Les chambres à gaz du camp de la mort de Sobibor, où quelque 250 000 Juifs ont péri entre avril 1942 et octobre 1943, ont été découvertes au cours d’une fouille archéologique, mettant un terme à huit ans de recherches, a annoncé mercredi Yad Vashem.

« Enfin, nous avons atteint notre objectif – la découverte des chambres à gaz. Nous avons été surpris par la taille de l’immeuble et le bon état de conservation des parois de la chambre » a fait savoir l’archéologue israélien Yoram Haimi, dont deux des oncles ont été tués dans le camp, dans un communiqué de presse.

En plus de milliers d’effets personnels appartenant aux détenus juifs qui ont été découverts au cours des dernières années, l’équipe archéologique a trouvé, la semaine dernière, un puits d’eau utilisé par les prisonniers juifs, que les nazis avaient remplis de déchets tout en démantelant le camp.

Un bandeau sur lequel était écrit en hébreu l’inscription : « Te voici consacrée à moi » (formule que le marié dit à sa future femme avant de l’épouser) a été localisé près des chambres à gaz dans ce que Haimi décrit comme le « moment le plus poignant ».

Bague avec l'inscription « Te voici consacrée à moi » (Crédit : autorisation Yad Vashem)

Bague avec l’inscription « Te voici consacrée à moi » (Crédit : autorisation Yad Vashem)

Ces découvertes confortent des témoignages de survivants du camp d’extermination, et constituent « une découverte très importante dans la recherche sur la Shoah » a déclaré le Dr David Silberklang de Yad Vashem.

« Il est important de comprendre qu’il n’y avait pas de survivants parmi les Juifs qui travaillaient dans et autour des chambres à gaz. Par conséquent, ce qu’on a trouvé constitue tout ce qui reste de ceux qui ont été assassinés, et ils ouvrent une fenêtre sur la souffrance de ces gens au jour le jour », a-t-il fait remarquer.

« Nous allons maintenant être en mesure de savoir plus précisément ce qu’était le processus d’assassinat dans le camp, et ce que les Juifs ont traversé avant d’être assassinés. En outre, trouver les chambres à gaz et leur capacité nous permet d’estimer plus précisément le nombre de personnes assassinées à Sobibor ».

La découverte fait suite à près de huit années de fouilles sur le site – menée par l’Institut international de recherche sur l’Holocauste de Yad Vashem, la Fondation germano-polonaise et le Musée d’Etat de Majdanek.

Au cours de ces recherches, divers objets personnels appartenant aux victimes telles que des bijoux, des médicaments et des ustensiles pour se nourrir ont été récupérés. Haimi a travaillé sur l’excavation depuis 2007, avec un archéologue polonais Wojciech Mazure. En 2013, le Dr Ivar Schute, un archéologue néerlandais a rejoint l’équipe.

Wojtek Mazurek, l'archéologue (g) et Yoram Haimi sur les fouilles à Sobibor (Crédit : autorisation Wojtek Mazurek)

Wojtek Mazurek, l’archéologue (g) et Yoram Haimi sur les fouilles à Sobibor (Crédit : autorisation Wojtek Mazurek)

Les fouilles ont été compliquées par les vastes efforts des nazis pour détruire toutes les preuves autour du camp de la mort de Sobibor. En octobre 1943, suite à un soulèvement de 600 détenus du camp, dont environ la moitié ont réussi à s’enfuir, les nazis ont démoli le camp. Ils ont planté des cultures plus tard sur le site afin de dissimuler les preuves.

Des milliers de Juifs de Lublin, d’Allemagne, d’Autriche, de Slovaquie, de Bohême et de Moravie, des Pays-Bas et de France ont été déportés à Sobibor pendant les dix-huit mois au cours desquels il était opérationnel.

Comme Belzec et Treblinka, qui ont été établis à la même époque, Sobibor a été conçu comme un camp de la mort, et les Juifs étaient gazés presque immédiatement dès leur arrivée.