L’économie d’Israël paie le prix d’une paix insaisissable, selon un responsable de la Banque mondiale
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L’économie d’Israël paie le prix d’une paix insaisissable, selon un responsable de la Banque mondiale

L'Etat juif a eu de bonnes performances économiques, selon Augusto Lopez-Claros. "Mais ce que je veux dire, c'est : Israël ne serait-il pas capable de faire encore bien plus ?"

Le docteur Augusto Lopez-Claros, haut-conseiller en développement économiques au groupe de la Banque mondiale, en juin 2017 (Autorisation : Shoshanna Solomon/The Times of Israel)
Le docteur Augusto Lopez-Claros, haut-conseiller en développement économiques au groupe de la Banque mondiale, en juin 2017 (Autorisation : Shoshanna Solomon/The Times of Israel)

L’économie israélienne paie le prix de l’échec de son gouvernement à trouver un accord de paix permanent avec ses voisins, a expliqué un responsable du groupe de la Banque mondiale lors d’un entretien accordé cette semaine au Times of Israel.

« Il y a un coût associé à une situation sécuritaire irrésolue », a indiqué Augusto Lopez-Claros, haut-conseiller en économie du développement à la Banque mondiale qui s’est exprimé en marge d’une conférence commerciale à Jérusalem.

« Si on devait résoudre sur une base permanente la situation sécuritaire, il pourrait y avoir un moteur potentiel de croissance économique à travers une augmentation du commerce et des investissements dans la région ».

Les possibilités d’activités commerciales et d’investissements plus importants suite à une résolution permanente de la situation sécuritaire seraient significatives, a-t-il dit, dans la mesure où Israël est géographiquement situé dans une région où il y a de larges marchés potentiels et qui peuvent exprimer une forte demande pour ses produits – notamment dans les secteurs de la technologie, de l’agriculture et du gaz naturel, a-t-il indiqué. Une donnée qui ne peut pas être prise en compte actuellement.

« Il y a un potentiel ici qui doit être exploré et exploité », a-t-il commenté. Toutes les nations dans le monde ont tendance à faire du commerce et à investir avec leurs voisins. « La géographie est encore importante. Vous ne pouvez pas complètement la négliger. Et vous êtes déconnectés. Vous êtes comme une île ».

En raison du manque de paix avec ses voisins arabes et dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les principaux partenaires commerciaux de l’Etat juif sont les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Asie.

Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain Donald Trump en charge du Moyen Orient, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 21 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain Donald Trump en charge du Moyen Orient, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 21 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Ces propos tenus par Lopez-Claros surviennent dans un contexte de tentative de reprise des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis. Le gendre du président américain Donald Trump, qui est aussi son haut-conseiller sur le Moyen Orient, Jared Kushner, a rencontré mercredi soir le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le cadre d’une visite de 24 heures dans la région qui avait pour objectif de faire avancer la remise en place de nouveaux pourparlers de paix. Kushner a été chargé par le président de relancer les efforts de paix.

L’économie israélienne a augmenté de 4 % en 2016, soutenue principalement par des dépenses des ménages croissantes, une hausse des exportations et par les investissements. Et pourtant, la productivité du pays est encore parmi les plus faibles des pays de l’OCDE et le secteur high-tech n’est plus le moteur de croissance de l’économie.

Les décisionnaires politiques et les leaders d’affaires qui se sont réunis à l’occasion de la Conférence Eli Hurvitz sur l’Economie et la Société à Jérusalem au début de la semaine ont évoqué deux économies divergentes qui se développent en Israël – l’économie de l’innovation et l’économie traditionnelle, qui emploie 90 % de la population.

Cette divergence en termes de salaires mène à une augmentation des inégalités économiques qui doit cesser, ont affirmé les intervenants. Et l’un des outils les plus déterminants qui permettront d’atteindre cet objectif est une meilleure éducation couplée à l’amélioration des formations professionnelles.

Les politiques et les chefs d'entreprise se sont rencontrés à l'occasion de la Conférence Eli Hurvitz de Jérusalem, le 19 juin (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)
Les politiques et les chefs d’entreprise se sont rencontrés à l’occasion de la Conférence Eli Hurvitz de Jérusalem, le 19 juin (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

« Si on devait résoudre sur une base permanente la situation sécuritaire, il pourrait y avoir un moteur potentiel de croissance économique à travers une augmentation du commerce et des investissements dans la région », a déclaré Lopez-Claros, qui siège à la Banque mondiale depuis six ans.

Cela « ne veut pas dire que vous feriez moins de commerce avec l’Europe ou l’Asie, ou les Etats-Unis. Ces marchés continueront à être importants mais vous pourrez en faire davantage dans la région. Et c’est quelque chose qui ne peut pas être négligé ».

Israel a de bonnes performances mais pourrait faire plus

« Israël a bien travaillé – c’est un pays bien plus prospère aujourd’hui que ce n’était le cas il y a 20 ou 25 ans, il est parvenu à améliorer ses infrastructures et il est devenu un pôle technologique. Mais ce que je veux dire, c’est : Israël ne serait-il pas capable de faire encore bien plus ? Je pense que ce potentiel est quelque peu sapé par la situation sécuritaire irrésolue. »

La paix pourrait mener à des dépenses inférieures en termes de défense et cet argent pourrait être redirigé vers l’amélioration du système de l’enseignement, a-t-il dit. Dans un monde qui est en cours de numérisation et d’automatisation, les gouvernements dans le monde entier doivent canaliser davantage de fonds dans le secteur de l’éducation.

« Il y a un écart entre ce que les universités livrent et ce qu’il faudrait qu’elles livrent », a-t-il ajouté. « C’est un problème global. Certains pays font mieux que les autres : les pays scandinaves, par exemple. Israël fait bien les choses également mais pourrait faire mieux ».

Il doit y avoir plus de collaboration et de retours entre les universités et les industries de manière à ce que les étudiants puissent disposer des outils dont ils ont besoin dans un paysage changeant du marché de l’emploi. « En traversant les différentes étapes de l’enseignement, les étudiants devraient passer leur été au sein des entreprises israéliennes de façon à avoir un aperçu plus proche des compétences nécessaires sur le marché du travail ». Un phénomène qui existe déjà, a dit Lopez-Claros, mais qui doit encore se développer.

Un classement ‘décevant’ pour Israël

Les régulations en Israël doivent être aussi assouplies, selon Lopez-Claros. Israël est au 52ème rang du classement Doing Business 2017 établi par la Banque mondiale.

« Pour un pays qui est un pays à haut revenu – qui a déjà fait tant d’autres choses dans d’autres secteurs – c’est un peu une déception », a-t-il commenté. « Vous pourriez vous attendre à ce qu’Israël soit dans le top 10-15. Les choses devraient être plus faciles ici » comme c’est le cas dans les autres pays à la tête du classement : Nouvelle-Zélande, Singapour, Suède et Norvège. Ces pays, comme Israël, ont des économies développées et des universités de haut-niveau qui sont des pôles technologiques importants, a-t-il poursuivi. « Alors pourquoi cet écart ? »

« L’une des raisons est que les régulations commerciales, le genre d’environnement que les régulations ont créé pour encourager l’entrepreneuriat, sont en retard », a-t-il estimé. « Les entrepreneurs pourraient en fait foncer dans un environnement plus amical – qui ne soit pas aussi bureaucratique ni si coûteux. Ce secteur entier des régulations commerciales n’a pas bénéficié de l’attention qu’il mérite et de l’importance que lui accordent les autres pays ».

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