Ils voient des « manifestations de Dieu » en Jésus comme en Mohammed ou Bouddha, et placent leur religion dans la « continuité » des précédentes : les bahaïs célèbrent le 200e anniversaire de la naissance de leur fondateur, né en Iran où ils sont toujours victimes de discriminations.

Le bicentenaire de la naissance de Bahaullah sera fêté samedi et dimanche à travers le monde, où la communauté bahaïe revendique plus de 6 millions de croyants dans 230 pays : l’Inde (1 million), l’Iran (300 000), les Etats-Unis, le Kenya…

1817 : naissance de la « Splendeur de Dieu »

Mirza Husayn Ali, dit Bahaullah (« Gloire » ou « Splendeur de Dieu »), est né 17 novembre 1817 à Téhéran. Il a repris le flambeau de Mirza Ali Muhammad, surnommé le Bab (la « porte » en arabe), marchand persan ayant fondé en 1844 une nouvelle « révélation » issue de l’islam chiite, et fusillé pour son activisme messianiste en 1850.

Bahaullah s’est à son tour déclaré publiquement « messager de Dieu » en 1863. Contraint à l’exil, il est mort en 1892 à Acre, alors dans l’Empire ottoman, où son tombeau est aujourd’hui vénéré.

Le Bab a pour sa part son mausolée à Haïfa, également dans le nord de l’actuel Etat d’Israël, sur le mont Carmel, où la communauté bahaïe a installé son centre mondial, siège de sa « maison universelle de justice », organe exécutif composé de neuf membres élus.

Pourvu d’une « autorité divine » par le Kitáb-i-Aqdas, le livre des lois de Bahaullah, ce conseil dirigeant s’est attiré des critiques pour sa supposée infaillibilité.

Une religion de « l’unification »

Le prophète du bahaïsme est vu par ses fidèles comme le plus récent d’une série « d’éducateurs inspirés par Dieu », de Krishna au Bab en passant par Abraham, Moïse, Zoroastre, Bouddha, Jésus et Mohammed.

Pas de syncrétisme pour autant dans ce monothéisme, assure Hamdam Nadafi, directrice du Bureau des affaires extérieures des bahaïs de France. « La foi bahaïe est une religion indépendante et autonome, basée sur un livre saint révélé par un prophète et des écrits traduits dans 800 langues », fait-elle valoir.

Parmi les principes mis en avant par les bahaïs figurent « la recherche indépendante de la vérité, l’unité du genre humain, l’abolition de toute forme de préjugés, l’harmonie entre les deux systèmes de connaissance que sont la science et la religion, l’égalité des hommes et des femmes et l’abolition des extrêmes de richesse et de pauvreté ».

Sans clergé, presque dépourvue de rites mais affectionnant la prière et parfois le jeûne, la communauté bahaïe a édifié d’imposantes « maisons d’adoration » sur chaque continent – la huitième, au Chili, a été inaugurée en 2016. Elle a fait de l’éducation l’un de ses principaux champs d’intervention.

Principalement présents en Asie, Afrique et Amérique

Reconnue depuis 1948 au sein du système des Nations unies, la communauté bahaïe affiche une présence dans plus de 230 pays mais avec de grandes disparités et une forte polarisation en Asie, en Amérique et en Afrique.

L’Inde, où son temple du Lotus à New Delhi est très visité, accueille le plus grand nombre de fidèles, estimés à plus d’un million. Viennent ensuite les Etats-Unis – le jazzman Dizzy Gillespie n’a pas caché sa foie bahaïe -, le Kenya, le Vietnam…

En France, les rangs restent clairsemés, avec 5 000 fidèles estimés. La foi bahaïe y a pourtant été introduite dès 1898 par une jeune Américaine, May Bolles, et diffusée par Abdul-Baha lui-même, fils de Bahaullah, lors d’un séjour de plusieurs semaines à Paris en 1911.

Objet de discriminations en Iran, menacés au Yémen

Sur la terre de leurs fondateurs, en Iran, où leur population est estimée à 300 000 fidèles, les bahaïs mettent en avant la persistance de « persécutions ». De fait, la République islamique iranienne tient cette communauté pour un foyer d’hérétiques et d’opposants, et un nid d’ « espions » d’Israël puisque leur siège est à Haïfa.

« Plus d’une centaine de personnes sont actuellement emprisonnées en Iran, la situation est préoccupante », souligne Hamdam Nadafi. « Interdits d’étudier et de travailler dans le secteur public, les bahaïs sont privés de ressources financières, et victimes d’une haine alimentée par les médias institutionnels », poursuit-elle.

L’ONG Amnesty International a également pointé en 2016 l’attitude hostile à leur endroit des rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran.