A 22h, les chaînes télévisées nous donneront une idée de ce que les électeurs ont fait en ce jour d’élection grâce à leur estimation.

Comme les électeurs israéliens se comportent rarement selon les prédictions des sondeurs, tout ce qui est prédit dans cet article ne devrait servir que de base. Si les votes penchent plus dans un sens ou dans l’autre, cet article servira de base d’analyse pour expliquer ces tendances.

De tous les éléments de preuve que nous avons pu rassembler – c’est-à-dire, la moyenne des sondages publiés vendredi dernier, le dernier jour où la publication des sondages était autorisée – une chose est claire : la course pour le poste de Premier ministre sera presque certainement assez serrée pour que la décision revienne au président Reuven Rivlin de déterminer qui aura la première chance de former une coalition.

Les résultats de la moyenne des cinq derniers sondages se présentent ainsi : Union sioniste, 25 ; Likud, 22; Liste (arabe) unie, 13 ; Yesh Atid, 12 ; HaBayit HaYehudi, 11 ; Koulanou, 9 ; Shas, 8 ; Yahadout HaTorah, 6 ; Yisrael Beitenu, 5; Meretz, 5 ; Yahad, 4.

Voici quelques observations relatives aux calculs de coalition :

1) Lundi, Yahadout HaTorah, a publiquement annoncé qu’il ne soutiendrait pas la candidature du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la présentation des recommandations. Mardi, le jour de l’élection, Koulanou a annoncé la même chose. Cela signifie que Netanyahu n’a pas la majorité des 61 sièges nécessaires pour s’assurer qu’il obtiendra du premier coup la chance de former une coalition. Il aura le soutien sûr du Likud, de HaByit HaYehudi, du Shas, d’Yisrael Beitenou et de Yahad, ce qui lui fera un total de seulement 50 sièges.

2) Cela ne signifie pas que le dirigeant de l’Union sioniste Isaac Herzog a le moindre espoir d’obtenir une majorité de 61 sièges dès le départ. Il ne peut compter que sur l’Union sioniste, Yesh Atid, au plus sur les deux tiers de la liste arabe unie. (Il est extrêmement improbable que la faction Balad de la liste, par exemple, recommande Herzog) et le Meretz, pour un total de 50 sièges.

3) Si l’un des deux camps obtient plus de 11 sièges que ce qui est prédit dans les sondages – le poste de Premier ministre est à eux.

4) Comme il y a peu de chances que cela arrive, aucun candidat n’aura les 61 recommandations nécessaires pour obtenir le rôle de Premier ministre, et la décision restera entre les mains du Premier ministre.

Les experts (dont celui-ci) ont proposé plus d’une dizaine de scénarios possibles sur la manière dont pourrait se dérouler les élections. Même si les électeurs israéliens sont imprévisibles, la course se jouera entre ces deux scénarios :

1) Un gouvernement dirigé par Netanyahu

2) Un gouvernement d’unité dirigé conjointement, probablement avec l’instauration d’une rotation, par Herzog et Netanyahu (ou, s’il démissionne, un autre dirigeant du Likud comme Gilad Erdan).

Un gouvernement dirigé par Herzog est possible, bien sûr, mais cela ne sera uniquement possible que si son camp monte suffisamment au créneau pour pousser Rivlin à lui offrir la première chance – un scénario peu probable – pour lui permettre de concocter une coalition parlementaire stable. Il est peu probable que ce sursaut arrive.

Par conséquent :

1) Si les résultats définitifs montrent qu’il n’y a seulement qu’un petit écart entre le Likud et l’Union sioniste, c’est à dire 22 siège pour le Likud et 24 pour l’Union sioniste, le Likud est susceptible d’obtenir la première chance de former une coalition. Une coalition dirigée par le Likud avec les parties ultra-orthodoxes, HaBayit Hayehudi, Koulanou et Yisrael Beitenou aura une faible majorité. Le parti d’extrême-droite Yahad ajouterait potentiellement quatre sièges à cette majorité e le Yesh Atid, qui aura du mal à s’asseoir à la même table que les ultra-orthodoxes mais qui le fera peut-être pour éviter de rester assis impuissants dans l’opposition, garantirait une majorité stable.

2) Si l’Union sioniste devance de manière spectaculaire le Likud – avec par exemple, 27 sièges, et 21 pour le Likoud, ce qui pourrait être entièrement à la portée de l’Union sioniste au regard des tendances des sondages de vendredi – Rivlin a déjà laissé entendre, et c’est ce que Netanyahu craint depuis des mois, qu’il exhortera les deux dirigeants à former un gouvernement d’unité nationale avec un premier ministre par rotation.

Une telle coalition serait plus facile à construire mathématiquement – le Likud, l’Union sioniste, Yesh Atid et Koulanou à eux seuls parviendraient à obtenir une majorité d’environ 68 sièges.

La majorité sera peut-être mathématique mais elle ne le sera pas politiquement. Netanyahu acceptera-t-il d’être un Premier ministre en rotation ? Qui prendra le poste en premier ? Si Netanyahu démissionne, comme certains dirigeants du Likud le prédisent et espèrent, qui serait son remplaçant ? (il y aura presque certainement être une primaire organisée à la hâte pour déterminer le nouveau leader, dont le peloton de tête est composé d’Erdan et de Gideon Saar qui a récemment pris sa retraite) ? L’éventuel remplaçant acceptera-t-il une telle rotation ?

Ce deuxième scénario a hanté la campagne de Netanyahu, et l’a conduit a désespérément chassé sur le territoire de HaBayit HaYehudi mardi, en mettant en garde les électeurs (apparemment sans preuve réelle) que la participation arabe était en hausse et que l’Union sioniste était dangereusement en avance.

Il est tout à fait possible que Netanyahu sache quelque chose que nous ne savons pas. La publication des sondages est interdite dans les derniers jours avant le jour du scrutin, mais rien n’interdire de les conduire.

Netanyahu sait peut-être qu’il est en train de perdre son électorat, ou peut-être qu’il sait qu’il se place devant mais voit cette campagne désespérée comme un moyen d’assurer une plus grande place Likud au parlement et donc un gouvernement plus stable au lendemain du scrutin.

Si l’Union sioniste connait une poussée soudaine, on peut s’attendre à un gouvernement d’union, ou même, peut-être, à un gouvernement dirigé par Herzog. Si Likud récupère son retard, le chemin du Likud pour former un gouvernement sera une tâche facile.

Trois grands facteurs qui pourraient transformer ces calculs : Meretz, Yisrael Beitenou et Yahad. Tous les trois obtiendront juste quelques dizaines de milliers de votes et seront à la limite du seuil électoral de 3,25 %. S’ils tombent en dessous de ce seuil, il faudra retirer quatre ou cinq sièges des calculs ci-dessus de leurs camps respectifs.

Si Yahad et Yisrael Beitenu tombent tous les deux en dessous du seuil, Herzog aura à sa portée une coalition de gauche. Si c’est le Meretz qui tombe en dessous du seuil, le chemin de Herzog vers une coalition travailliste disparaîtra devant ses yeux – et, peut-être même, son chemin pour former un gouvernement d’unité.