Mahmoud Abbas a 79 ans. Son emprise sur le peuple palestinien est ténue. L’institution qu’il dirige à partir de la Muqata délabrée de Ramallah n’est qu’une dictature mal gérée. Il est dans la neuvième année de son mandat présidentiel de quatre ans, supervisant un régime qui arrête des jeunes Palestiniens qui le critiquent sur ​​Facebook.

Pourtant, tout cela est secondaire par rapport à l’indignité la plus flagrante de son règne : il est maintenu au pouvoir non pas par sa propre perspicacité politique ni même par le pouvoir de la police, mais par le fait qu’Israël ait supprimé la plupart de ses adversaires, principalement le Hamas, en Cisjordanie.

Ce fait est représentatif d’une réalité stratégique plus large dans laquelle vivent les Palestiniens. Contrairement à d’autres peuples arabes qui pourraient bénéficier de la paix avec Israël, mais n’ont pas vraiment besoin de l’Etat juif, les Palestiniens vivent trop près, sont trop faibles, et sont physiquement divisés par l’Etat hébreu en deux territoires indéfendables.

Tant que l’armée israélienne reste en Cisjordanie, cette dure réalité peut être ignorée. Etre indépendant d’Israël l’emporte sur les autres considérations dans les priorités palestiniennes. Pourtant, aucun plan pour l’indépendance palestinienne qui ne prendrait pas en compte cette réalité ne sera viable. Il laissera les Palestiniens dans la misère et dépendants plutôt que libres et prospères.

En effet, avant même que l’on considère la façon dont une Palestine indépendante puisse prospérer, il y a une autre dure réalité à considérer pour les Palestiniens. C’est le fait qu’il n’y ait pas de chemin vers l’indépendance palestinienne qui ne passe pas par la politique israélienne.

Ce n’est pas une réalité politique que les Palestiniens sont prêts à reconnaître. En 22 ans de paix, les Palestiniens n’ont sérieusement poursuivi que deux stratégies pour arriver à l’indépendance, et aucune d’entre elles n’a constitué de réel effor envers les Israéliens.

La première stratégie, autrefois défendue par Yasser Arafat et aujourd’hui principalement par le Hamas, propose que la belligérance permanente et le terrorisme aient le même effet sur les Israéliens que sur les Français d’Algérie [avant l’indépendance en 1962]. Face à la violence incessante, les Juifs quitteront l’ensemble du pays, de Metulla à Eilat, et le pays reviendra aux Palestiniens. Cela s’est produit avec l’Algérie française, disent les dirigeants du Hamas, alors pourquoi cela n’arriverait-il pas avec Israël ?

La deuxième stratégie est moins violente mais non moins unilatérale. Tout au long des négociations de paix des années Oslo et même des pourparlers dirigés par les Américains, les Palestiniens ont systématiquement cherché à utiliser la pression internationale sur Israël afin qu’il assouplisse sa position dans les négociations.

La campagne de boycott [BDS] mondiale initiée par des groupes civils palestiniens dirigés par le Fatah, et la diffusion de mensonges ou autres distorsions de la réalité sur les souffrances des Palestiniens (du « massacre de Jénine » en 2002 à l’affirmation cette semaine par le principal négociateur de paix palestinien selon laquelle 96 % des morts palestiniens dans la guerre de Gaza de cet été étaient des civils) cherchent à faire monter la pression internationale sur Israël, ce qui accomplira le travail que les négociateurs palestiniens pensent ne pas pouvoir faire à la table de négociations.

Les deux stratégies reflètent le même refus de traiter avec Israël. Et d’ailleurs les deux ont échoué. Tandis que le Hamas revendique les « réalisations glorieuses » de sa machine de guerre, il n’a créé qu’une calamité à Gaza et a uni tout le spectre politique israélien dans sa détermination à le faire disparaître – avec le peuple palestinien, qui ne soutient pas toujours le Hamas.

De même, le mouvement mondial de boycott célèbre ses succès anecdotiques, alors même que l’appétit du monde pour les logiciels israéliens, les innovations agricoles et pharmaceutiques, les biotechnologies, les systèmes d’armement, la recherche universitaire et même la production culturelle hébraïque continue de se développer année après année.

Boycott d'Israël (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK via Facebook)

Boycott d’Israël (Crédit : Tapash Abu Shaim/Palestine Solidarity Campaign UK via Facebook)

En 2014, dans le classement de l’ONU de l’indice de « développement humain » (IDH), Israël se trouvait devant la France, l’Autriche et la Belgique. Et pendant ce temps, la montée de la Chine et de l’Inde, en tant que puissances mondiales et partenaires commerciaux d’Israël en plein essor, suggère que l’Etat hébreu est prêt pour plusieurs décennies d’expansion économique, en grande partie poussée par le commerce avec des pays où la question palestinienne ne constitue pas un handicap politique.

Pire encore pour l’AP, les dirigeants palestiniens semblent ne pas voir que les deux stratégies menées se neutralisent fatalement. La guerre permanente du Hamas sape la stratégie de la pression internationale. Après les terribles résultats du retrait du Liban en 2000 et de celui de Gaza de 2005, il n’y a pas de boycott ou de soi-disant moralisme international qui puisse convaincre les Israéliens de se retirer de Cisjordanie.

Et alors que les Israéliens sont unis comme jamais auparavant dans leur scepticisme complet quant aux intentions palestiniennes, la volonté du monde de se tenir aux côtés des Palestiniens est sévèrement diminuée par les actions du Hamas, qui finissent par montrer que les préoccupations israéliennes sont bien fondées.

Même les Arabes ne se précipitent pas pour défendre la Palestine, avec des puissances régionales comme l’Egypte et l’Arabie saoudite qui préfèrent s’accommoder silencieusement avec Israël, s’octroyant des avantages stratégiques.

Il est à noter que rien de tout cela ne peut être interprété comme un argument moral. Ce sont des réalités tout simplement stratégiques auxquelles les Palestiniens n’ont pas sérieusement réfléchi dans leur quête d’indépendance.

Une photo publiée par le bureau du président palestinien (PPO) montrant Mahmoud Abbas (g) à la sortie de la réunion avec l'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani (C) et le chef du Hamas en exil Khaled Mecshaal (d) dans la capitale Doha sur Août 21, 2014 (Crédit : AFP PHOTO / PPO / Thaer GHANEM)

Une photo publiée par le bureau du président palestinien (PPO) montrant Mahmoud Abbas (g) à la sortie de la réunion avec l’Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani (C) et le chef du Hamas en exil Khaled Mecshaal (d) dans la capitale Doha sur Août 21, 2014 (Crédit : AFP PHOTO / PPO / Thaer GHANEM)

Fermer la porte

Vendredi 26 septembre, dans son discours à l’ONU, Mahmoud Abbas a déclaré qu’il désespérait de la voie bilatérale de négociation avec les Israéliens, et qu’il mettrait tous ses efforts pour tendre vers une stratégie d’internationalisation.

Comme une démonstration de force, il a déclaré – dans la première phrase de son discours – que « cette année, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies ‘Année internationale de solidarité avec la Palestine’, Israël a choisi d’en faire l’année d’une nouvelle guerre de génocide perpétré contre le peuple palestinien ».

Cette seule phrase a suffi à donner le ton pour le reste du discours. Abbas a pris soin de répéter l’accusation de « génocide » deux fois plus souvent. Le discours a immédiatement été qualifié par les Israéliens de « discours de génocide » et a ravivé les dénonciations de la droite et les craintes de la gauche.

Réaction prévisible à droite, avec de légères variations : « On vous l’avait bien dit. Abbas ne cherche pas la paix ».

L’angoisse de la gauche était plus révélatrice : ses espoirs pour l’indépendance palestinienne seraient perdus si les Palestiniens abandonnaient la conciliation et le compromis.

« Abou Mazen [Abbas] va gaspiller un temps précieux. Au lieu de s’en tenir à la voie des négociations qui permettraient la mise en place d’un Etat palestinien, il va maintenant perdre plusieurs années inutiles en demandant à l’ONU de fixer une date pour établir un Etat, » a déclaré la ministre de la Justice Tzipi Livni.

Même la gauche israélienne, qui fait valoir que Netanyahu est à blâmer pour l’échec des pourparlers de paix, a reconnu le mensonge de l’accusation de génocide – mais a tout de même rattaché la posture d’Abbas à l’échec de la politique israélienne.

Merav Michaeli (Crédit : Flash90)

Merav Michaeli (Crédit : Flash90)

La députée travailliste Merav Michaeli, une critique virulente de Netanyahu, a reconnu « qu’Abou Mazen a dit de graves mensonges lors de son discours à l’ONU en cette veille de Rosh Hashana » mais s’est mise en même temps à blâmer l’immobilisme israélien qui a fait germer cette frustration.

Amira Hass du quotidien Haaretz, probablement l’adepte la plus véhémente du narratif palestinien dans les médias de langue hébraïque, a expliqué que l’utilisation du terme « génocide » équivalait à un « cri » nécessaire – depuis que les Israéliens refusent d’écouter lorsqu’un ton calme est utilisé.

Qu’ils déplorent ou justifient la déclaration d’Abbas, un consensus semble se dégager parmi les commentateurs de gauche, à savoir que ce discours n’a pas aidé la cause palestinienne au sein du débat public israélien.

« Nous n’accepterons pas d’être toujours ceux à qui l’on demande toujours de prouver leurs bonnes intentions en faisant des concessions au détriment des droits et de garder le silence alors qu’on les tue et qu’on leur vole leurs terres, en devant comprendre les conditions de l’autre partie et en préservant son gouvernement de coalition alors qu’il [Israël] se consacre à l’occupation, » a déclaré Abbas.

« Nous sommes épuisés de devoir être mis à l’épreuve pour notre efficacité et notre compétence afin de faire valoir simplement notre droit de vivre une vie normale et de pouvoir jouir d’un avenir stable, de rêver de jours meilleurs, et pour nos jeunes, d’être en mesure de planifier leurs années à venir en toute sécurité dans la paix et la liberté sur notre terre, comme tous les autres peuples du monde ».

Abbas a même expliqué à un monde captivé – ou, tout du moins, à quelques centaines de diplomates captivés – que la suppression de ‘l’occupation israélienne’ par la pression internationale devrait aussi faire partie de la campagne mondiale contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Quant au refrain de Netanyahu selon lequel « Le Hamas est l’EI ; l’EI est le Hamas », Abbas a répondu en disant que « se confronter au terrorisme qui sévit dans notre région… nécessite, dans ce contexte, et en priorité, de mettre un terme à l’occupation israélienne de notre pays, ce qui constitue dans sa perpétuation, une forme odieuse de terrorisme d’État et un sol fertile pour l’incitation à la haine ».

Alors qu’un nombre croissant de pays a pris part aux bombardements des installations de l’EI, Abbas espère, lui, convaincre le monde que l’EI est un résultat, au moins en partie, de la politique israélienne… Son négociateur de paix Saeb Erekat a été encore moins circonspect sur la question.

« L’ennemi se déplace aussi »

En tant que jeune recrue dans l’unité d’élite « Sayeret Matkal » de Tsahal, Benjamin Netanyahu, déjà connu par le surnom de « Bibi », avait reçu une puissante leçon de la part de son frère Yoni, qui l’avait dépassé au sein du commando d’élite et deviendrait l’un de ses plus célèbres commandants.

Yoni, son aîné, avait emmené le futur Premier ministre sur une colline où se trouvaient les terrains d’entraînement d’une base de Tsahal et lui a demandé comment il pensait conquérir une telle colline dans la bataille. Bibi a offert un plan d’attaque, basé probablement sur ​​la doctrine habituelle de combat de Tsahal enseignée à tous les soldats de 18 ans depuis les six dernières décennies : déployer une force d’accompagnement – elle-même couverte – qui avancerait de manière échelonnée afin de réduire la distance avec l’ennemi.

Yoni n’a pas été impressionné. Le problème avec le plan de Bibi, a expliqué son frère, c’est que l’ennemi se déplace aussi. C’est une erreur fatale pour un commandant militaire que de construire sa stratégie sur l’hypothèse que l’ennemi ne réagit pas, ni ne le surprend et ne cherche à perturber le plan d’attaque. Au moment où ses troupes seraient arrivées sur la position de l’ennemi, celui-ci aurait déjà engagé son propre mouvement autour de la colonne de Bibi.

Ce fut une leçon que Netanyahu a pu prendre à cœur. Alors que ses adversaires pensaient aussi trop souvent à un adversaire statique, Netanyahu pouvait désormais réfléchir en termes de capacité à manœuvrer.

Ainsi, quand au cours d’un premier mandat énergique mais manquant encore d’expérience, le président Obama a fait pression sur lui en 2009 sur la question des implantations, ou lorsque le Hamas a estimé qu’il avait trouvé dans sa stratégie des roquettes une méthode impossible à maîtriser pour infliger une pression psychologique aux Israéliens – dans ces moments et dans d’autres, Netanyahu a adapté et remodelé l’environnement tactique en sa faveur.

En 2010, il a poussé à un gel de dix mois des implantations par son gouvernement, malgré les protestations des « annexionnistes » de sa coalition, déplaçant ainsi la pression américaine, au moins temporairement sur le camp palestinien.

Et en réponse au Hamas, il a construit une nouvelle stratégie orientée vers une escalade lente mais implacable et une obstination diplomatique – une stratégie qui lui a attiré beaucoup de critiques de la part des Israéliens qui aspiraient à une victoire décisive et aux voix internationales qui condamnaient son coût humanitaire, mais qui avait un immense avantage, celui que Netanyahu cherchait : surprendre et démoraliser le Hamas, convaincre ses ennemis, y compris le président égyptien Sissi et Abbas lui-même, que cela valait la peine de tenir la même ligne contre l’organisation terroriste.

Il vaut la peine de raconter ces exemples parce qu’ils occupent une place importante dans l’esprit de Netanyahu, ainsi que d’autres cas similaires et réussis : ils ont transformé une position stratégique difficile en une position plus favorable.

Et dans le sillage du discours de Mahmoud Abbas, Netanyahu a commencé une fois de plus à faire un mouvement stratégique.

De nombreux dirigeants israéliens ont interprété le discours du « génocide » comme un coup d’envoi officiel d’une campagne internationale tous azimuts pour réaliser à l’ONU et à la Cour pénale internationale ce que les négociateurs palestiniens n’avaient pas pu obtenir à la table des négociations : les concessions israéliennes sur les questions les plus douloureuses, telles que les réfugiés, les frontières et Jérusalem.

Pour Israël, les Palestiniens se trouvent maintenant devant deux choix : la guerre permanente du Hamas ou les demandes maximalistes d’Abbas (du point de vue d’Israël) avec menaces d’isolement international. En réponse à ce « plan d’attaque » palestinien, Netanyahu a entamé sa propre stratégie subtile – celle qui s’adresse aussi aux instances internationales mais avec sa propre version des faits.

« Je pense qu’il y a des opportunités. Et celles que vous mentionnez montrent que quelque chose est en train de changer au Moyen-Orient ; en raison de la nouvelle situation, il se dégage une communauté d’intérêts entre Israël et les principaux pays arabes » a déclaré Netanyahu au président Obama à la Maison Blanche lors de leur entrevue le 1er octobre dernier. « Et je pense que nous devons travailler très dur pour saisir ces intérêts communs et construire un programme positif afin d’avancer vers un monde plus sûr, plus prospère et plus pacifique au Moyen-Orient. »

Si les Palestiniens ne sont pas prêts à des pourparlers, Israël est prêt à amener la question palestinienne à d’autres Etats du Moyen-Orient – avec qui, Netanyahou estime, en particulier après l’expérience égyptienne dans la bande de Gaza, qu’il y a un peu plus que de la sympathie pour la cause des Palestiniens.

La phrase suivante montre comment il a pris au sérieux cette nouvelle approche.

« Je reste attaché à une vision de paix de deux Etats pour deux peuples sur la base de la reconnaissance mutuelle et de dispositifs de sécurité extrêmement solides sur le terrain, » a-t-il déclaré. Pas pour les oreilles palestiniennes, ni même pour ses hôtes américains, mais pour les dirigeants arabes qui prendront connaissance de sa nouvelle offre, il l’espère, comme il l’a immédiatement précisé : « Et je crois que nous devrions faire usage de nouvelles opportunités, sortir des sentiers battus, voir comment nous pouvons faire rentrer dans le jeu les pays arabes pour faire avancer l’agenda. Et je me réjouis de nos discussions sur ces questions et sur bien d’autres ».

Acceptation réticente

Il est difficile de voir comment les négociations bilatérales du passé peuvent être réanimées, compte tenu des changements dramatiques de ces derniers jours. Abbas a grimpé trop haut dans l’arbre de l’internationalisation pour descendre sans résultats, et Israël s’est engagé à le priver de ces résultats, ce qui signifierait d’importants revers pour la position israélienne dans la négociation.

Dans le même temps, les dirigeants israéliens, largement soutenus par l’opinion publique israélienne, ont désespéré de trouver un terrain d’entente avec l’actuelle direction palestinienne et craignent véritablement la « Hamas-isation » de la Cisjordanie, ce qui placerait une grande partie du centre d’Israël à la portée des armes palestiniennes, en particulier des mortiers et des tunnels, sans qu’il n’existe encore de système de défense adapté.

Netanyahu a fait face à une vague immédiate de critiques cette semaine. Les experts doutent que la convergence des intérêts israéliens et arabes modérés puisse être suffisante pour surmonter fortement l’obstacle de l’animosité israélo-palestinienne.

Mais, même en exprimant des doutes, certains dirigeants arabes ont démontré le sérieux avec lequel ils prenaient la suggestion du Premier ministre.

L’émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, qui a été la clé du financement et le patron du Hamas dans le conflit de l’été dernier, a déclaré à CNN la semaine dernière que son pays était ouvert à la relance des relations avec Israël (un bureau diplomatique de bas niveau avait été fermé en 2009 lors du conflit de Gaza la même année) – « tant qu’ils sont sérieux à faire la paix et à fournir la protection du peuple palestinien ».

L'Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani (Crédit : UN Photo by Cia Pak)

L’Emir du Qatar, le Cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani (Crédit : UN Photo by Cia Pak)

Le rejet le plus fort de cette idée est venu de ceux qui lui sont déjà largement engagés. « Les chances d’une telle alliance (avec Israël) sont presque inexistantes » a déclaré Sameh Seif al-Yazal, un ancien responsable du renseignement égyptien qui est proche du président Sissi, – des mots forts pour un pays qui a un traité de paix formel avec Israël, une coopération proche en matière de sécurité, et qui a directement aidé Israël dans le blocus de Gaza.

Et les Etats-Unis, aussi, sont peut être en train de changer à la lumière de la nouvelle réalité.

Selon la Dixième chaîne israélienne, le Secrétaire d’Etat américain John Kerry envisage de convoquer de nouvelles négociations de paix intensives sous les auspices des puissances régionales arabes. Kerry souhaiterait que ces contacts durent deux mois, et impliquent des pays tels que l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar.

Le nouvel effort ne se fera pas sans frais. A Netanyahu, les Américains demanderont d’exprimer publiquement une attitude positive envers l’Initiative de paix arabe rédigée par les Saoudiens en 2002 – si ce n’est pas en l’approuvant complètement, au moins en accueillant son intention générale.

Dans le même temps, les autorités américaines demanderaient à Abbas de retirer pendant quelques mois sa demande au Conseil de sécurité de l’ONU visant à fixer le délai de novembre 2016 pour un retrait israélien – une nouvelle source de pression sur Abbas avec non seulement la menace de mécontentement américain (comme Abbas lui-même l’a suggéré cette semaine, les Etats-Unis peuvent brandir leur aide nécessaire à l’Autorité palestinienne comme une menace pour les ramener à la table des négociations) mais aussi la légitimité de l’engagement des autres pays arabes.

L’écart entre Israël et les Palestiniens reste impossible à combler. Les besoins de sécurité d’Israël s’opposent à la souveraineté palestinienne complète quand il s’agit de la défense.

Pendant ce temps, la nécessité palestinienne d’avoir un accord de paix qui dans une certaine mesure inverse le récit de la dépossession suggère qu’aucun dirigeant palestinien ne puisse accepter une Palestine sans le mont du Temple et une déclaration explicite israélienne de culpabilité pour les réfugiés – des demandes qu’aucun leader Israélien ne pourra lui offrir.

Pourtant, ces lacunes ne changent pas une vérité dure à avaler telle une pilule amère pour les Palestiniens : les Juifs sont à la fois leur ennemi et leur avenir inévitable.

Depuis de nombreuses années, le conflit israélo-palestinien a tenu une place de choix dans le discours de politique étrangère à Washington et dans d’autres capitales occidentales. Les « réalistes » de la politique étrangère avaient proposé la théorie du «lien» selon laquelle les difficultés du Moyen-Orient étaient intimement liées à ce qui se passe à Jérusalem et à Ramallah.

«De tous les mythes politiques qui nous ont empêchés de faire de réels progrès dans le Moyen-Orient, l’un se distingue par son impact et la longévité : l’idée que si seulement le conflit israélo-palestinien était résolu, tous les autres conflits du Moyen-Orient disparaitraient » expliquent Dennis Ross et David Makovsky dans Mythes, illusions, et paix, un livre écrit en 2009.

Cette théorie avait perdu du terrain dans le sillage du Printemps arabe, qui a révélé de vastes tensions dans la région qui avaient bien peu à voir avec la petite bande de côte méditerranéenne où vivent Juifs et Palestiniens.

Maintenant, peut-être, une nouvelle théorie du « lien » est en train d’émerger mais dans le sens inverse.

Le conflit israélo-palestinien n’est pas la clé des problèmes de la région, mais peut-être une région si troublée trouvera une nouvelle raison d’essayer de mettre fin à cette confusion avec une alliance sans précédent pour endiguer le chaos et la violence qui engloutissent celle-ci chaque année un peu plus.

Netanyahu espère cela. Tout au moins.