Les partis politiques traditionnels du pays scandinave maintiennent depuis des années un épais cordon sanitaire autour des Démocrates de Suède, parti nationaliste et anti-immigration dont les racines puisent aux sources du mouvement néo-nazi.

Depuis les législatives de 2014 qui ont ramené sociaux-démocrates et verts au pouvoir, Anna Kinberg Batra, présidente des Modérés, espère trouver la clé d’un retour aux affaires sans attendre les prochaines échéances électorales prévues en 2018.

Faute d’alternative, c’est vers les Démocrates de Suède qu’elle a fini par se tourner. Au risque de faire imploser l’Alliance qui réunit, dans l’opposition, sa formation, les Libéraux, le Centre (ex-agrariens) et les chrétiens-démocrates.

« Ignorer un parti aussi important du Parlement n’a guère fonctionné » jusqu’ici, a justifié Mme Kinberg Batra, dite « AKB », le 19 janvier, en invitant les Démocrates de Suède à soutenir un éventuel projet de loi de finances de droite à l’automne.

Elle est allée plus loin encore : « Sur certains sujets, il est possible de nous mettre d’accord », a-t-elle assuré, sans préciser les domaines dans lesquels elle envisage une négociation.

Vendredi, les Modérés ont indiqué qu’une prise de contact entre officiers d’ordonnance des chefs des deux partis se ferait « prochainement ».

Dirigés par Jimmie Åkesson, les Démocrates de Suède ont fait fructifier leur capital-confiance au cours de la crise migratoire de 2014 et 2015 qui a vu la Suède accueillir près de 250 000 demandeurs d’asile, plus que tout autre pays européen comparé à sa population (10 millions).

« Parti nazi »

Si le Centre et les Libéraux refusent d’entendre parler d’extrême droite, les chrétiens-démocrates, eux, sont prêts à accepter les voix des Démocrates de Suède pour faire passer le projet de budget de l’opposition et sortir le gouvernement sortant. Pas question en revanche de négocier quoi que ce soit.

Du côté des Démocrates de Suède, on jubile. Et on exige. M. Åkesson, 37 ans, habile stratège qui passe pour le gendre idéal et a largement contribué à « dédiaboliser » son parti depuis une petite décennie, a été prompt à réagir : il réclame « de l’influence sur la composition du gouvernement » si le coup de poker tenté par « AKB » s’avérait gagnant.

Capture d’écran Stefan Lofven (Crédit : capture d'écran Expressen.se)

Capture d’écran Stefan Lofven (Crédit : capture d’écran Expressen.se)

L’hypothèse est encore très lointaine si l’on en croit les élus centristes et libéraux. Ceux-ci ne veulent à aucun prix être associés aux Démocrates de Suède, que le Premier ministre Stefan Löfven qualifiait encore en septembre 2016 de « parti nazi ».

Un mois avant lui, Mme Kinberg Batra évoquait elle-même un « parti raciste ».

Le Centre « ne veut en aucune manière que l’Alliance planche sur des dossiers objets de négociations entre Modérés et Démocrates de Suède », a prévenu une source à la direction du parti interrogée par l’AFP.

Alors pourquoi faire du pied à l’extrême droite ?

Les éditorialistes estiment que Mme Kinberg Batra a écouté les élus, militants et sympathisants qui défendent l’ouverture sur la droite pour faire tomber la gauche avant 2018.

« Notre mission n’est pas de permettre à Stefan Löfven de mener sa politique de gauche » sans entrave, confiait ainsi à l’AFP Camilla Brunsberg, responsable d’un comité de Modérés dans le sud de la Suède.

Un sondage Sifo publié mardi montre cependant une forte division à droite, puisque 63% des électeurs conservateurs souhaitent une coopération avec les Démocrates de Suède, contre seulement 16 % qui s’y opposent.

Dans les pays voisins de la Suède, les partis traditionnels ont franchi le Rubicon depuis longtemps. La droite anti-immigration participe aux coalitions gouvernementales en Norvège et en Finlande, et elle influence la politique danoise depuis le début des années 2010.