Des officiels de haut rang des entreprises responsables de la production du gaz découvert au large des côtes israéliennes ont fait preuve de pessimisme dans le sillage de la décision de l’Autorité anti-monopole de rompre leur consortium de production, expliquant que cette décision allait compromettre le crédit israélien dans le monde entier, mais aussi mettre en danger la production de gaz dans son ensemble.

Tzurya Meidad Luzon, experte anti-monopole israélien, a déclaré au Times of Israël qu’il ne fallait pas s’inquiéter. « On peut s’attendre à des plaintes, étant donné que les entreprises impliquées seront forcées d’abandonner une part importante avec laquelle elles auraient contrôlé l’économie israélienne. Mais l’inverse est aussi vrai : Israël va seulement bénéficier de cela, et d’un point de vue légal, elles ne peuvent rien faire contre la décision, si ce n’est se plaindre. »

La décision de mardi fait suite à un récent rapport d’un important expert international de l’énergie déclarant que la consortium responsable du champ de gaz Tamar avait « des exigences contractuelles de type monopole » sur Israël, ce qui conduirait à une augmentation forte des coûts de l’électricité pour les Israéliens.

Selon le rapport de Sergio Ascari, le consortium, composé de Noble Energy, Delek Drilling, Isramco et Dor Explorations, devait gagner le double de ce que d’autres groupes d’exploration et de forage touchent dans la monde. La Société Electrique Israël (SEI) et d’autres fournisseurs d’énergie devront dépenser 200 milliards de shekels (41 milliards d’euros) jusqu’en 2030 pour le gaz, qui coûterait ailleurs seulement 100 milliards de shekels (21 milliards d’euros). Bien sûr, le coût supplémentaire ne serait pas amorti par SEI, mais par le consommateur.

Le rapport a été demandé par l’Autorité de l’Electricité d’Israël, le service gouvernemental responsable de la politique énergétique, qui s’est plaint dans la passé des conditions de l’accord du consortium.

L’étude d’Ascari a confirmé beaucoup de ses plaintes, parmi elles une augmentation incessante et continuelle du prix du gaz naturel vendu par le consortium, lié à un index du prix de l’énergie et sans considération sur les conditions du marché. En d’autres termes, les contrats bloquaient les consommateurs israéliens dans des prix artificiellement hauts et des augmentations croissantes pour le gaz Tamar, même si les acheteurs pouvaient avoir du gaz moins cher ailleurs.

Dans sa décision de mardi, David Gilo, le directeur de l’Autorité anti-monopole, a déclaré qu’il avait informé les chefs des entreprises du consortium que l’Etat voulait plus de concurrence sur le marché du gaz, et que les entreprises devraient vendre certaines parts à des entreprises en développement sans lien avec elles.

Les entreprises, a déclaré son bureau, avaient « créé une situation dans laquelle ils contrôlaient globalement toutes les réserves de gaz de la côte de l’Etat d’Israël ». Les entreprises avaient donc créé un trust qui était llégal et qui devrait être démantelé. Noble Energy possède 39,99 % de Leviathan et 36% de Tamar, tandis que Delek possède 45,34% de Leviathan et 31,35% de Tamar.

Les hauts responsables des entreprises étaient, bien sûr, en colère. « Revenir sur des contrats avec nous coûtera à l’Etat beaucoup d’argent, et découragera les investisseurs qui ne seront jamais sûr qu’un accord passé avec Israël est un véritable accord », a déclaré Yossi Abu, PDG de Delek Drilling, à Radio Israël.

Le directeur des affaires de Noble en Israël, Bini Zomer, a déclaré que la décision « mettrait le doute » sur l’avenir du développement du gaz et du pétrole dans le pays et affecterait les investissements de Noble en Israël, a annoncé la Deuxième Chaîne.

Le président de Delek, Gidon Tadmor, a expliqué à la Radio de l’Armée que l’entreprise « a négocié avec le gouvernement pendant trois ans sur ces arrangements, et Gilo lui-même a soutenu les contrats dans le passé. Inutile de dire que nous sommes choqués par la décision. Israël regrettera cela dans les années à venir ».

Interrogé pour savoir quand le champ Leviathan commencerait à produire du gaz, Tadmor a déclaré qu’avant la rencontre de lundi soir avec Gilo, le consortium avait prévu de faire sortir du gaz en 2018, mais maintenant rien n’est plus sûr.

« Ce gaz est indispensable pour Israël car nous attendons des pénuries de gaz de la part des fournisseurs existants déjà dans les prochains mois à venir », a déclaré Tadmor. En outre, le gaz pourrait aussi fournir à Israël des revenus importants avec des ventes à l’étranger.

« Pourquoi mettre une opportunité historique aussi importante sous un nuage de doute ? Tout le monde sait que les investisseurs n’aiment pas l’incertitude », a-t-il déclaré. Et maintenant, la légitimité d’accords avec le gouvernement, des contrats avec des compagnies israéliennes et la justification économique pour la production du gaz ont été mis en doute, a expliqué Tadmor, ajoutant qu’il pourrait y avoir un « effet boule de neige », avec des entreprises étrangères et des banques réfléchissant à deux fois avant de se lancer dans des affaires avec Israël.

Gilo, a-t-ajouté, s’est laissé entraîner dans un « programme populiste qui prétend que nous cherchons nos intérêts de monopole au lieu de nous concentrer sur ce qui est bon pour Israël. On ne peut pas changer à la dernière minute des règles qui ont duré 3 ans », a-t-il ajouté.

Si Tadmor insinue que le consortium arrêtera ses opérations en se mettant « en grève » pour protester contre la décision, ou en essayant de faire traîner la situation dans des tribunaux alors que la situation reste irrésolue, ils feraient mieux d’y repenser, a déclaré Luzon. « Ces entreprises ont des obligations contractuelles à produire du gaz de manière régulière, et s’ils ne le font pas, alors l’Etat aura le droit d’annuler tous les contRats avec eux, et ensuite ils perdront vraiment leurs 5 milliards d’euros. »

Luzon, qui est la conseillère juridique en chef de Mouvement pour un gouvernement de qualité, un groupe de surveillance bien souvent très critique de la politique du gouvernement, n’a fait que louer la décision de Gilo. « Il agit de manière décisive, en faisant quelque chose que le gouvernement aurait dû faire avec toutes ces entreprises. La décision est parfaitement légale, et le consortium n’a pas de base juridique qui tiendrait devant un tribunal si jamais il voulait suivre cette option. »

La raison, explique-t-elle, provient de la nature même du consortium. « Chacune des entreprises a reçu un droit à produire du gaz à partir d’un gisement, ils n’étaient pas supposés travailler ensemble. A un moment il y a quelques années, ils ont déclaré qu’ils agiraient ainsi en créant le monopole que Gilo vient juste de rompre. Ils ont agi contre la loi, par le régulateur. »

L’inconvénient le plus important de la décision est probablement les migraines à venir pour les Israéliens qui vont très certainement beaucoup entendre parler des entreprises de gaz et de leurs soutiens. « La grande victoire des entreprises et de leurs soutiens dans le passé a été leur capacité à se faire passer, et leur accord de monopole avec, comme indispensable à l’économie d’Israël », a déclaré Luzon.

« Il n’y a pas besoin de paniquer, parce que toute « représaille » des entreprises leur fera seulement du mal. Elles continueront à faire beaucoup d’argent, à la fois avec la vente du gaz qu’elles produisent et avec la vente des parts à quelqu’un d’autre », a-t-elle ajouté. « Le crédit d’Israël dans les affaires ne sera pas mis en danger en aucune manière, mais l’Etat sera beaucoup plus sûr financièrement avec l’entrée de plus d’acteurs dans les affaires du gaz. Cela apportera dans leur sillage des coûts plus bas pour l’économie israélienne. »