L’Anti-Defamation League (ADL) a exprimé mardi son inquiétude au sujet des 8 % dont a bénéficié le parti néo-nazi slovaque qui lui a permis d’entrer dans le Parlement du pays.

Le chef du Parti Marian Kotleba et d’autres membres du « People’s Party-Our Slovakia » ont exprimé leur admiration pour le gouvernement slovaque, qui était la marionnette des nazis, pendant la Seconde Guerre mondiale et pour la Garde Hlinka, qui a joué un rôle dans la déportation des Juifs de Slovaquie vers les camps de la mort.

« Un parti ouvertement néo-nazi va maintenant avoir une plate-forme nationale, au cœur de la démocratie de la Slovaquie, pour répandre sa haine », a déclaré Jonathan A. Greenblatt, le chef de la direction de l’ADL. « Tous les partis démocratiques qui siégeront avec Kotleba et ses collègues bigots devront les contrer à chaque occasion ».

Le directeur de l’ADL, John Greenblatt, a ajouté que « le parti de Kotleba peut avoir un certain soutien, mais il n’a aucune légitimité ».

Les législatives slovaques ont produit samedi un Parlement très fragmenté, selon des résultats officiels quasiment complets : le Premier ministre sortant Robert Fico, bien que vainqueur avec 28,3 % des voix, risque d’avoir du mal à former une coalition pour continuer à gouverner.

Ce problème potentiel survient alors que la Slovaquie, où l’extrême droite nationaliste fait pour la première fois son entrée au Parlement, doit prendre en juillet la présidence tournante de l’Union européenne.

D’après ces résultats partiels portant sur 99 % des bulletins, huit partis franchissent le seuil de 5 % et se partagent les 150 sièges du Parlement.

M. Fico, chef du parti social-démocrate Smer-SD, avait axé sa campagne sur le refus d’accueillir des migrants en Slovaquie, mais des grèves d’enseignants et d’infirmières ont réduit l’impact de cette question sur l’opinion publique.

Il devrait se retrouver avec 49 députés, alors qu’il avait la majorité absolue de 83 dans le Parlement sortant.

« C’est un gros tremblement de terre », a commenté Igor Matovic, leader du parti conservateur OLANO-NOVA, selon l’agence slovaque TASR.

Pour des analystes slovaques, M. Fico pourrait voir se répéter le scénario de 2010. Au pouvoir depuis 2006, il avait remporté les législatives, mais n’avait pas réussi à former une coalition et s’était retrouvé dans l’opposition.

Le Smer-SD est suivi par les libéraux de SaS avec 21 sièges, et les conservateurs d’OLANO-NOVA qui en obtiennent 19.

Les nationalistes du SNS, partenaires de coalition de M. Fico entre 2006 et 2010, arrivaient en quatrième position avec 15 sièges.

Selon un analyste slovaque, Abel Ravasz, « Fico aurait besoin d’au moins deux ou trois partenaires pour former une coalition et un gouvernement. De même, il faudrait une alliance de six partis du centre et de droite pour que l’opposition actuelle puisse former un gouvernement », a-t-il dit à l’AFP.

‘Des fascistes au Parlement’

L’extrême droite nationaliste LS-Nase Slovensko (Notre Slovaquie) de Marian Kotleba fait pour la première fois son entrée au Parlement avec 14 sièges.

En arrivant au QG social-démocrate, l’eurodéputée Monika Flasikova Benova a qualifié cette nouvelle de « grande honte » pour la Slovaquie. « Ce sera un désastre majeur que d’avoir des fascistes au Parlement alors que la République slovaque préside l’Union européenne » dans la seconde moitié de l’année, a-t-elle dit.

Le parti proche de la minorité hongroise, Most-Hid, devrait obtenir 11 sièges.

Deux autres formations devraient introduire des députés au Parlement: le parti conservateur SME Rodina avec 11 sièges et les centristes de Siet (Réseau) de Radoslav Prochazka, avec 10 sièges.

En revanche, les chrétiens démocrates de KDH n’auront pas de députés, ayant obtenu seulement 4,9% des suffrages.

Un analyste politique, Samuel Abraham, a dit à l’AFP que la formation du nouveau gouvernement pourrait prendre « des semaines et même des mois ».

« Le Smer-SD cherchera à isoler les partis extrémistes, il choisira soigneusement et péniblement ceux qui voudront le rejoindre », a-t-il dit, citant comme partenaires possibles des sociaux-démocrates les centristes de Siet, le Most-Hid et les libéraux de SAS.

« Actuellement il convient à Fico de prendre des distances à l’égard de Kotleba et du SNS », a dit l’analyste, pour qui Marian Kotleba, leader de Notre Slovaquie (extrême droite), est un « néo-nazi ».

M. Fico briguait son troisième mandat. Sa campagne antimigrants semblait être en phase avec une bonne partie de la société slovaque, et il n’était pas isolé en Europe de l’Est : le chef du parti au pouvoir en Pologne Jaroslaw Kaczynski, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et le président tchèque Milos Zeman partagent ses vues sur la crise migratoire.

Bratislava est en pointe à cet égard: la Slovaquie a introduit un recours en justice contre le système de quotas de migrants et M. Fico a taxé de « fiasco complet » cette proposition européenne.