Tandis que l’année civile touche à sa fin, il est temps de se pencher sur les sorties cinématographiques de 2014 et de déterminer, sans tergiverser, quels en étaient les cinq meilleurs « moments juifs ».

Hélas, aucune année ne peut égaler 2013, dans laquelle les pontes de la CIA ont crié
« Allez en Israël ! » (« World War Z ») et une ravissante médecin juive jouée par Natalie Portman a giflé son petit ami Space Goy, lui disant : « Tu n’as pas appelé ! » (« Thor : Le Monde des Ténèbres »). Et pourtant, nous avons tout de même enrgistré quelques victoires. Et, pour le meilleur ou pour le pire, « Exodus » et « Noah » sont hors concours.

Mais avant d’en venir à la liste, remettons le Prix spécial du jury des Juifs les plus turbulents en classe à Seth Rogen, à son partenaire d’écriture/direction Evan Goldberg et à leur pote James Franco. Ce trio a déclenché une agitation sans précédent avec leur film divertissant-quoique-idiot « L’Interview ». Tant et si bien que même le président des États-Unis (!) a dû interrompre ses vacances à Hawaï pour leur éviter la suspension.

Mais la bêtise espiègle de « The Interview » n’est pas explicitement juive – hormis une scène. James Franco (dont la mère est juive) veut empêcher Seth Rogen (dont les ancêtres étaient aussi juifs que ceux de Tuvia le Laitier) de toucher Kim Jong-un. « Ne lui serre pas la main ! » crie Franco au leader suprême, joué par l’assez amusant Randall Park. « Pourquoi pas ? », demande-t-il. « Parce qu’Aaron est juif… »
« Beurk », répond le dictateur meurtrier de la Corée du Nord.

Ok, raconté comme ça, c’est pas vraiment drôle, mais croyez-moi, ça vaut le coup de le voir.

5 – David E. Kaplan : le savant juif fou

Mon documentaire favori de 2014 était « Particle Fever » [La fièvre des particules], un regard perspicace (et humaniste) de la physique théorique et du travail (non théorique) du Grand collisionneur de hadrons du CERN.

Avant de regarder ce film, tout ce que je savais sur le LHC se résumait à un tube géant en Suisse qui un jour nous tuera tous avec le Trou noir. C’est toujours vrai, mais avant que cela n’arrive, nous aurons fait de grands progrès dans la compréhension de la structure de notre univers spatial.

Le personnage central de l’histoire (et l’un de ses producteurs) est professeur à l’Université Johns Hopkins, David E. Kaplan. Il ressemble au cousin cool, supérieurement intelligent, qui tient à vous faire écouter des disques de datant de Mathusalem dont vous n’avez jamais entendu parler – mais dans ce cas, il ne s’agit pas de Jethro Tull, mais de la physique des particules.

Il représente une théorie appelée la « supersymétrie », tandis que son pote aux cheveux longs, Nima Arkani-Hamed, basé à Princeton, promeut la théorie du « multivers » [ensemble de tous les univers possibles].

Alors que le duo attend que des ingénieurs européens arrêtent de bricoler avec leur faisceau géant, ils marchent sur les plates-bandes de l’Institut d’études avancées. Kaplan (que j’ai interviewé cette année) est un candidat sérieux pour le titre du Juif le plus cool de l’année.

4 – Jenny Slate : la Menorah sur le dessus

La comédienne Jenny Slate a conquis le monde du cinéma indépendant cette année avec « Obvious Child ». Après les deux premières minutes du film, on l’appelle déjà la
« vendeuse de bagels » et, ensuite, quand elle sort avec un goy (« il est tellement chrétien, c’est comme s’il connaissait le Père Noël personnellement ! »), elle compare leur relation à un arbre de Noël avec une Menorah sur le dessus.

« Obvious Child » est un regard un peu lascif mais extrêmement drôle sur le monde des rencontres au 21è siècle à Brooklyn, tout en évoquant des problèmes sérieux .

Le « compte à rebours » est la période d’attente dont Slate dispose pour décider d’avorter d’une grossesse non désirée après une aventure d’un soir. Mais que se passe-t-il quand elle tombe amoureuse du gars qui l’a engrossée ? Une comédie romantique un peu chaotique, mais tendre, en particulier la discussion à cœur ouvert avec sa mère, qui lui parle de sa propre interruption de grossesse. Ce qui distingue « Obvious Child » des comédies romantiques typiques est son esprit errant et de remise en question… bref, typiquement juif.

3 – La tante dans les filets du super-héros

Nous avons déjà intégré le scoop du producteur de Spider-Man, Avi Arad, qui nous a révélé que Peter Parker et sa famille sont des « Juifs du shtetl ». Alors comment cela entre-t-il en jeu dans le dernier opus, « Amazing Spider-Man : Le destin d’un héros » ?

Eh bien, en dehors du fait que Peter est un garçon féru de science et de mathématiques, il est aussi très gentil avec sa tante. Il ne veut même pas qu’elle lave son linge. Bien sûr, il cache ses super-pouvoirs, mais je pense qu’il aimerait qu’elle se détende, et fasse un Sudoku ou quelque chose dans le genre.

2 – L’identité d’Ida

Le film en polonais « Ida » a conquis de nombreux critiques et est en lice pour une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger. (Et puisque la sélection d’Israël, « Gett » n’a pas passé le premier tour, Ida pourrait le remporter.)

Ida est un beau film grave qui se déroule en 1962, dans lequel une jeune femme qui vit dans un couvent et s’apprête à prononcer ses vœux, découvre qu’elle est, en fait, juive. Son enquête sur son passé passe de la tragédie à l’illumination, et nous fait découvrir sa tante, l’ancienne camarade communiste Wanda, l’un des personnages de film les plus fascinants depuis des années. (Lire mon interview avec le réalisateur Pawel Pawlikowski en fin avril.)

1 – ScarJo utilise TOUT son cerveau

2014 a été l’année de Scarlett Johansson. Non seulement sa publicité pour SodaStream qui a fait le buzz sur Internet, mais elle a joué dans quatre films géniaux.(cinq, si vous comptez « Her« , sorti en décembre 2013).

Elle était la petite amie/hôtesse sympa dans « Chef », puis était de retour pour combattre les méchants crypto-nazis dans « Captain America : Le soldat de l’hiver ».

Dans la science-fiction hallucinatoire « Sous la peau », qu’il faut absolument voir, elle jouait une extraterrestre à l’appétit sexuel vorace, menant les hommes à leur perte. Mais accordons-lui le premier prix cette année pour son rôle dans le film totalement insensé aux effets spéciaux éblouissants « Lucy ».

Vous voyez, dans « Lucy », les super-pouvoirs de ScarJo se développent quand elle
« utilise son cerveau ». Vous pouvez même suivre le pourcentage à l’écran. A 10 % de son cerveau, elle est simplement une jeune fille à l’esprit vif, mais arrivée à 100 %, elle transcende l’espace et le temps et fait exploser sa conscience (qui fusionne avec toutes les pensées potentielles !).

Hé, peut-être qu’elle rencontrera le professeur David E. Kaplan ! Je parie que ce serait le début d’une belle amitié.