Les tirs de roquettes capables d’atteindre des objectifs de plus en plus lointains en Israël et l’assaut mené par des terroristes depuis la mer montrent que le Hamas a renforcé sa capacité militaire, aidé par la Syrie et l’Iran, soulignaient mercredi des analystes.

« Les forces israéliennes avaient porté un coup sévère au Hamas en 2012, mais depuis il a été fortement ré-équipé par l’Iran, et a touché des armes venant de Syrie », souligne le colonel Richard Kemp, expert à l’institut londonien RUSI, interrogé par l’AFP.

Le Hamas et son bras armé, les Brigades Ezzedine al-Qassam, s’appuient sur une gamme de roquettes, dont le nombre n’est pas connu avec exactitude mais qui s’élève à « plusieurs milliers », selon Firas Abi Ali, expert à l’institut IHS Country Risk.

Le Hamas était déjà capable de frapper au coeur d’Israël en 2012, lors de l’opération « Pilier de défense ». Il peut désormais viser des cibles jusque dans le nord d’Israël, avec des roquettes d’une portée de 160 km.

Ses roquettes Fajr-5 de fabrication iranienne, pouvant atteindre des cibles à 75 km et porter une charge explosive de 90 kg, avaient déjà touché l’agglomération de Tel Aviv en novembre 2012, tandis que des roquettes M75, d’une portée de 80 km, avaient frappé les environs de Jérusalem.

Ces roquettes M75 sont assemblées à Gaza à partir de composants acheminés par des tunnels dans l’enclave palestinienne, grâce à l’expertise fournie par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, indique Firas Abi Ali à l’AFP.

Mais un pas supplémentaire a été franchi mardi quand le Hamas a réussi à tirer une roquette à longue portée de type M-302, de fabrication syrienne, sur Hadera, une localité au nord de Tel Aviv, située à 116 km de la bande de Gaza.

Et deux roquettes palestiniennes sont tombées mercredi en mer au large de Haïfa, dans le nord d’Israël, à 160 km de l’enclave, selon les médias israéliens. Il s’agit de l’objectif le plus lointain jamais atteint par une roquette de Gaza.

‘Forcer les Israéliens à une guerre urbaine’

Selon des sources militaires israéliennes, le Hamas dispose de « plusieurs dizaines » de roquettes de ce type.

Quarante de ces roquettes M-302, envoyées par l’Iran vers la bande de Gaza, avaient été saisies en mars à bord du Klos-C, navire battant pavillon panaméen intercepté en mer Rouge.

Firas Abi Ali souligne que chaque conflit avec Israël, loin de réduire l’arsenal du Hamas, aboutit à une augmentation des capacités militaires du mouvement terroriste.

« Le Hamas a été capable ces deux dernières années d’accroître non seulement le nombre des roquettes qu’il possède mais aussi la fréquence de ses tirs, l’objectif étant de tirer autant de roquettes que possible simultanément pour saturer le système (de défense antimissile Dôme de fer) Iron Dome », explique-t-il.

Pour l’expert, le Hamas est « engagé dans une escalade qui vise à pousser Israël vers une offensive terrestre » et « espère pouvoir infliger un grand nombre de pertes aux Israéliens en les forçant à une guerre urbaine ».

Il note aussi que le Hamas semble disposer de missiles anti-char Kornet comme ceux qui avaient été utilisés par le Hezbollah en 2006.

Le Hamas, qui contrôle Gaza depuis 2007, peut s’appuyer selon l’Institut international d’études stratégiques (IISS) sur plus de 20.000 combattants: quelque 10 000 membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, et entre 10 000 et 12 000 hommes de la « Force exécutive », équipés de roquettes, d’obus de mortier, d’armes légères et de petit calibre.

Mais la tentative d’attaque menée mardi par quatre combattants palestiniens, arrivés de Gaza par la mer, contre une base militaire du sud d’Israël, est « sans précédent », note Firas Abi Ali.

« Cela suggère un entraînement et une préparation sophistiqués, un bon travail de renseignement sur les Israéliens, et la capacité à recourir à une tactique fondée sur la surprise », poursuit-il.