Une nouvelle taxe à l’importation imposée par le Hamas sur les matières premières entrant dans la bande de Gaza provoque la colère des commerçants de la région.

Certains menaçant de cesser d’importer des produits alimentaires dans l’enclave de Gaza, contrôlée par le Hamas.

Samedi, les membres du bloc parlementaire Changement et réforme du Hamas ont approuvé la loi sur l’impôt de solidarité nationale, qui impose une nouvelle taxe sur les produits « non-essentiels » tels que la viande, les fruits et les légumes, les vêtements et les produits électroniques. La farine et les médicaments seront exemptés de cette nouvelle taxe, a précisé le député du Hamas Ahmad Abu Halabiya à l’agence de presse turque Anadolu.

« Le but de la loi est de soulager les souffrances des pauvres dans la bande de Gaza », ajoute Abu Halabiya, expliquant que le pourcentage de l’impôt sera augmenté progressivement, pour finalement atteindre 10 % dans certains cas. « Les résidents ne le ressentiront pas », a-t-il affirmé.

L’Organisation des Nations unies a déclaré l’état d’urgence humanitaire à Gaza en juillet dernier, en annonçant que plus de 100 000 habitants avaient été déplacés en janvier.

Gisha, une ONG israélienne qui traite principalement de la situation humanitaire à Gaza, a déclaré le mois dernier que plus de 70 % des habitants de Gaza avaient besoin d’aide humanitaire, avec 57 % des résidents souffrant déjà d’insécurité alimentaire nutritionnelle avant l’opération Bordure protectrice de l’été dernier.

Israël, pour sa part, a augmenté de façon spectaculaire le nombre de camions autorisés à entrer à Gaza avec des denrées alimentaires. Il projette de tripler ces autorisations par rapport à 2014. Près de 3 000 commerçants de Gaza reçoivent actuellement des permis pour entrer en Israël pour le travail.

Le député du Hamas Jamal Nasser s'adressant aux commerçants de Gaza, le 19 avril 2015 (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le député du Hamas Jamal Nasser s’adressant aux commerçants de Gaza, le 19 avril 2015 (Crédit : capture d’écran YouTube)

Dimanche, les hommes d’affaires locaux ont exprimé leur fureur au sujet de la nouvelle décision du gouvernement lors d’une réunion avec les membres du parlement du Hamas organisée par la Chambre de Commerce de Gaza. Selon le quotidien palestinien Al-Quds, beaucoup de députés ont affirmé que l’argent collecté était destiné aux fonctionnaires du Hamas, impayés depuis des mois, plutôt qu’aux personnes démunies de la bande de Gaza.

Abu Halbiya a en effet admis que les 40 000 employés du Hamas seront les principaux bénéficiaires de cette nouvelle recette fiscale.

« Les fonctionnaires de Gaza n’ont pas reçu de salaires réguliers depuis plus d’un an, a-t-il déploré. La bande de Gaza ne peut pas fonctionner sans fonctionnaires, qui sont le pilier de chaque Etat. Par conséquent, ils obtiendront la plus grande partie de ces revenus pour tenter d’améliorer leur revenu mensuel. Donc, au lieu de recevoir 30 % de leur salaire, ils recevront 50 à 60 %. Ceux qui gagnent 1 000 shekels recevront l’intégralité de leur salaire. »

Une femme palestinienne à Rafah, à la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Une femme palestinienne à Rafah, à la frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Pourtant, les commerçants de Gaza ne sont pas convaincus.

« Cela coûte trois shekels et demi », a déclaré un commerçant dans un reportage vidéo d’Al-Quds, tenant une paire de sandales qu’il importe. « Vous voulez les taxer deux shekels ? Ça n’a pas de sens. Faites-en sorte que cela soit une ou deux agorot ! »

Un autre commerçant a indiqué au Watania Media Agency qu’il ne sera plus en mesure d’importer des fruits et des légumes si cette mesure du gouvernement est instaurée. « Qu’ils nous trouvent une solution et mettent fin à cette histoire », s’emporte-t-il.

Mais alors que l’émotion était vive à Gaza, le député du Hamas, Jamal Nassar, a indiqué qu’il ne comprenait pas la colère des commerçants.

« L’augmentation [des prix] retombe sur le consommateur et non sur vous », s’est-il emporté face à l’auditoire. « Alors, pourquoi cette attaque vicieuse ? … Aucun d’entre vous ne sera affecté ; c’est le citoyen qui le sera. Si je suis mauvais pour le citoyen, laissez-les ne pas voter pour moi. »