Peu avant 12h30 dimanche, moment où Israël avait promis de rouvrir le mont du Temple aux fidèles musulmans, un groupe de responsables du Waqf, chargé de la gestion religieuse du lieu saint, est arrivé Porte des Tribus, l’un des neuf points d’entrée sur le complexe. Cette zone, proche de la porte des Lions de la Vieille Ville, a connu certains des affrontements les plus violents entre forces de sécurité israéliennes et manifestants musulmans au moment de l’éclatement de la deuxième intifada, il y a 17 ans.

Les forces de sécurité israéliennes y étaient déployées depuis plusieurs heures, pendant que les policiers installaient des détecteurs de métaux, conçus pour empêcher les fidèles d’introduire des armes à feu, des couteaux et d’autres armes sur le site.

La décision d’installer des détecteurs de métaux aux entrées du complexe était la conséquence évidente de l’attentat de vendredi, où trois Arabes israéliens d’Umm al-Fahm ont émergé du complexe du mont du Temple, armes à la main, et ont tiré sur les policiers Kamil Shnaan et Haiel Sitawe, qui étaient en service, en les blessant mortellement. Jusqu’à dimanche, le seul accès au mont où étaient installés des détecteurs de métaux était la Porte Mughrabi, seul entrée des non musulmans.

La réouverture officielle dimanche du mont du Temple, fermé sans précédent depuis vendredi, pendant que la police cherchait des armes qui auraient pu être cachées sur le complexe, était supervisée par le chef de la police de Jérusalem, Yoram Halevy. Il se tenait à côté des nouveaux détecteurs de métaux, et attendait patiemment l’arrivée de la délégation de Waqf, avec qui il comptait accueillir les fidèles musulmans de retour.

Des fidèles musulmans protestent contre les détecteurs de métaux mis en place à l'entrée du mont du Temple après un attentat, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des fidèles musulmans protestent contre les détecteurs de métaux mis en place à l’entrée du mont du Temple après un attentat, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les responsables du Waqf savaient déjà que des détecteurs de métaux seraient maintenant présents sur la porte, ils savaient que les médias internationaux attendraient pour voir comment les choses se passaient, et ils avaient évidemment décidé d’utiliser cette opportunité pour démontrer leur opposition, sachant qu’elle serait diffusée dans le monde entier par les dizaines de journalistes rassemblées sur place.

Les policiers présents ont indiqué à Ahmed Omar al-Kiswani, le directeur de la mosquée Al-Aqsa, et au juge de la charia Wasef al-Bakri qu’ils n’avaient pas besoin de passer par les détecteurs de métaux et pouvaient entrer directement sur le complexe du mont du Temple. Mais au lieu d’entrer, les responsables du Waqf se sont théâtralement arrêtés, et ont soudainement commencé à protester en criant contre l’ « attaque contre la mosquée Al-Aqsa » d’Israël.

« Nous n’accepterons pas cette violation du statu quo, et nous ne retournerons à la mosquée qu’une fois qu’il sera restauré, ont-ils crié. Nous n’accepterons pas de contrôle de sécurité à Al-Aqsa […]. Ne passez pas par les portes. »

Immédiatement, une foule de plus en plus importante a répondu avec des chants de « Allahu Akbar ».

L’entourage accompagnant les responsables du Waqf et d’autres fidèles se sont ensuite lentement éloignés des détecteurs de métaux et ont commencé leurs prières de l’après-midi ici et là, devant le mont du Temple.

L'adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et l'adjudant Haiel Sitawe, à droite, les deux policiers morts dans l'attentat terroriste perpétré sur le mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017. (Crédit : Police israélienne)

L’adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et l’adjudant Haiel Sitawe, à droite, les deux policiers morts dans l’attentat terroriste perpétré sur le mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017. (Crédit : Police israélienne)

Halevy avait espéré que la réouverture du site serait une célébration. Elle s’est en fait rapidement transformée en acte de protestation contre l’installation de détecteurs de métaux, conçus pour assurer la sécurité sur le site et ses alentours.

La manifestation organisée pour la télévision a été diffusée par d’innombrables médias, particulièrement dans le monde arabe. Al-Kiswani, qui a clairement apprécié le feu des projecteurs, a donné des interviews, tout en ordonnant aux fidèles de ne pas aller prier dans la mosquée Al-Aqsa tant que les détecteurs de métaux étaient en place.

Al-Kiswani savait très bien que les trois tueurs de vendredi avaient caché les armes utilisées pour tuer des policiers sur le mont. Il savait aussi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait parlé samedi soir avec le roi Abdallah II de Jordanie, qui paie son salaire, de la réouverture prévue du complexe. Il a néanmoins décidé que ceci était la réponse appropriée.

Trois Arabes israéliens nommés par le Shin Bet comme responsables du meurtre de deux policiers israéliens à côté du mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017 : Muhammad Ahmed Muhammad Jabarin, 29 ; Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 et Muhammad Ahmed Mafdal Jabarin, 19. (Crédit : capture d'écran de la Deuxième chaîne)

Trois Arabes israéliens nommés par le Shin Bet comme responsables du meurtre de deux policiers israéliens à côté du mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017 : Muhammad Ahmed Muhammad Jabarin, 29 ; Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 et Muhammad Ahmed Mafdal Jabarin, 19. (Crédit : capture d’écran de la Deuxième chaîne)

Et ce n’était qu’une partie de la mascarade. Ce qu’al-Kiswani ne savait pas, c’était qu’au même moment, non loin de là, le directeur du Waqf, le cheikh Azzam al-Khatib, était entré sur le complexe du mont du Temple, accompagné d’une large délégation de fonctionnaires du Waqf. Il était passé par la Porte de Majlis, adjacente aux bureaux du Waqf. Pendant qu’al-Kiswani protestait contre les violations israéliennes présumées sur le site, son chef, au même moment, n’était pas seulement en train d’encourager les fidèles à venir prier à la mosquée, mais les menait même sur le mont.

Pendant les heures qui ont suivi, porte des Lions, la situation est restée tendue. Quand des fidèles tentaient d’entrer sur le site en passant par les détecteurs de métaux, on leur criait immédiatement de ne pas le faire.

Beaucoup ont été dissuadés. Mais un petit flot constant est entré, par la Porte des Tribus et la Porte de Majlis. A 14h00, la police a estimé que quelque 600 fidèles musulmans étaient sur le complexe, et al-Khatib expliquait aux journalistes rassemblés sur le site que la mosquée Al-Aqsa ne pouvait pas être laissée seule et abandonnée.

Devant la Porte des Tribus, des dizaines de personnes s’entassaient, tentant d’empêcher toute personne d’entrer. Beaucoup des manifestants étaient des femmes, certaines pleuraient pour la mosquée.

« Ne pleure pas. Pourquoi est-ce que tu pleures ? », demandait un homme âgé à une femme assise près des détecteurs de métaux. « Rappelle-toi ce que le prophète [Mahomet] a traversé, ce que ses compagnons ont traversé. L’islam sera victorieux, ma fille, ne t’inquiète pas », lui a-t-il assuré. Les larmes ne se sont pas arrêtées.

Des femmes musulmanes devant le mont du Temple protestant contre les nouvelles mesures de sécurité, le 16 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Garabli/AFP)

Des femmes musulmanes devant le mont du Temple protestant contre les nouvelles mesures de sécurité, le 16 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Garabli/AFP)

Nasser Kos, l’un des chefs de la malice Tanzim du Fatah à Jérusalem et figure de la deuxième intifada, est arrivé à la porte, sentant sans aucun doute le potentiel de perturbation.

Et pourtant, malgré les mises en scène du Waqf, et la présence importante des médias, les confrontations sont restées relativement mineures, et la foule n’a pas augmenté de façon spectaculaire. Il y a eu un léger mouvement quand un Juif ultra-orthodoxe, apparemment journaliste, est arrivé et a commencé à prendre des photographies. Certains des fidèles musulmans ont semblé troublés par son apparence « juive », et ont commencé à marcher vers lui de manière plutôt menaçante.

Deux jeunes Israéliens sont ensuite apparus, enregistrant la scène sur leurs téléphones portables. Il se trouve que les deux hommes étaient Matan Peleh, directeur de l’association de droite Im Tirzu, et Tom Nisani, directeur des opérations de l’association. Des arguments ont été échangés, et la police les a éloignés, pendant que Peleg criait « le peuple d’Israël n’a pas peur ».

On ne sait pas pourquoi certains responsables du Waqf, dont les membres sont des fonctionnaires jordaniens, ont fait ce choix de confrontation. Ils ont peut-être été inspirés par le comportement de la Jordanie, à savoir sa demande déraisonnable vendredi de réouverture immédiate du complexe, alors même qu’Israël cherchait des armes.

Manifestation contre la fermeture du mont du Temple après la mort de deux policiers israéliens sous les balles de trois terroristes arabes dans la Vieille Ville, à Amman le 15 juillet 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Manifestation contre la fermeture du mont du Temple après la mort de deux policiers israéliens sous les balles de trois terroristes arabes dans la Vieille Ville, à Amman le 15 juillet 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Samedi, une manifestation anti-Israël/pro-Al-Aqsa a été organisée à Amman. Dimanche, le président du Parlement jordanien a lu un éloge funèbre des « martyrs de Palestine et de la famille Jabarin » dont étaient issus les tueurs. Il a affirmé que l’attentat était un acte héroïque. Tout ceci a eu lieu alors que le roi Abdallah II et Netanyahu s’étaient parlés et mis d’accord pour rouvrir le mont.

La question est maintenant de savoir qui cédera le premier. Un membre du royaume hachémite interviendra-t-il pour imposer des ordres ? Un membre du gouvernement israélien reculera-t-il ? Cette dernière possibilité semble particulièrement improbable : Netanyahu a dit dimanche aux journalistes que les détecteurs de métaux étaient ici pour rester, et qu’ils étaient une mesure de sécurité évidement nécessaire, pas un changement du statu quo.

Alors que la nuit tombait dimanche, des affrontements ont éclaté Porte des Tribus entre la police israélienne et des manifestants. D’autres sont attendus, sur cette scène défaillante du Moyen Orient.