WASHINGTON – L’Organisation des Nations unies et le gouvernement palestinien ont appelé mardi des donateurs internationaux à fournir quelque 550 millions de dollars d’aide à Gaza. Mais à Washington, le Congrès a été instamment prié d’accroître sa surveillance de l’aide acheminée aux dirigeants de l’enclave palestinienne.

Lors d’une audience à la Chambre des représentants qui se concentrait sur les canaux de financement du Hamas, la Turquie et le Qatar – deux Etats susceptibles de jouer les premiers rôles dans les secours fournis à Gaza – ont été montrés du doigt pour leur soutien au groupe islamiste et à ses dirigeants.

Dans une déclaration initiale devant le sous-comité des Affaires étrangères de la Chambre, la Représentante républicaine de Floride Ileana Ros-Lehtinen a critiqué la Turquie pour avoir fourni « une aide financière, matérielle et politique » au Hamas, une organisation que les États-Unis ont classée comme terroriste, regrettant que cela ait été fait « pendant des années, sans aucune répercussion ».

Elle a également critiqué le Qatar – « qui est connu pour être le plus grand soutien financier du Hamas ».

Jonathan Schanzer, vice-président de la Fondation pour la défense de la Démocratie, n’a témoigné à l’audience qu’après le refroidissement des relations entre le Hamas et l’Iran, en raison des retombées de la guerre civile syrienne, « le Qatar semble avoir comblé une grande partie du vide laissé par l’Iran ».

Alors que Schanzer a évoqué le soutien politique du Qatar pour le Hamas, il a également cité un « diplomate arabe » anonyme, affirmant que « le Qatar finance largement le Hamas ».

Une grande partie du financement du Qatar est venu sous la forme d’aides à l’infrastructure et au gouvernement. En 2006, le Qatar a offert 50 millions de dollars à ce qui était alors une Autorité palestinienne dominée par le Hamas, et en 2012, l’émir du Qatar est devenu le premier chef d’Etat à se rendre à Gaza, promettant plus de 400 millions de dollars de fonds pour les infrastructures du Hamas.

Schanzer a déclaré que le Congrès devrait exiger des enquêtes au Government Accountability Office [l’organisme chargé du contrôle des comptes publics du budget fédéral des Etats-Unis] et des évaluations du renseignement sur le Qatar et la Turquie ; il a suggéré que « des audiences dédiées pour chacun de ces pays peuvent également être utiles ».

« La Turquie et le Qatar sont des alliés des États-Unis tandis que simultanément ce sont des sponsors étatiques du terrorisme, si on suit la loi américaine » a averti Schanzer. « Les problèmes ne s’arrêtent pas avec le Hamas. Les deux pays ont été impliqués dans une multitude d’activités financières illicites avec un large éventail de groupes terroristes et d’États voyous. Pour être clair, le but est de changer le comportement des deux pays et de préserver ces alliances, si cela est possible ».

Dans son témoignage, Schanzer a mentionné les préoccupations liées au fait que les fonds dirigés à des fins humanitaires dans la bande de Gaza soient allés à la direction du Hamas.

« Selon une publication égyptienne, plusieurs groupes des Frères musulmans ont envoyé des millions de dollars à Gaza pour aider les civils à reconstruire leurs maisons détruites pendant la dernière guerre, » a-t-il expliqué. « Selon le rapport, un agent financier du Hamas nommé Essam al-Daalis n’aurait pas distribué les fonds aux civils mais les aurait répartis vers des membres éminents ».

Schanzer a suggéré que le financement n’a tout simplement pas été canalisé vers les activités terroristes du Hamas, mais vers les comptes personnels de la direction du groupe terroriste.

Selon les rapports qu’il a cités, le chef du Hamas basé au Caire, Moussa Abu Marzuk, aurait amassé de 2 à 3 milliards de dollars, l’ancien Premier ministre du Hamas, Ismaël Haniyeh, environ 4 milliards de dollars, et un haut responsable du parti Ayman Taha aurait récemment construit une résidence privée à Gaza pour un million de dollars.

L’analyste a recommandé que les États-Unis fassent pression sur le Qatar pour stopper le financement du Hamas, expulser la direction du Hamas basée à Doha, y compris Khaled Meshaal, et geler les fonds du Hamas dans les banques du Qatar.

Il a ajouté que s’ils ne le faisaient pas, les Etats-Unis devraient désigner les institutions du Qatar comme canaux de financement du terrorisme, et pourraient même supprimer la base aérienne d’Al-Udaid et mettre un terme aux ventes d’armes avec l’État du Golfe persique.

Des pressions similaires, a-t-il suggéré, pourraient également être appliquées à la Turquie, y compris la remise en cause de près de 800 millions de dollars de ventes d’armes à l’armée turque.

Dans le récent conflit entre Israël et le Hamas, la Turquie et le Qatar ont tenté de jouer un rôle régional plus important en essayant de négocier un cessez-le-feu entre les deux parties.

Leur entrée en fonction a été rejetée par Israël et par l’Autorité palestinienne qui ont perçu ces deux Etats comme trop favorables au Hamas. Les États-Unis, cependant, ont poussé l’idée d’un rôle pour la Turquie et le Qatar, avec la réunion du secrétaire d’Etat américain John Kerry et les ministres des Affaires étrangères des deux pays fin juillet, dans le but d’aboutir à une trêve.

Un cessez-le-feu illimité a finalement été convenu le 26 août par des pourparlers indirects en Egypte.

Les délégations d’Israël et le Hamas sont attendues au Caire dans les prochaines semaines pour forger un accord à plus long terme et traiter des questions difficiles, telles que les exigences du Hamas pour un port et un aéroport et la volonté d’Israël que les restes des deux soldats capturés lors de l’incursion terrestre dans la bande de Gaza soient acheminés vers Israël.