Les avocats représentant Elor Azaria, reconnu coupable du meurtre d’un terroriste palestinien neutralisé ont déclaré mercredi qu’une rencontre au cours de laquelle les responsables militaires auraient tenté de convaincre le père du condamné de ne pas faire appel en échange d’un allègement de peine, semblait bien être un délit.

La semaine dernière, le tribunal militaire de Jaffa a reconnu coupable d’homicide le sergent Elor Azaria, 19 ans, pour avoir mortellement blessé par balle Abdel Fattah al-Sharif, auteur d’une attaque au couteau, au mois de mars dernier dans la ville de Hébron, en Cisjordanie. La sentence réservée à Azaria sera annoncée le 15 janvier.

Dans une lettre adressée au ministre de la Défense Avigdor Liberman, les avocats Eyal Besserglick et Ilan Katz ont dénoncé la rencontre qui a été organisée lundi sur une base de l’armée israélienne et rapportée le lendemain par la Deuxième chaîne. Cette réunion, ont-ils affirmé, « a franchi une ligne rouge ».

Le père d’Azaria, Charlie, se serait entretenu avec le Colonel Guy Hazut, commandant de la Brigade Kfir, dans laquelle servait son fils.

Selon le reportage, la rencontre – à laquelle les avocats n’ont pas assisté – avait pour objectif de réduire l’animosité régnant entre l’armée et la famille d’Azaria tout en explorant les moyens de contenir les controverses publiques autour du procès, qui a amèrement divisé le pays.

Le père aurait été dissuadé de lancer une demande en appel concernant la condamnation d’Azaria et de licencier ses avocats, des démarches qui seraient prises en compte, selon les militaires, à l’avenir lors d’une éventuelle demande de grâce en faveur du jeune homme.

“Nous avons découvert à notre grande stupéfaction que des contacts inappropriés ont été établis par de haut responsables de l’armée israélienne… avec le père de notre client, et ce, dans le but de faire remplacer ses avocats et de renoncer à un futur appel dans ce dossier tout en apportant diverses assurances en échange – des éléments qui pourraient être constitutifs d’un délit », est-il écrit dans la lettre.

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

Les avocats ont clamé que Hazut avait également offert à Charlie Azaria l’opportunité de rencontrer d’éminents responsables de Tsahal, dont le chef des services des poursuites militaires, “afin de passer avec eux un arrangement avant la négociation de la sanction”.

La disponibilité de ces personnalités militaires est, affirment les avocats, la preuve qu’ils soutiennent cette rencontre.

Dans la matinée de mercredi, l’armée israélienne a émis un communiqué insistant sur le fait que la réunion ne concernait pas la sentence d’Azaria. « L’objectif de cette rencontre était plutôt de voir si la famille avait besoin d’une éventuelle assistance”.

“L’armée israélienne veut préciser qu’elle ne donnera pas de détails sur la réunion qui a eu lieu en présence de la famille du sergent Elor Azaria et du commandant de ce dernier.

Elle dément par là même l’annonce incorrecte faite par la Deuxième chaîne qu’une offre a été faite pour alléger la sanction, ou concernant un appel ou toute autre implication dans la procédure judiciaire”, ont fait savoir les autorités militaires.

« Le porte-parole de l’armée israélienne voudrait souligner que le sergent Sergent. Elor Azaria a droit à une procédure judiciaire claire, sans pression, et au cours de laquelle ses commandants le traiteront de manière habituelle, comme ils le font pour tous les soldats de Tsahal. »

En réponse, les avocats d’Azaria ont affirmé que ce démenti était « un mensonge », a fait savoir la Deuxième chaîne.

Selon les termes de la loi, il y a deux manières d’obtenir une grâce pour Azaria.

Tous les condamnés, dont les soldats, peuvent réclamer une grâce auprès du président d’Israël, Reuven Rivlin. Les militaires peuvent également se tourner vers leur chef d’Etat-major, Gadi Eizenkot, qui détient la capacité légale d’octroyer une grâce pour ses personnels en service actif.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a fait allusion mardi aux efforts livrés pour résoudre cette question très controversée, écrivant sur sa page Facebook que ceux qui demandent une grâce immédiate et protestent contre le verdict devraient garder le silence, car ils nuisent davantage à Azaria qu’ils ne lui viennent en aide.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous savons tous que d’un côté de cette affaire, il y a un soldat décoré et de l’autre, il y a un terroriste qui était venu pour tuer des juifs », a écrit mardi Liberman sur sa page Facebook.

« Nous faisons tout ce qui est possible pour sauvegarder l’éthique de l’armée israélienne et le soldat Azaria. Tout le reste est préjudiciable », a-t-il indiqué.

Depuis l’annonce du verdict, Liberman, qui avait exprimé son soutien à Azaria avant d’entrer au ministère de la Défense cette année, a appelé les Israéliens à respecter la décision prise par le Tribunal. Il a par ailleurs demandé aux avocats du soldat de souscrire à un accord où ils renonceraient à faire appel en échange d’une peine allégée.

De nombreux politiciens de droite, ainsi que l’ancienne chef du Parti travailliste Shelly Yachimovich, députée de l’Union sioniste, ont réclamé une grâce présidentielle pour Azaria. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a également déclaré soutenir une telle décision.