Si les votes d’environ la moitié des urnes n’ont pas encore été comptabilisés, les premiers résultats laissent peu de place au doute : l’ancien chef militaire de la nation, Abdel Fattah el-Sissi, sera le prochain président de l’Egypte.

Le faible taux de participation de la population égyptienne est en soi un sujet de préoccupation, tandis que moins de la moitié des citoyens,
44,4 %, ont exercé leur droit démocratique.

Plus de 90 % d’entre eux ont voté pour le général immensément populaire à la retraite.

Le Comité électoral central du pays a tenu à instituer une troisième journée de vote, et pour une bonne raison. Le faible de vote est révélateur du mépris des islamistes du pays pour les élections et pour l’armée égyptienne.

En effet, il est probable que si les Frères musulmans avaient participé au processus électoral, le résultat eut été tout à fait différent.

L’Egypte est à l’aube d’un retour vers le passé. Elle est destinée à revenir, plus ou moins, à son état d’avant la révolution qui a balayé la nation en janvier 2011.

L’establishment militaire qui avait couronné le président Hosni Moubarak à la place de feu Anouar el-Sadate est le même qui hisse aujourd’hui le nouvel élu au poste de président.

Pour leur part, les Frères musulmans continueront d’être persécutés tels des hors-la-loi. Leurs manifestations et sit-ins, qui ont dévasté l’économie du pays et divisé la nation en deux, feront rage même après la prise de fonctions de Sissi.

Vu sous cet angle, le succès du nouveau président dépend à présent, non seulement de sa capacité à contenir l’agitation des islamistes, mais aussi de sa faculté à apaiser la jeune population, leader de la révolution de 2011, qui considère comme vains ses efforts de réforme du pays.

Mais surtout, le succès de Sissi se mesurera à son aptitude à ressusciter l’économie chancelante de l’Egypte. Pour atteindre cet objectif, Sissi aura besoin d’une aide constante des pays du Golfe et de la communauté internationale, ainsi que de percées significatives dans sa guerre contre le terrorisme.

Le nouveau président devra continuer à enrayer les opérations djihadistes dans le Sinaï et ailleurs. Il a tout à fait conscience que si les extrémistes affiliés à Al-Qaïda réussissaient leurs tentatives d’attentats, le tourisme – peut-être l’atout le plus important de l’économie égyptienne – ne sera qu’un vieux souvenir.

Gardant cela à l’esprit, Sissi poursuivra probablement l’opération militaire en cours dans la péninsule, peut-être à un rythme accéléré et sur une plus grande échelle.

Sur ce front, du point de vue israélien, la victoire de Sissi est une excellente nouvelle. Au cours des entrevues avec les médias ces dernières semaines, l’ancien chef militaire a souligné que le maintien des relations avec Israël était ni plus ni moins qu’un intérêt national.

La coopération militaire entre les forces sécuritaires israéliennes et égyptiennes devrait donc se poursuivre dans l’avenir.

Il est difficile de déterminer si les relations si particulières entre les deux pays tiendront bon. Il semble que tant que Sissi fera régner la stabilité en Egypte, la coopération avec Israël restera intacte.

Pourtant, si les manifestations contre le gouvernement devaient s’amplifier, avec des masses de nouveau à l’assaut des rues, la réaction de Sissi pourrait conduire à une rupture des relations diplomatiques entre l’Egypte et l’Etat juif. Dans ce cas, les dirigeants chercheraient un bouc émissaire à blâmer pour leurs problèmes.

Et, comme toujours, le candidat rêvé pour ce rôle serait… Israël.