Les Allemands sont appelés aux urnes dimanche pour des législatives qui devraient confirmer Angela Merkel à la chancellerie pour un quatrième mandat, mais aussi se traduire par une percée historique de la droite populiste et nationaliste.

Quelque 61,5 millions d’électeurs ont de 8h00 à 18h00 pour élire leurs députés, selon un mode de scrutin mêlant principes majoritaire et proportionnel. Dès la fin du vote, des sondages doivent donner une indication claire des rapports de force au prochain Bundestag, une estimation qui s’affinera tout au long de la soirée.

A moins d’une énorme surprise, impliquant que toutes les enquêtes d’opinion se soient trompées, le camp conservateur CDU-CSU d’Angela Merkel devancera (34-36 %) l’ex-président du Parlement européen Martin Schulz, chef des sociaux-démocrates du SPD (21-22 %).

Ce dernier risque donc un score historiquement bas et une quatrième défaite de rang après avoir peiné à se poser en successeur porteur de changement, son parti gouvernant avec Merkel depuis 2013. Son appel à plus de justice sociale n’a guère pris dans un pays en pleine croissance avec un chômage au plus bas.

La chancelière a, elle, fait campagne pour la continuité d’une Allemagne prospère, un message destiné à rassurer face à des électeurs déstabilisés par les crises du monde et les succès de Donald Trump et du Brexit.

Angela Merkel au Bundestag, le 26 novembre 2014. (Crédit : Clemens Bilan/AFP)

Angela Merkel au Bundestag, le 26 novembre 2014. (Crédit : Clemens Bilan/AFP)

Test pour la démocratie

Mais la CDU-CSU ne se dirige pas pour autant vers une victoire sans appel et s’approche, selon les sondages, des plus bas de 1998 (35,1 %) et 2009 (33,8 %).

Les extrêmes pourraient, eux, représenter au final un quart de l’électorat, réparti entre Die Linke à gauche et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) à droite.

Les nationalistes de l’AfD se préparent en particulier à un « miracle bleu », la couleur du parti, en visant une entrée en force à la chambre des députés avec un score sans précédent pour une telle formation depuis 1945.

Crédité de 11-13 % par les instituts de sondage, il se classe troisième, devant la gauche radicale, les libéraux du FDP et les Verts. En 2013, il avait échoué à atteindre le seuil de 5 %.

Alexander Gauland, directeur de la campagne du parti allemand d'extrême-droite AfD, pendant un meeting à Francfort sur Oder, dans l'est de l'Allemagne, le 11 septembre  2017. (Crédit : Odd Andersen/AFP)

Alexander Gauland, directeur de la campagne du parti allemand d’extrême-droite AfD, pendant un meeting à Francfort sur Oder, dans l’est de l’Allemagne, le 11 septembre 2017. (Crédit : Odd Andersen/AFP)

L’AfD, mouvement anti-islam, anti-élite, anti-Euro et anti-immigration, n’a cessé de radicaliser son discours durant la campagne, proclamant par exemple que « l’Allemagne [était] devenue un refuge pour les criminels et les terroristes du monde entier », ou le droit d’être fiers des soldats allemands des deux derniers conflits mondiaux.

Sur le banc des accusés, Angela Merkel, taxée de « trahison » pour avoir ouvert le pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d’asile majoritairement musulmans. La chancelière de 63 ans s’est d’ailleurs fait régulièrement siffler et conspuer par des perturbateurs lors de ses meetings électoraux.

Cette percée à la droite de la droite, très populaire notamment dans l’ex-Allemagne de l’Est, constituerait un séisme pour un pays dont l’identité d’après-guerre repose largement sur la repentance pour le nazisme et le rejet de l’extrémisme.

« L’entrée de l’AfD au Bundestag marque un tournant historique majeur pour l’extrême droite », assène Jörg Forbrig du German Marshall Fund.

Selon lui, l’arrivée en nombre de députés d’un parti « xénophobe, révisionniste et anti-européen » est « le plus grand test de résistance auquel la démocratie allemande a jamais été confronté. »

Quête de majorité

Outre ce défi, Angela Merkel risque d’être confrontée à des négociations compliquées pour former une majorité de gouvernement.

L’option la plus simple serait de reconduire la grande coalition avec les sociaux-démocrates. Mais le SPD, en pleine crise existentielle, pourrait bien préférer se ressourcer dans une cure d’opposition.

A en croire les sondages, une seule autre possibilité resterait alors : une alliance de la CDU-CSU avec le FDP et les Verts. Mais les divergences entre écologistes et libéraux sur l’avenir du diesel ou l’immigration promettent toutefois d’être très compliquées à gérer.

Les couleurs de la prochaine coalition auront aussi une importance capitale pour une série de sujets brûlants sur la scène internationale comme les réformes de la zone Euro, la négociation du Brexit, l’avenir de la relation transatlantique sous la présidence Trump ou encore la question des sanctions imposées à la Russie.