Washington – Tout en formulant des condamnations très dures sur l’attitude des deux parties, le négociateur en chef de Washington chargé des pourparlers récents entre Israël et Palestiniens s’est refusé jeudi à admettre la fin du processus de paix.

Dans ses commentaires les plus révélateurs depuis la rupture des pourparlers, l’ancien ambassadeur en Israël Martin Indyk a relaté jeudi soir comment, après six mois de négociations directement productives, les dirigeants palestiniens ont ‘tout arrêté’ en incriminant l’activité de construction comme un facteur majeur, mais pas le seul.

« Nous avons dépassé le cap de neufs mois pour ces négociations, et pour le moment les pourparlers ont été suspendus, a déclaré Indyk en s’adressant à la Conférence de la Fondation Weinberg de l’Institut de Washington pour la Politique du Proche Orient à Washington DC.

Certains déclarent que ce processus est terminé, mais ce n’est pas vrai. Comme en témoigne ma petite histoire, et comme vous le savez tous, au Moyen Orient, ce n’est jamais terminé. »

Les remarques d’Indyk constituaient ses commentaires les plus importants à la suite de la rupture des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne le mois dernier.

En évaluant les conditions qui ont mené à l’arrêt des négociations, Indyk a mentionné le manque d’un sentiment d’urgence parmi les dirigeants israéliens et palestiniens.

Aussi bien le Premier ministre Benjamin Netanyahu que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas « sont engagés pour obtenir une solution au conflit israélo-palestinien à travers des moyens pacifiques » a expliqué Indyk, mais il a ajouté qu’ »un problème s’est révélé au cours des neuf derniers mois parmi les deux parties qui, même si elles montrent des signes de flexibilité dans les négociations, ne ressentent pas la nécessité urgente de faire les compromis très difficiles pour obtenir la paix. »

« Il est plus facile pour les Palestiniens de signer des conventions et d’en appeler aux organisations internationales dans leur soi-disant recherche de ‘justice’ et de ‘droits’, un processus qui, par définition, ne demande aucun compromis, a critiqué Indyk. Il est plus simple pour les politiciens israéliens d’éviter les tensions dans le gouvernement de coalition et pour les Israéliens de maintenir le confort du status quo actuel. »

« Il est certain de dire que si nous, les Etats-Unis, sommes l’unique partie qui ressente un sentiment d’urgence, ces négociations ne réussiront pas, a-t-il ajouté. »

L’ambassadeur américain a critiqué les démarches prises par les deux parties comme des facteurs ayant contribué à la rupture des négociations.

« Le fait est qu’à la fois les Israéliens et les Palestiniens ont manqué des occasions, et ont pris des démarches qui ont sapé le processus, s’est plaint Indyk. Nous avons parlé publiquement des démarches israéliennes non coopératives qui ont contribué à ébranler les négociations. Il est néanmoins important d’être clair : nous percevons également les démarches prises par les Palestiniens durant les négociations comme étant également non coopératives. Signer des lettres d’accession à 15 traités internationaux au moment même où nous nous efforcions d’assurer la libération du quatrième groupe de prisonniers était particulièrement contre productif. La dernière démarche qui a conduit à la suspension des négociations à la fin avril fut l’annonce de l’accord de réconciliation du Fatah et du Hamas alors que nous travaillions intensément dans un effort pour prolonger les négociations. »

Indyk a également critiqué Israël pour son « activité de colonisation » continue.

« Le mouvement de colonisation pourrait bien d’un autre côté mener Israël à une réalité binationale irréversible, a-t-il averti. »

Plus tard, au cours d’une séance de questions réponses, Indyk a développé son propos en déclarant que l’activité de colonisation avait « saboté les négociations », et représentait maintenant « un obstacle à la reprise des négociations. »

« L’expansion des colonies sur la terre que les Palestiniens considèrent comme faisant partie de leur Etat et l’entrave de leur capacité à construire sur la même terre constitue une situation très problématique dans la résolution du conflit, a-t-il ajouté. »

En outre, Indyk a souligné que le sentiment public des deux parties du conflit présentait un obstacle sérieux aux négociations.

Il a déclaré que les Américains avaient essayé d’inciter les dirigeants israéliens et palestiniens à « transmettre respectivement des messages positifs à leurs opinions publiques », mais sans succès.

L’ancien ambassadeur a révélé que pour les six premiers mois après que les deux parties aient accepté de reprendre les négociations, les Israéliens et les Palestiniens se sont engagés dans des négociations bilatérales directes, tandis que les interlocuteurs américains servaient principalement « d’observateurs silencieux. »

Au cours de ces six derniers mois, tous les sujets cruciaux ont été débattus et il était possible de définir les écarts de points de vue sur tous ces sujets cruciaux, a raconté Indyk. A ce moment là, a-t-il expliqué, il est devenu naturel pour les Etats-Unis de rencontrer chaque partie individuellement pour travailler sur les arrangements.

Pendant deux mois, les Américains ont rencontré les Israéliens pour des « négociations très intensives » dans lesquelles des officiels de haut rang, y compris Netanyahu et le Secrétaire d’Etat John Kerry, ont tenu des dizaines de conversations au cours d’appels sécurisés, de vidéos conférences et de réunions en face-à-face.

Selon Indyk, « c’était visiblement difficile » pour Netanyahu mais « il a évolué, il a fait preuve de flexibilité. »

« Je crois que nous l’avions dans une position constructive, s’est-il souvenu. En même temps, a-t-il déclaré, ‘Les Palestiniens étaient contents de ne rien faire et de regarder le spectacle comme dans une partie de sport. Il était évident qu’il y avait beaucoup de tension entre les Etats-Unis et Israël, et qu’ils étaient contents à ce moment là. »

Pourtant, pendant la même période, a déclaré Indyk, « Abu Mazu a tout arrêté. »

Même si Indyk a reconnu que « les colonies étaient un facteur important », l’ambassadeur a aussi fait remarquer que les rivalités pour la succession du président palestinien âgé de 79 ans ont également beaucoup joué.

« Je crois qu’il en est venu à la conclusion qu’il n’avait pas un partenaire fiable pour le type de solution à deux états que nous recherchons, a analysé Indyk. Il s’est focalisé sur sa contribution et sur sa succession. »

La réconciliation entre le Hamas et le Fatah qui a finalement conduit à la suspension des négociations, a déclaré Indyk, avait très peu à voir avec le processus de paix.

Au contraire, a-t-il expliqué, Abbas était préoccupé du fait que s’il démissionnait sans faire des élections, son successeur à la tête du Conseil législatif palestinien serait un membre du Hamas.

En mettant en place une réconciliation, a analysé Indyk, Abbas espérait changer la dynamique et s’assurer que son successeur serait un candidat plus convenable, et pro Fatah.

Un autre écart qu’Indyk a décrit comme « très important » se situait autour de l’exigence israélienne que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un Etat juif.

« Netanyahu déclare que c’est fondateur et Abbas dit qu’il n’en discutera pas », a expliqué Indyk tout en ajoutant que les Etats-Unis ont continué à soutenir Israël comme un Etat juif.