S’il paraissait logique que les Israéliens fuient leur pays face aux pluies de roquettes des terroristes du Hamas, repensez-y.

Non seulement, les Israéliens restent à la maison mais ils y restent littéralement. Des chiffres diffusés mardi par la compagnie aérienne El-Al et l’application de parking Pango montrent que les voyages à l’étranger sont inexistants, de même pour le parking – un signe que les Israéliens ne conduisent même pas dans le centre-ville et encore moins ne s’envolent pour de lointaines contrées.

C’est une mauvaise nouvelle pour la compagnie aérienne. Dans un communiqué mardi, El Al a dit qu’elle s’attendait à une baisse de ses revenus de 40 à 50 millions de dollars pour le troisième trimestre, alors que des individuels ou des groupes annulent leurs voyages au regard des attaques quotidiennes de roquettes sur les villes israéliennes. Le conflit à Gaza, explique la compagnie, a eu un impact majeur sur la situation financière, déjà précaire, d’El Al.

Déjà au début du conflit, il y a plus de deux semaines, El Al avait annoncé qu’elle ne pénaliserait pas les passagers qui voudraient reporter ou annuler leur vol à cause de la guerre.

D’abord, la compagnie expliquait aux voyageurs qu’ils avaient jusqu’à vendredi « pour annuler leur billet ou reporter la date de départ pour une période inférieure à six mois sans encourir de frais d’annulation ou de changement de vol.

Les passagers étrangers voulant venir en Israël plus tôt qu’à la date de leur billet ne seraient pas non plus pénalisés par la modification ». Cette date limite a depuis été étendue au plus tôt à la fin du mois.

El Al ne sera certainement pas aidé par l’avertissement quant aux voyages diffusé par le Département d’Etat lundi.

Il « recommande que les citoyens Américains considèrent le report de voyages non-essentiels à destination d’Israël et de la Cisjordanie. L’environnement sécuritaire demeure complexe en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, et les citoyens Américains doivent être conscients des risques liés au voyage dans ces zones en raison du conflit actuel entre Israël et le Hamas ». Il y a un avertissement général de voyage venant du Département d’Etat contre les voyages pour Gaza.

Même si la plupart des touristes Américains n’ont pas besoin d’avertissement pour décider d’éviter Israël – ou pour voyager précisément par solidarité avec le pays – l’avertissement est susceptible de décourager les groupes prévoyant de venir en Israël dans les mois qui viennent, ce qui signifie qu’Israël pourrait perdre d’importants revenus du tourisme au profit d’autres destinations.

Selon Moshe Mizrahi, qui détient une agence de voyage basée à Tel Aviv, « beaucoup de groupes qui viennent ici en hiver, notamment à Noël, réservent leurs créneaux, des mois à l’avance, donc si la guerre dure encore quelques semaines supplémentaires, on pourrait voir certains de ces groupes qui viennent traditionnellement en Israël, choisir d’autres destinations. Israël pourrait perdre beaucoup de ce business à cause de la guerre ».

Selon El Al, les annulations viennent à la fois de touristes entrants et sortants, à l’image de nombreuses familles israéliennes qui avaient planifié leurs vacances d’été et qui annulent à cause des problèmes liés à la guerre, notamment un membre de la famille appelé pour effectuer son devoir de réserve.

Ce n’est pas seulement le voyage international qui est affecté. Pango, une start-up israélienne qui propose une application permettant aux conducteurs de payer le parking dans les rues ou parkings via leur téléphone mobile, a annoncé mardi que selon ses statistiques, les revenus des parkings étaient en baisse de 8 % sur l’ensemble du pays – et même plus dans de nombreuses villes aux centre et sud d’Israël, principales cibles de roquettes venant de Gaza.

Les chiffres de Pango datent de la première semaine de la guerre, du 7 juillet au 14 juillet, en comparaison aux semaines précédentes. Avec la guerre s’intensifiant après le 14 juillet, Pango a dit attendre une baisse encore plus significative des paiements de parking dans son prochain rapport.

La chute des revenus du parking est d’autant plus remarquable que les lignes de bus dans nombreuses villes du sud d’Israël ont été rétrécies ou éliminées. Quand il y a moins de transport public, il y a d’habitude plus de conduite – mais ce n’est pas le cas pour ce conflit, a dit Roi Elbaz, le PDG de Pango.

« C’est un bon exemple de ‘nidification’ dans l’action » a dit Elbaz.

« Les gens veulent rester près de chez eux, près des espaces protégés, dans l’attente d’une prochaine attaque de roquettes. Ils reportent les voyages de travail ou pour les vacances même dans des villes où les temps sont plus calmes. Moi, comme tous les Israéliens, j’espère que la situation va revenir à la normale le plus vite possible, et que la peur du public de sortir va se dissiper ».