Deux sœurs, 3 et 5 ans, un bébé de 7 mois s’apprêtent à se faire prendre en photo. Ce n’est pas la première fois. Leur grand-père les regarde. Leur grand frère, Izz, six ans et demi les rejoindra bientôt. Ils sont désormais « les enfants du martyr », les enfants de Fadi al-Qunbar, le terroriste qui a perpétré un attentat au camion-bélier, en fonçant sur un groupe de soldats à Jérusalem ce dimanche, tuant 4 soldats, et faisant 16 blessés.

Quand on lui demande ce qui est arrivé à son père, Izz répond « Père est au paradis ».

Ici, à Jabel Mukaber, le quartier de Qunbar, non loin de la scène du crime, la famille, les amis, les enfants, tous prétendent ne pas savoir à quoi pensait Qunbar. Il était un résident palestinien de Jérusalem Est, titulaire d’une carte d’identité israélienne bleue. Il travaillait beaucoup avec les juifs, il avait un tout petit bébé. Il avait fait réparer son camion il y a deux semaines.

Les endeuillés sont assis dans la cour de la maison du père de Qunbar. Ce n’est pas la tente des endeuillés traditionnelle, parce que la police l’a fait fermer. Ici, aucune affiche, aucune photo ni drapeau. Juste quelques chaises, et des hommes plus âgés, pour la plupart, vêtus de la tunique traditionnelle des Bédouins.

Quelques centaines de mètres plus loin, un véhicule de la police israélienne est stationné, et deux agents de la police des frontières sont à l’intérieur. Aucun autre agent de police en vue.

« Nous ne savons pas ce qui s’est passé la-bas », raconte un ami de la famille. « Il a appelé sa femme une heure avant pour lui demander de lui préparer à manger. Ce qui s’est passé entre ce moment et l’attaque, nous ne le savons pas. C’est incompréhensible. »

Les quatre soldats israéliens tués par un attentat au camion bélier à Jérusalem, le 8 janvier 2017. De gauche à droite, le lieutenant Yael Yekutiel, le cadet Shir Hajaj, le cadet Shira Tzur, et le cadet Erez Orbach. (Crédit : via le porte-parole de l'armée israélienne)

Les quatre soldats israéliens tués par un attentat au camion bélier à Jérusalem, le 8 janvier 2017. De gauche à droite, le lieutenant Yael Yekutiel, le cadet Shir Hajaj, le cadet Shira Tzur, et le cadet Erez Orbach. (Crédit : via le porte-parole de l’armée israélienne)

Un autre ami, Muhammad Ali Sawahra, tient un discours inhabituel dans la maison des terroristes : « Je suis triste pour la mère juive qui a perdu sa fille ou son fils. Oui, je suis triste. Ces soldats ont aussi des mères. Et ces mères les ont élevés pour qu’ils vivent. Vous serez peut-être surpris mais nous souffrons pour eux. Nous ne sommes pas contre les Israéliens ni contre les juifs. Au contraire, nous voulons vivre en paix tous ensemble. »

Il poursuit : « Mais les actions de vos soldats et de votre police ont causé la haine chez nos jeunes, et le désir de vengeance ».

Fadi al-Qanbar, le terroriste qui a renversé avec son camion un groupe de soldats israéliens, en tuant quatre et en blessant 16, à Jérusalem, le 8 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Fadi al-Qanbar, le terroriste qui a renversé avec son camion un groupe de soldats israéliens, en tuant quatre et en blessant 16, à Jérusalem, le 8 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Le père du terroriste, Abu Nayal, est assis silencieusement sur le coté. Sa main tremble. Il joue avec ses petits-enfants d’un air absent. Avec sa fille, ils ont été arrêtés après l’attaque, et relâchés lundi, provoquant la colère du ministre de la Sécurité intérieure.

Lundi, une ordonnance a été émise imposant la destruction de la maison familiale. (Dimanche, peu après l’attentat, un journaliste du Quds News Network a interrogé la sœur du terroriste, et elle a déclaré « Dieu l’a choisi pour être son martyr. Dieu merci. Nous sommes patients et nous remercions dieu pour cela… C’est le plus bel acte qui soit »).

« Si je frappe mon fils », a demandé un proche, « la police m’arrêtera, n’est-ce pas ? Mais pourquoi dois-je être puni si mon fils fait quelque chose après ses 18 ans ? Quel est l’intérêt ? Pourquoi punir la famille ? Nous n’avons rien fait, nous ne savions rien. »

Les proches du terroriste Ibrahim Fadi al-Qunbar, à leur domicile dans le village de Jabel Muqabar, le 10 janvier 2016 (Crédit : Avi Issacharoff)

Les proches du terroriste Ibrahim Fadi al-Qunbar, à leur domicile dans le village de Jabel Muqabar, le 10 janvier 2016 (Crédit : Avi Issacharoff)

Interrogé sur les allégations selon lesquelles le frère du terroriste savait ce qu’il prévoyait, un autre parent, Abou Ali, répond : « Si j’avais su que mon fils avait prévu quelque chose, je le jure, je lui aurais lié les mains. Nous ne savions rien. Il était un homme tranquille, très calme, jamais impliqué dans la politique avec le Hamas ou le Fatah, jamais en prison. Même s’ils ont écrit qu’il était un prisonnier libéré, ce n’est pas vrai. Il n’y avait aucun signe avant-coureur. »

Et le fait que les Israéliens affirment qu’il a été influencé par l’État islamique ? « Pourquoi vous parlez de l’État islamique ? », a déclaré Abu Ali.

« Nous sommes contre l’État islamique. Il n’y a pas de salafistes ici, ni rien qui s’en rapproche. Votre Shin Bet connaît tout le monde ici, qui est le Fatah et qui est le Hamas. Et tout d’un coup, nous avons l’État islamique ? Ce sont des pièges de votre Premier ministre. » Les autorités israéliennes ont indiqué que Qunbar était salafiste.

Dimanche soir, ce quartier – quartier natal de beaucoup d’autres terroristes palestiniens, notamment celui de l’attentat d’octobre 2015 dans un autobus à Talpiot-Est – était explosif et des perturbations ont eu lieu avec les forces de sécurité israéliennes. Mais les choses se sont calmées rapidement. Il n’y a ni forces de sécurité et ni jeunes. Les barrages routiers temporaires à l’entrée du village ont été retirés.

Pour l’instant, Jabel Mukabar est revenu à la normale. Au moins jusqu’à la prochaine attaque.

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