Les accusations des agences américaines du renseignement selon lesquelles la Russie a piraté des ordinateurs puis fait fuiter des documents pour nuire à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton ont retenti jusqu’en Europe, où la France et l’Allemagne doivent voter en 2017.

Voici des déclarations officielles concernant la cyber-menace russe.

Etats-Unis

Le 7 octobre, un mois avant le scrutin, le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) et la direction du renseignement (DNI) affirment que le gouvernement russe a dirigé un piratage de comptes de personnalités et d’organisations politiques dans le but « d’interférer dans le processus électoral américain ».

Les deux organisations fédérales précisent que des documents ainsi dérobés ont été remis au site WikiLeaks pour publication.

« Nous pensons, compte tenu de l’étendue et de la sensibilité de ces initiatives, que seuls des hauts responsables russes ont pu autoriser ces activités », relèvent-elles.

A gauche, le président américain élu Donald Trump à Tampa, en Floride, le 5 novembre  2016, et la candidate démocrate à la présidence Hillary Clinton à Allendale, dans le Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP)

A gauche, le président américain élu Donald Trump à Tampa, en Floride, le 5 novembre 2016, et la candidate démocrate à la présidence Hillary Clinton à Allendale, dans le Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP)

Un rapport de l’agence de renseignement CIA fuite dans la presse après l’élection, accusant cette fois le pouvoir russe d’avoir délibérément tenté de faire élire Donald Trump au détriment d’Hillary Clinton.

Et jeudi, la Maison Blanche est allée plus loin : « je ne pense pas que des événements aux ramifications aussi importantes se produisent dans le gouvernement russe sans que Vladimir Poutine ne soit au courant », a affirmé Ben Rhodes, un proche conseiller de Barack Obama sur la chaîne MSNBC, impliquant directement la responsabilité du président russe.

Ce piratage informatique a non seulement affecté les démocrates dans la course à la présidence mais également des élections pour le Congrès à Washington et des scrutins locaux.

Allemagne

La chancelière allemande Angela Merkel au lycée français de Berlin, le 3 mai 2016. (Crédit : Clemens BIlan/AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel au lycée français de Berlin, le 3 mai 2016. (Crédit : Clemens BIlan/AFP)

Tandis que le pays commence les préparatifs pour une élection législative qui aura probablement lieu en septembre 2017, la chancelière Angela Merkel, qui brigue un quatrième mandat, et de hauts responsables ont prévenu que l’Allemagne allait être visée par des cyberattaques en provenance de Russie.

Il existe des « informations selon lesquelles des cyberattaques se produisent dans le seul but de créer de l’incertitude politique », a estimé fin novembre Bruno Kahl, patron des renseignements extérieurs allemands.

« L’Europe est au centre de ces tentatives de déstabilisation et l’Allemagne tout particulièrement », a-t-il poursuivi, précisant que des « éléments » pointaient en direction de la Russie.

Le patron du renseignement intérieur allemand, Hans-Georg Maassen, a évoqué la semaine dernière une campagne de piratages et de désinformation dirigée par Moscou qui prend de l’ampleur dans le but de « déstabiliser » l’Allemagne.

« Dans la sphère politique, nous détectons un espionnage informatique de plus en plus agressif », a-t-il relevé. « Des informations récoltées par des cyberattaques pourraient apparaitre dans la campagne, de façon à discréditer les acteurs politiques allemands. Les signes de tentatives d’influencer les élections parlementaires allemandes l’an prochain se multiplient ».

Royaume-Uni

Il n’y a pas d’élection prévue à ce stade dans le pays. La semaine dernière, le patron du renseignement extérieur MI6 Alex Younger a estimé que la « guerre hybride », cyberattaques et propagande, représentait une « menace fondamentale » pour les démocraties occidentales.

Visant indirectement la Russie, il a relevé que « la connexion au coeur de la mondialisation peut être exploitée par des Etats ayant des intentions hostiles » pour accroître leur influence.

France

Avec des élections présidentielle en avril/mai puis législative en juin et sénatoriale en septembre, les dirigeants français ne font néanmoins pas part publiquement d’inquiétudes concernant une éventuelle ingérence russe dans la campagne.

François Fillon (Crédit : Remi Jouan/CC BY 3.0)

François Fillon (Crédit : Remi Jouan/CC BY 3.0)

François Fillon, candidat du parti conservateur les Républicains pour la présidentielle, a été accusé de faire preuve d’un « tropisme pro-russe » par Manuel Valls, ancien Premier ministre et candidat aux primaires de la gauche. La candidate du parti d’extrême droite Front National, Marine Le Pen, s’est tournée vers une banque russe en 2014 pour obtenir un prêt de neuf millions d’euros pour financer son parti. Elle a annoncé plus tôt cette année qu’elle allait de nouveau se tourner vers des banques russes à la recherche de fonds supplémentaires.