La communauté arabe israélienne a lancé jeudi une grève nationale pour protester contre les démolitions de maisons menées par l’Etat la veille dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran.

Les commerces et les municipalités arabes étaient fermés dans tout le pays, mais les écoles ont ouvert pour trois heures pour faciliter les discussions entre élèves sur les démolitions, a annoncé le Haut-Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël.

La députée de la Liste arabe unie Aida Touma-Sliman a déclaré que le comité avait déclaré la grève d’une journée pendant une réunion d’urgence organisée mercredi après-midi dans le village du Néguev.

« Nous avons décidé que demain sera un jour de grève, et également une journée où nous élèverons des drapeaux noirs [en symbole de deuil] pour nos maisons et nos commerces », a déclaré Touma-Sliman au Times of Israël.

« Il n’y a pas de vie normale quand nos maisons sont démolies », a-t-elle ajouté.

Manifestation contre les démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran devant la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Manifestation contre les démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran devant la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi soir, des centaines de personnes sont descendues dans les rues de Tel Aviv et d’autres villes d’Israël pour protester contre les démolitions ordonnées par le gouvernement de plusieurs maisons bédouines, et ce qu’elles affirment être un déploiement excessif de la police ayant entraîné une attaque présumée à la voiture bélier qui a tué un policier.

A Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa, Jaffa, Nazareth et Qalansawe, des centaines de manifestants se sont rassemblés pour protester contre « le bain de sang et la destruction de maisons dans le Néguev ».

Les manifestations ont été pacifiques. Elles ont eu lieu après une journée d’affrontements et de tensions intenses en raison des démolitions de maisons et d’une attaque présumée à la voiture bélier, dans laquelle un habitant d’Umm al-Hiran a tué avec sa voiture Erez Levi, 34 ans.

Au moins 200 personnes étaient rassemblées mercredi devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, et plus de 300 dans le centre de Tel Aviv.

Les manifestants portaient des panneaux demandant une enquête sur la mort d’Abu al-Qian, la fin des démolitions de maison, et la fin de l’ « occupation israélienne » en Cisjordanie.

Mercredi, les démolitions dans le village d’Umm al-Hiran ont été interrompues par une voiture, conduite par Abu al-Qian, un instituteur du village, a foncé dans la police, tuant un policier, et en blessant un autre.

L’incident s’est produit au milieu d’une manifestation sur les lieux de la démolition de plusieurs maisons construites illégalement dans le village bédouin non reconnu.

Les responsables israéliens n’ont pas hésité à qualifier l’incident d’attentat terroriste et ont lié Abu al-Qia’an à l’idéologie islamiste.

Cependant, les vidéos de la scène ne permettent pas de résoudre la question principale : Abu al-Qian contrôlait-il le véhicule quand il a foncé sur Levi ?

Yaqoub Mousa Abu al-Qia’an (Autorisation)

Yaqoub Mousa Abu al-Qia’an (Autorisation)

Les habitants du village et les militants soutiennent qu’Abu al Qian a été abattu par la police avant l’attaque et qu’il ne contrôlait plus le véhicule quand celui-ci a touché le policier.

Un enregistrement de l’incident par drone diffusé un peu plus tard dans la journée semble montrer qu’au moins un policier a ouvert le feu sur le véhicule avant qu’il n’accélère en direction du groupe d’agents de police.

Le chef de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, a été légèrement blessé dans les affrontements. Il a affirmé que la police et le gouvernement sont responsables de cette violence meurtrière.

Il a déclaré qu’une centaine de policiers « ont attaqué les résidents d’Umm al-Hiran. Ils leur sont tombés dessus, ils m’ont frappé, m’ont tiré dessus brutalement ».

Odeh affirme avoir été frappé par une balle à pointe de caoutchouc, mais la police soutient qu’il a été touché par une pierre lancée par un manifestant.

La minorité arabe israélienne affirme depuis longtemps que la discrimination encouragée par l’État a rendu impossible l’obtention de permis pour étendre leur communautés. De nombreuses familles finissent par construire des logements sans permission, prenant le risque qu’elles soient démolies.

Récemment, une série de démolitions de maisons arabes a eu lieu dans le nord et le centre du pays, et plus récemment dans la ville de Qalansawe dans le centre d’Israël.

Après la démolition de onze maisons illégales la semaine dernière, la Liste arabe unie a qualifié ces démolitions de « crime sans précédent et déclaration de guerre contre les résidents de Qalansawe et contre la population arabe ».

Le parti a prétendu que ces démolitions viennent en réaction à l’évacuation imminente de l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie, et afin de détourner l’attention de l’enquête en cours dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait l’objet.

« Il ne fait aucun doute que les démolitions des maisons de la communauté arabe sont liés au vol des terres d’Amona », a affirmé la Liste arabe unie dans un communiqué. « Et à cause de la crise autour du Premier ministre et de la droite. Les démolitions avancent au rythme de la progression de l’enquête [sur Netanyahu]. »

En décembre, Netanyahu avait ordonné à Gilad Eran, ministre de la Sécurité intérieure, de multiplier les mesures contre les constructions illégales des Arabes israéliens. Ce sont ces instructions qui ont conduit à la démolition des maisons à Qalansawe et à Umm al-Hiran.

Cette appel à la répression des logements illégaux a suivi le démantèlement programmé d’Amona, l’avant-poste de Cisjordanie qui devait être évacué le 25 décembre, mais qui a bénéficié d’une extension octroyée par la Cour suprême. Amona devra être évacué le 8 février.

Dans une vidéo en hébreu diffusée sur Facebook, et adressée aux résidents d’Amona, Netanyahu avait promis que les démolitions seraient « égalitaires. La loi qui impose la démolition d’Amona impose également la démolition de toutes les constructions illégales ailleurs dans le pays », a-t-il dit.

Netanyahu a souligné qu’il fera appliquer les lois sur la construction illégale « dans le Néguev, à Wadi Ara, en Galilée, dans le centre, dans tout le pays ». Il faisait apparemment référence aux Arabes israéliens et aux Bédouins. En effet, dans ces communautés, les lois sur les constructions sont rarement appliquées.