Le visage de Benny Gantz présente des traits ridés et hâlés témoignant de ses 37 ans de service pour l’armée, dont une grande partie accomplie sur le terrain. Ces traits se sont sensiblement creusés au cours de ces trois dernières années depuis qu’il a été nommé chef d’état-major.

Le poids de la responsabilité ressenti par cet ancien parachutiste, fils d’un survivant de la Shoah, apparaît clairement quand on le regarde.

Gantz est posé et ne manque pas d’humour, mais il ne sourit pas souvent lorsque l’on parle des défis auxquels Israël doit faire face pour sa sécurité.

Il ne tape pas du poing sur la table, ce n’est pas un alarmiste.

Pourtant, lorsqu’il exprime publiquement, comme il l’a fait plusieurs fois cette semaine, être préoccupé par des priorités nationales incohérentes conduisant à des coupes intenables dans le budget de la défense, lorsqu’il annule des entraînements de réservistes, il vaut mieux y prêter attention.

« Ce n’est pas une blague ni un jeu », a-t-il déclaré mardi à la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset. Il expliquait les contraintes financières dans lesquelles l’armée opère et les problèmes que cela implique. « C’est tout simplement la vérité. »

Sans surprise, le Trésor n’est pas impressionné.

Globalement, ses experts budgétaires considèrent que l’armée reçoit environ 20 % d’argent en plus (sur ses 17 milliards de dollars) qu’elle n’en a réellement besoin.

De plus, certains analystes pensent que les menaces actuelles sur la sécurité d’Israël sont relativement moins fortes que dans les années passées.

Le chaos dans la région implique que de nombreuses forces ennemies potentielles, notamment, mais pas uniquement, au Liban et en Syrie, sont occupées par leurs propres luttes internes.

Gantz et d’autres hauts gradés de l’armée ne sont pas aussi optimistes.

Les chefs militaires sont d’une certaine manière moins préoccupés par les négociations P5+1 avec l’Iran qu’ils ne l’étaient quelques mois auparavant.

Ils affichent également un point de vue légèrement plus optimiste sur la voie diplomatique choisie par les Etats-Unis.

Mais cet optimisme ne se retrouve pas dans leurs considérations sur le front du nord. Sacrifiant des centaines de vies dans la bataille pour sauver Bashar el-Assad, le Hezbollah a évolué d’un groupe de guérilla, capable d’actes brutaux de terrorisme, à une force disposant d’une grande expérience opérationnelle et dirigeant de très nombreux soldats. Assad doit maintenant une dette considérable au Hezbollah.

Le chef du Hezbollah lors de son discours télévisé sur la chaîne du Hebollah Al-Manar, le 29 mars 2014 (Crédit : AFP Photo/Al-Manar)

Le chef du Hezbollah lors de son discours télévisé sur la chaîne du Hebollah Al-Manar, le 29 mars 2014 (Crédit : AFP Photo/Al-Manar)

La peur en Israël est que cela soit rendu sous forme d’armes sophistiquées et d’une grande liberté d’opération, y compris dans le Golan, où les incidents mineurs pouvant entraîner une escalade immédiate sont maintenant presque la norme.

La menace des 100 000 roquettes du Hezbollah au nord est maintenant accompagnée par une menace grandissante de roquettes au sud, où le Hamas dispose maintenant de dizaines, au moins, de roquettes capables de frapper le centre d’Israël.

La réconciliation entre le Fatah et le Hamas pourrait conduire à un calme relatif ou le processus pourrait s’effondrer, avec des résultats dangereusement imprévisibles pour Israël.

L’armée considère qu’il n’y a pas d’intérêt dans un soulèvement violent du modèle de l’intifada contre Israël, mais on observe une perte d’intérêt en Cisjordanie pour la coopération sécuritaire avec Israël.

L’expérience amère a montré que des petits actes de violences, étant donné la relation tendue entre Israël et les Palestiniens, peuvent exploser dans des années de confrontation.

Les relations en Israël et les forces de sécurité palestiniennes peuvent se transformer, en un instant, d’amicales à adversaires.

Il ne faut pas non plus oublier le danger posé par les propres provocateurs en Israël, les assaillants à la haine raciale, recrues des attaques du « Prix à payer ».

La coopération avec l’Egypte d’Abdel-Fattah el Sissi a rarement été aussi bonne.

Le long de la frontière avec la Jordanie, la situation est relativement calme.

La Jordanie accueille un million de réfugiés syriens, et le potentiel d’instabilité à l’intérieur du royaume et/ou le long de sa frontière avec Israël est constamment présent.

Il ne faut pas non plus oublier le danger posé par les propres provocateurs en Israël, les assaillants à la haine raciale, recrues des attaques du « Prix à payer »

Là encore, avec les standards relatifs d’un Etat constamment en conflit, la situation sécuritaire d’Israël à l’heure actuelle pourrait être bien pire, mais Israël demeure bien un Etat avec des défis sécuritaires.

Gantz ne prédit pas le pire, mais il est pleinement préoccupé par le fait que l’armée ne soit pas suffisamment préparée au pire s’il devait arriver.

« Nous avons pris tous les risques possibles pour la sécurité, a-t-il déclaré lundi ». Il voulait dire que l’armée s’est débarrassée de sa graisse, et maintenant on s’attaque à la viande.

En conséquence des erreurs stratégiques de la Deuxième guerre du Liban de 2006, la Commission Winograd a sanctionné l’armée et les dirigeants politiques pour leur préparation inadéquate et leur présomption.

Tout juste huit ans après, Gantz n’oubliera pas l’incapacité à battre le Hezbollah pendant 34 jours de guerre qui ont coûté la vie à 165 Israéliens et plus de 1 000 Libanais. Cela a également coûté son poste au chef de l’armée, Dan Halutz.

Tout cela est venu d’une incapacité née de l’hybris, de suppositions infondées, d’un entraînement insuffisant et de la négligence d’autres éléments militaires basiques.

Le chef actuel ne veut pas se trouver dans la même position.