Le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, obtenu laborieusement mardi grâce en particulier à la médiation du Caire, met encore en lumière l’importance du voisin égyptien dans les soubresauts du conflit israélo-palestinien depuis près de 65 ans.

Pourtant, le Hamas avait toutes les raisons de ne pas faire plaisir à ce gouvernement égyptien qu’il exècre : le nouveau pouvoir de l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi réprime dans un bain de sang la confrérie des Frères musulmans, dont sont issus le président islamiste destitué il y a un an Mohamed Morsi et le Hamas.

Les hauts responsables accusent volontiers le mouvement islamiste palestinien au pouvoir à Gaza d’être le complice des Frères musulmans égyptiens et de les aider à fomenter des « attaques terroristes » en Egypte. Et la justice égyptienne a pour l’heure interdit les activités du Hamas, allié de M. Morsi quand il dirigeait le pays.

C’est pourquoi le Caire a aussitôt péroré en annonçant la primeur du cessez-le-feu lundi soir, d’autant qu’une précédente trêve humanitaire sous l’égide exclusive des Américains et de l’ONU avait échoué vendredi dans le sang à Gaza.

« L’échec de cette trêve-là démontre que l’Egypte est indispensable pour toute solution à Gaza », analyse Nathan Thrall, du bureau de Jérusalem d’International Crisis Group (ICG).

« Il n’a jamais été possible d’exclure l’Egypte d’un accord sur un cessez-le-feu, elle était déterminée à ne pas être marginalisée et à ne pas perdre sa primauté dans le processus de médiation », ajoute cet expert.

L’occasion était peut-être aussi trop belle pour le Caire de montrer au Hamas –créé en 1987 par la banche palestinienne des Frères musulmans pour participer à l’Intifada–, que rien ne pouvait se faire à Gaza sans l’Egypte, considérée par les Etats-Unis comme un allié-clé et un acteur prépondérant dans le processus de paix israélo-palestinien.

D’autant que l’armée égyptienne collabore régulièrement avec son homologue israélienne pour déjouer des tirs de roquettes depuis le Sinaï égyptien et qu’elle a détruit en un an la quasi-totalité des 1.600 tunnels qui permettaient d’approvisionner clandestinement Gaza.

– Un état de fait –

« L’Egypte regarde Gaza et la Hamas dans le prisme de son propre combat contre ses Frères musulmans. Pour l’Egypte, le Hamas est l’unique ennemi et cela ne change rien, même s’il y a des négociations », assène ainsi M. Thrall.

Pour cet expert, « le Hamas doit reconnaître » que rien ne peut se faire pour alléger le blocus de Gaza sans l’intervention de l’Egypte, dont le territoire, par le poste-frontière de Rafah, est le seul point de sortie qui ne soit pas contrôlé par Israël.

Mais la colère internationale face au nombre élevé de victimes civiles palestiniennes à Gaza explique aussi que l’Egypte a forcé l’allure pour obtenir ce cessez-le-feu selon des experts.

« Israël est malmené par l’opinion publique internationale (…) et les souffrances croissantes endurées à Gaza ont poussé » les différentes factions palestiniennes à s’entendre, contraignant l’Egypte à assouplir sa position, notamment face au Hamas, comme l’a fait lui-même le président de l’AP Mahmoud Abbas, estime ainsi Michael Hanna, expert en politique internationale au groupe de réflexion américain Century Foundation.

Abbas s’est en effet rangé aux exigences du Hamas pour un cessez-le-feu au sein d’une délégation palestinienne unique au Caire.

Lors de sa première initiative pour proposer cessez-le-feu au tout début des combats à Gaza, aussitôt accepté par Israël, l’Egypte n’avait même pas consulté le Hamas, qui avait alors rejeté le plan.

D’autres experts estiment cependant que l’intervention de l’Egypte est surtout intervenue au bon moment pour entériner un état de fait : ayant annoncé avoir détruit tous les tunnels clandestins connus entre Gaza et Israël, qui était l’un de ses principaux objectifs de guerre, l’armée israélienne a simplement fait une politesse au Caire.

« Le boulot de l’Egypte a été facilité parce que l’une des principales revendications (des Palestiniens), le retrait de l’armée israélienne, avait déjà été décidé », commente ainsi James Dorsey, un expert de la Rajaratnam School of International Studies à Singapour, estimant que l’Etat hébreu considère qu’il a suffisamment affaibli les capacités militaires des Palestiniens.