Israël ne rendra plus les corps des terroristes du Hamas tués pendant des attaques, mais les enterrera, a décidé dimanche le cabinet de sécurité. Il lance aussi de nouveaux efforts pour faire pression sur le groupe terroriste palestinien pour qu’il libère deux civils israéliens et restitue les corps de deux soldats.

Le Hamas gazaoui détient actuellement les corps de deux soldats israéliens, Oron Shaul et Hadar Goldin, qui ont été tués en 2014 pendant la guerre de Gaza. IL détiendrait également Avraham Mengistu et Juma Ibrahim Abu Anima, deux Israéliens qui auraient traversé la frontière de Gaza de leur propre chef.

La décision du cabinet de sécurité survient au lendemain de la diffusion par la branche armée du mouvement terroriste palestinien qui contrôle la bande de Gaza d’une vidéo de propagande se moquant de Shaul.

Selon un communiqué publié sur le compte Twitter du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le cabinet de sécurité a discuté de la question des dépouilles des membres du Hamas « et décidé qu’elles ne seront pas rendues mais enterrées ».

Le communiqué ne précisait pas les plans d’enterrement, mais annonçait que la même réunion avait également porté sur les moyens de récupérer les dépouilles de soldats tués dans la guerre de Gaza en 2014 et d’obtenir la libération de deux civils israéliens portés disparus dans la bande de Gaza et qui seraient détenus par le Hamas.

Les ministres ont adopté un « plan d’action », a précisé le texte sans donner de détails. Les deux votes ont été unanimes.

Oron Shaul, Hadar Goldin et Avraham Mengistu. (Crédit : Flash 90/Times of Israel)

Oron Shaul, Hadar Goldin et Avraham Mengistu. (Crédit : Flash 90/Times of Israel)

Le Hamas a condamné la décision israélienne sur les dépouilles. Son porte-parole Fawzi Barhoum a dénoncé « une occupation barbare et criminelle » de la part d’Israël. « Ces décisions ne donneront pas de résultats positifs », a-t-il prévenu sans plus de précisons.

Suite à la décision, les parents de Goldin et Shaul ont exprimé leur faible optimisme et parlé au téléphone avec le colonel Eliezer Toledano, secrétaire militaire de Netanyahu, et Lior Lotan, négociateur en chef pour les otages d’Israël.

« Nous n’allons pas donner une médaille à ceux qui ont décidé de faire trop peu et trop tard. Le plan d’action que le cabinet a décidé à l’unanimité traite de sujets importants qui peuvent faire pression sur le Hamas. Mais la responsabilité revient au Premier ministre, qui met en œuvre la décision, ont déclaré les Goldin dans un communiqué. De plus, nous attendons qu’il y ait un mécanisme clair de mesures plus fortes et plus draconiennes contre le Hamas, dans toutes les actions que le gouvernement devrait maintenant prendre. »

Les parents des soldats israéliens décédés Oron Shaul et Hadar Goldin ont protesté devant la résidence de Jérusalem du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 27 juin 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les parents des soldats israéliens décédés Oron Shaul et Hadar Goldin ont protesté devant la résidence de Jérusalem du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 27 juin 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La famille de Shaul a déclaré dans un communiqué que « nous avons déjà abandonné sur des choses que le gouvernement israélien a affirmé sur le sujet, et nous attendons des actions opératives », a-t-elle déclaré selon la Dixième chaîne. « A notre avis, rien n’a changé et nous attendons que le Premier ministre prenne une décision et ramène à la maison Oron Shaul. »

Pendant la guerre de 2014 entre le Hamas et Israël, l’opération Bordure protectrice, les corps des soldats Shaul et Goldin ont été saisis par le groupe terroriste, qui, selon tous les témoignages, les détient toujours.

Même si Israël a déterminé sans aucun doute que Shaul et Goldin était mort avant que leurs corps ne soient pris, le Hamas n’a jamais reconnu que les soldats étaient morts.

Pendant le week-end, le Hamas a publié deux vidéos visant à augmenter la pression que place la population israélienne sur ses dirigeants pour faire revenir les soldats, et qui se moquaient de l’échec du gouvernement à sécuriser leurs corps plus de deux ans après la fin du conflit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu habillé en clown dans une vidéo de propagande du Hamas, diffusée le 31 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu habillé en clown dans une vidéo de propagande du Hamas, diffusée le 31 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En novembre, le chef des ressources humaines de l’armée israélienne avait déclaré qu’il n’y avait rien de nouveau à l’horizon dans les efforts de récupération des corps des deux soldats.

En septembre, Lior Lotan, le négociateur israélien, avait indiqué que le Hamas avait refusé d’échanger les corps de deux soldats israéliens contre 19 corps de Palestiniens et 18 prisonniers.

Le groupe terroriste avait également refusé une proposition israélienne de remettre Mengistu et Anima en échange de dizaines de Gazaouis qui ont été arrêtés après avoir traversé illégalement la frontière israélienne.

Depuis plus de deux ans que Shaul et Goldin sont détenus dans la bande de Gaza, les efforts de récupération des corps sont restés un sujet délicat au sein de la société israélienne. Les familles des soldats ont appelé à plusieurs reprises le gouvernement à prendre une position plus dure contre le groupe terroriste.

Israël s’est souvent donné beaucoup de mal pour retrouver les corps des soldats dont le lieu d’enterrement est inconnu. L’armée israélienne compte une unité spéciale, au sein de la Branche des Ressources humaines, pour les retrouver et, dans certains cas, lancer des missions de recherches régulières.

Gilad Shalit à sa libération, en octobre 2011.(Crédit : GPO/Flash90)

Gilad Shalit à sa libération, en octobre 2011.(Crédit : GPO/Flash90)

Pour les soldats vivants, comme Gilad Shalit, qui avait été capturé par le Hamas en 2006, et pour les corps des soldats décédés, Israël a souvent accepté des échanges qui étaient largement pas proportionnés avec des groupes terroristes.

Pour assurer la libération de Shalit, Israël avait par exemple libéré 1 027 terroristes de ses prisons.

Cette politique fait débat dans la rue israélienne ainsi qu’au plus haut niveau des services de sécurité du pays. D’une part, Israël doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour ramener les soldats qui sont tombés entre des mains ennemies. D’autre part, une telle approche sentimentale envers les individus, en particulier envers les dépouilles, est finalement une faiblesse, qui peut être et a été exploitée par les ennemis d’Israël.

Le groupe terroriste du Hamas demande depuis longtemps qu’Israël libère d’abord les centaines de Palestiniens qui ont été arrêtés après avoir été libérés dans le cadre de l’accord Shalit de 2011, avant d’accepter de commencer des négociations avec Israël pour un échange de prisonniers.

L’AFP a contribué à cet article.