Une version préliminaire de l’acte d’inculpation de Sara Netanyahu compte 16 pages et détaille les dépenses présumées illégales faites par l’épouse du Premier ministre pour des repas effectués dans les meilleurs restaurants de Jérusalem.

Avichai Mandelblit, le procureur général d’Israël, a annoncé vendredi qu’il comptait mettre en examen Sara Netanyahu pour fraude, car elle aurait détourné quelque 360 000 shekels de fonds publics pour son usage personnel.

L’acte d’inculpation cite également Ezra Saidoff, ancien directeur général adjoint du bureau du Premier ministre, qui sera considéré comme un accusé dans cette affaire. Les actes d’inculpation sont en suspens en attendant les auditions de Netanyahu et Saidoff.

La Dixième chaîne israélienne a obtenu les 16 pages de l’acte d’inculpation et a détaillé son contenu vendredi soir.

Il cite plusieurs grands restaurants de Jérusalem, dont Machneyuda, possédé par le célèbre chef Assaf Granit, Cavalier et HaMotzi, possédé par Avi Levi, vainqueur de Top Chef Israël, entre autres restaurants où Sara Netanyahu a commandé des repas.

Assaf Granit, l'un des trois propriétaires et fondateurs du célèbre restaurant Machneyuda de Jérusalem. (Crédit : Machneyuda)

Assaf Granit, l’un des trois propriétaires et fondateurs du célèbre restaurant Machneyuda de Jérusalem. (Crédit : Machneyuda)

Les coûts mensuels pour ces plats s’élèvent à plusieurs milliers de shekels, selon le document, dont plus de 18 000 shekels en avril 2011, plus de 17 000 shekels en mai 2011, plus de 22 000 shekels en novembre 2011, et plus de 24 000 shekels en décembre 2011.

La Deuxième chaîne israélienne, dans un reportage sur la future mise en examen, a indiqué que les repas n’étaient pas destinés à des invités d’honneur ni à des hôtes étrangers invités à la résidence du Premier ministre.

L’acte d’inculpation affirme que Sara Netanyahu et Saidoff ont délibérément créé la fausse impression qu’il n’y avait pas de chef officiel travaillant à la résidence, alors qu’il y avait en fait un employé à temps plein pour ce poste. Ceci a été fait afin de permettre aux suspects de « contourner les directives » selon lesquelles, quand aucun chef n’est employé, le Premier ministre et sa famille ont le droit de faire payer par l’Etat la nourriture qui est commandée pour la résidence.

Sara Netanyahu a ordonné aux employés de la résidence de ne pas dire à d’autres personnes que des cuisiniers travaillaient à la résidence, selon l’acte d’inculpation.

« De cette manière, ils ont commandé de manière frauduleuse des centaines de repas de restaurants, et des chefs extérieurs pour quelque 359 000 shekels », a indiqué le parquet dans un communiqué publié vendredi, ajoutant que des chefs d’accusation supplémentaires de « fraude sous de graves circonstances et abus de confiance » sont étudiés.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors de la conférence de l'Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 29 août 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit lors de la conférence de l’Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 29 août 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

« La décision [de mise en examen] a été prise après que le procureur général a examiné les documents du dossier et a entendu les positions des sources pertinentes, notamment les recommandations du parquet national et du parquet du district de Jérusalem pour mettre en examen », a indiqué le bureau du procureur général dans un communiqué.

Vendredi, Benjamin Netanyahu a déclaré que la mise en examen prévue de son épouse allait « s’évaporer », et a accusé un ancien employé d’en être responsable. Sur Facebook, il a rendu responsable Menny Naftali, qui a été employé pendant deux ans à la résidence du Premier ministre.

« Les dépenses de nourritures commandées dans des récipients à usage unique ont remarquablement augmenté quand le témoin de l’accusation Menny Naftali était employé [à la résidence], et ont miraculeusement diminué quand il est parti », a écrit Netanyahu.

« Pourquoi les dépenses se sont-elles accrues précisément pendant ces années ? Qui a mangé ou a pris ces énormes quantités de repas, qui auraient suffi à nourrir une équipe de football ? Certainement pas la famille Netanyahu ? », a-t-il ajouté.

« Il faut comprendre que toute cette histoire contre l’épouse du Premier ministre se fonde là-dessus. Ils nous ont parlé de meubles de jardin, d’électricien, de bouteilles, de serveurs, de nounou, au final, il ne reste que cette étrange et fausse histoire de contenants [de nourriture], dont la plupart ont été commandés par Menny Naftali. Cela aussi s’évaporera pendant les audiences », a-t-il affirmé.

Mandelblit a précisé vendredi qu’il avait décidé de ne pas mettre en examen Sara Netanyahu pour plusieurs autres affaires qui ont fait l’objet d’une enquête, comme l’embauche d’Avi Fahima, un électricien membre du Comité central du Likud, l’achat de meubles destinés à sa résidence privée avec des fonds publics, ou le paiement d’aides à domicile pour les soins médicaux de son père, depuis décédé.

Jeudi soir, le couple Netanyahu avait à nouveau rejeté les accusations de malversation financière.

Menny Naftali, ancien employé de la résidence du Premier ministre, au tribunal du travail du district de Jérusalem, le 25 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Menny Naftali, ancien employé de la résidence du Premier ministre, au tribunal du travail du district de Jérusalem, le 25 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un communiqué publié sur la page Facebook du Premier ministre et attribué à la famille Netanyahu indiquait que les accusations contre Sara étaient « absurdes et se révèleraient infondées. »

« Sara Netanyahu est une femme courageuse et honnête », peut-on lire dans le communiqué, qui attribue les incohérences financières relevées à la résidence du Premier ministre sur le « problématique » Menny Naftali, que les Netanyahu jugent être un « criminel et un menteur en série ».