussite tangible qui pourrait être présentée aux habitants de Gaza comme un signe d’autonomie et de liberté.

De telles exigences sont pourtant contrebalancées par ses efforts incessants d’importer le type d’armes qui a fait du Hezbollah une force de combat si terrifiante dans la région.

Mercredi soir, peu avant la fin du cessez-le-feu prolongé, le Hamas a montré des images de roquettes M-75 fabriquées sur place, nettoyées avec amour et exposées comme des planches de surf. Les métaux qui les composent, et les explosives dans l’ogive, doivent être attrapées dans les filets adaptés du blocus israéliens.

A la fin de cette campagne, comme après l’incident du Mavi Marmara, de nombreux éléments du blocus seront mis sur la table des négociations.

Israël, sur une base pragmatique, sera relativement flexible pour des concessions qui renforcent l’économie comme, par exemple, l’export de fraises ou d’autres produits. Mais il sera beaucoup plus strict sur l’importation de marchandises à double utilisation qui permettent notamment la construction de M-75.

La difficulté sera de trouver la formule qui élargit les trous du filet pour soutenir les Gazaouis ordinaires, accorder des réussites à l’Autorité palestinienne plutôt qu’au Hamas, et permette à Israël de s’assurer que le Hamas, avec son allégeance jurée au djihad, sera restreint dans son intention de suivre l’exemple du groupe terroriste libanais, le Hezbollah.