Un homme masqué vêtu de noir a fait irruption dans le bureau de Youssef Hadj Yahya, le directeur du lycée Amal à Taibeh, le mois dernier et a tiré un certain nombre de fois. Hadj Yahya, qui était au milieu d’une rencontre avec cinq enseignants de l’école, a été grièvement blessé ; il est décédé sur ​​le chemin de l’hôpital.

Cette exécution, qui a eu lieu le 25 août dernier, n’a que brièvement fait les manchettes des médias traditionnels en Israël. Elle a souligné aussi un désintérêt assez général pour la violence intra-arabe, qui a atteint des niveaux terrifiants, ont fait savoir dimanche des dirigeants communautaires. Pour le seul mois de septembre [qui n’est pas terminé à l’heure où nous écrivons], 11 meurtres ont eu lieu dans les communautés arabes à travers Israël.

Quelques dizaines de politiciens arabes et des représentants de la société civile ont manifesté en face du bureau du Premier ministre à Jérusalem dimanche, exigeant que les autorités israéliennes traitent le problème de la violence armée dans le secteur arabe davantage au sérieux.

« Je ne pense pas que les meurtres dans les villes juives soient traités comme ça » estime Hadj Yahya, 28 ans, fils du directeur assassiné, et qui faisait partie des manifestants à Jérusalem.

« A Tel Aviv ou à Herzliya, le tueur aurait été attrapé en un jour ou deux, mais là, nous sommes un mois après l’assassinat [et le tueur est toujours en liberté]. La police nous traite comme si on était des citoyens de troisième classe ».

Les statistiques concernant la criminalité aggravée dans la société arabo-israélienne, publiées par le département de recherche de la Knesset le 29 juillet, montrent un tableau inquiétant.

Une enquête de la police sur les crimes violents entre 2006 et 2013 a révélé que les Israéliens non-juifs (arabes pour la plupart) – ils constituent seulement 20 % de la société – ont commis 6 fois plus d’assassinats que les Juifs ; 3,5 fois plus de vols ; 3 fois plus d’agressions ; et près de 5 fois plus d’agressions de policiers.

La prévalence d’armes illégales dans la société arabe a été mentionnée à plusieurs reprises par les manifestants comme l’un des principaux problèmes à résoudre par la police israélienne.

Selon les statistiques de la Knesset, les Arabes sont 10 fois plus susceptibles que les Juifs d’être inculpés pour possession d’arme à feu illégale.

« Il y a un fléau lié à ces armes illégales dans toutes les communautés arabes », a déclaré au Times of Israel le député Masoud Ganaeim (Raam-Taal). « Il est de la responsabilité de la police de recueillir ces armes… ils ignorent parfois le problème et ne le prennent pas toujours au sérieux ».

Ganaeim, qui a noté que 60 % de la criminalité en Israël a lieu dans le secteur arabe, a déclaré que la plupart des armes illégales sont volées à l’armée et à la police et négociées au marché noir. « Si la police pensait que ces armes seraient utilisées contre les Juifs pour des raisons nationalistes, ils les auraient toutes recueillies. Mais ils ne le font pas ».

Des niveaux élevés de chômage chez les jeunes Arabes représentent un facteur de nature à engendrer la violence, a estimé Muhammad Zeidan, chef du comité de suivi pour les citoyens arabes d’Israël, une organisation défendant divers groupes de la société civile arabe.

« La violence est le résultat du chômage et d’armes sans permis, qui se retrouvent entre les mains de notre jeunesse avec une facilité remarquable » a déclaré Zeidan. « Ces armes sont pointées aujourd’hui sur des citoyens arabes, mais j’ignore qui elles viseront demain. Nous ne voulons pas qu’elles soient utilisées contre qui que ce soit, Arabes ou Juifs ».

Zeidan a noté que pas plus tard qu’hier, un lanceur anti-tank a été trouvé dans la ville arabe de Baqa al-Gharbiya, dans le centre d’Israël, et désamorcé par la police. Il a affirmé que les propriétaires d’armes illégales devraient être sanctionnés beaucoup plus sévèrement.

« C’est illogique que quelqu’un, arrêté avec une telle arme, soit emprisonné pendant un mois, puis rentre chez lui » a-t-il expliqué.

Mahmoud Aasi, maire de la ville de Kafr Bara, 3 000 habitants, dans le centre d’Israël, acquiesce au fait qu’une peine légère réduise la motivation de la police à arrêter des citoyens arabes en possession d’armes illégales. Mais il a préféré diriger sa critique vers l’intérieur plutôt que vers les autorités israéliennes.

« Finalement, c’est une question de culture. Nous avons la gâchette trop facile » a déclaré Aasi, notant que deux homicides avaient eu lieu au cours de la dernière année dans sa ville, l’une des communautés arabes les plus riches en Israël.

« Nous avons perdu notre capacité à mener un dialogue culturel et nous avons commencé à utiliser le langage de la violence et de la criminalité. Je crains que ces armes finissent par être pointées sur des Juifs, non pas pour des raisons nationalistes mais pour des raisons criminelles ».

Mahmoud Aasi a ajouté que, comme tous les autres maires arabes en Israël, il a dû faire face à des menaces régulières contre la criminalité organisée au sein de sa propre communauté. Il y a deux ans, il a refusé d’allouer des terres désignées pour des sans-abri à un résident local qui voulait vendre ces parcelles à des criminels. En conséquence, la maison de Mahmoud Aasi a essuyé des tirs.

Quand il a déposé une plainte à la police, il a été averti de ne pas témoigner, de peur que des « soldats sur le terrain » lui nuisent. Le maire a été obligé d’employer des gardes du corps pendant six mois.

« Quel genre de vie est-ce, pensez-vous ? » a-t-il résumé.