Dimanche dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a mis en garde la France contre un vote reconnaissant l’État palestinien, qualifiant cet acte de « grave erreur ». Pourtant, la proposition de résolution semble a priori partie pour être adoptée par l’Assemblée nationale.

A l’instar de la Grande-Bretagne, il s’agirait en cas d’adoption lors du vote prévu le 2 décembre, d’un vote non contraignant, – autrement dit, tout ce qu’il y a de plus symbolique et n’engageant pas le gouvernement.

Certains tentent alors de se convaincre en se disant que cela n’aura aucun effet négatif sur la politique étrangère française à l’égard de l’État hébreu, tandis que d’autres comprennent – entre autres – que la portée symbolique en matière politique, s’avère essentielle et cruciale, d’où un appel au rassemblement vendredi devant le palais Bourbon, rue de l’Université à 13h.

On parle de la France, pas de la Suède, ni du Royaume-Uni, ni de l’Espagne, mais de la France, à savoir le pays, réputé pour censé être le chantre des droits de l’Homme, et qui possède en son sein la plus grande communauté juive d’Europe et la plus grande communauté musulmane. Un pays dont les élus « invitent » le gouvernement à reconnaître un État palestinien, dont le gouvernement d’union comprend à sa tête un groupe terroriste responsable des pires atrocités.

Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, Elisabeth Guigou, à l’origine de la proposition et présidente de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée estime que « le statu quo est la pire des choses ».

Au nom de « l’effort international de paix au Proche-Orient » stipulé dans l’unique article de la proposition de résolution, la députée socialiste de Seine-Saint-Denis juge que « reconnaître l’État palestinien, c’est encourager la paix et les deux parties à revenir négocier, » contredisant magistralement la position défendue par Israël et son infatigable représentant à l’ONU, Ron Prosor, qui a récemment signalé à juste titre que la reconnaissance de l’État palestinien reviendrait, – au contraire, – « à donner un État sans la paix ».

Quant aux retombées pour la communauté juive dans les rues de France, Elisabeth Guigou répond qu’il est « important d’éviter que le conflit israélo-­palestinien soit instrumentalisé en France pour alimenter un antisémitisme qui [la] révulse. » En effet, le Crif a mis en garde les élus sur les dangereuses conséquences d’une telle démarche : cette reconnaissance risque d’aggraver un antisémitisme déjà prégnant.

L’ancienne ministre poursuit son argumentaire en mettant en avant l’idée que les « implantations illégales » entravent la paix, sans toutefois pointer du doigt le terrorisme palestinien qui fait rage.

Capture d’écran Elisabeth Guigou (Crédit : YouTube)

Capture d’écran Elisabeth Guigou (Crédit : YouTube)

Aussi, elle espère que les « autres capitales européennes ainsi que le Parlement européen » suivront cette démarche. (Le Parlement européen doit se réunir le 18 décembre prochain pour débattre de la question.)

Nostalgique du discours de François Mitterrand prononcé à la Knesset en 1982, mais aussi au nom de « visées électoralistes », Benoît Hamon, l’autre ancien ministre à l’origine de la proposition, explique l’intérêt de la démarche : « Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers, qui n’a pas compris la prise de position pro-israélienne de Hollande, et qui nous a quittés au moment de la guerre à Gaza », a déclaré Benoit Hamon, cité par le Canard enchaîné.

Le député des Yvelines veut mettre la pression sur les États-Unis, seul pays membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU et allié d’Israël à n’avoir pas recouru à de pareilles démarches.

Clivage gauche-droite

« Dans les autres Parlements, le vote s’est fait à la quasi-unanimité. J’espère que nous saurons dépasser les clivages politiciens », souligne le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Bruno Le Roux.

Lors d’une conférence de presse mardi, son homologue UMP, Christian Jacob, a une nouvelle fois dénoncé le caractère inconstitutionnel de la procédure estimant que « l’on est dans le domaine réservé de l’exécutif. Entre une injonction et une invitation, la marge est limitée. »

Il a en outre indiqué que le groupe UMP « oscille entre la non participation au vote et le vote ‘contre’. »

Cet ancien exploitant agricole de Seine-et-Marne justifie ces posi-
tions : cette démarche « affaiblit la voix de la France, la voix de l’exécutif dans les négociations internationales ».

Jacob appelle à « une reconnaissance au terme d’un processus de paix clairement établi. » Il termine en expliquant que ce n’est pas la reconnaissance qui va permettre d’aboutir plus rapidement à la paix. Enfin, le député UMP ne comprend pas la véritable intention du président français François Hollande, et fustige pour finir les combines de la procédure qu’il impute aux différents partis de gauche.

Nicolas Sarkozy speaks at a meeting with European leaders to discuss the situation in Gaza, Jan, 2009. (photo credit: Olivier Fitoussi /FLASH90)

Nicolas Sarkozy (Crédit : Olivier Fitoussi /FLASH90)

Lors d’un meeting avec les militants de l’UMP organisé mardi soir dans la municipalité de Boulogne Billancourt, tenue par le maire Pierre-Christophe Baguet (UMP), l’ancien président français Nicolas Sarkozy a rappelé qu’il était nécessaire de « défendre le droit inaliénable d’Israël à la sécurité. »

Le candidat à la présidence de l’UMP souhaite que les Palestiniens aient un État et rappelle le rôle qu’il avait joué en faveur de l’adhésion des Palestiniens à l’UNESCO.

Il reproche cependant au « PS de vouloir reconnaître unilatéralement un État palestinien quelques jours après un attentat sanglant à Jérusalem. » (Le vote était prévu avant le massacre de la synagogue de Har Nof.)

Le président du groupe UDI, Philippe Vigier s’inquiète de la situation : « Cela va crisper la France, » peut-on lire sur Le Figaro.fr.

Nadine Morano, ancienne ministre délégué du Travail sous Sarkozy, s’est exprimée sur BFMTV : « Je suis favorable à une reconnaissance mutuelle. Le texte socialiste est dangereux. Il faut que l’Etat palestinien reconnaisse l’Etat d’Israël. Le Hamas qui participe à la gouvernance de Gaza est reconnu comme une organisation terroriste. Sa charte dit : ‘il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le djihad’. Il ne faut pas oublier qu’Israël est attaqué ».

Quant aux deux députés FN qui siègent à l’Assemblée nationale, ils sont d’accord sur le fond, mais n’agiront pas de la même manière. En effet, Gilbert Collard s’y opposera tandis que Marion Maréchal le Pen votera ‘pour’.

Pourquoi cette différence ? « Oui à la création d’un État palestinien, pour éviter le terrorisme, il faut avant tout parler d’État à État. Mais à condition que la Palestine accepte de reconnaître l’État d’Israël et à condition qu’elle condamne, mais fermement, définitivement, dans sa totalité le terrorisme. A partir de ce moment-là on pourra parler de la reconnaissance d’un État palestinien. Mais aujourd’hui, en l’état de cette résolution, je ne vois vraiment pas pourquoi on la voterait. » a martelé le député du Gard.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius ne se prononce pas personnellement et cite la position de la France depuis 1947 sur son compte Twitter.

Yossi Gal, l’ambassadeur d’Israël en France a constaté que « les initiatives lancées au Sénat [11 décembre] et à l’Assemblée nationale en faveur d’une reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien, sans négociations, sans conditions et sans mettre un terme à la terreur sont mauvaises pour la diplomatie de la France, mauvaises pour Israël et la communauté juive en France et surtout contre-productives pour les intérêts palestiniens et la paix au Proche-Orient. » C’est là que le bât blesse.

La République française semble oublier que 135 autres pays ont déjà reconnu l’État palestinien tandis que le statu quo perdure.

Tant que le Hamas poursuivra son programme terroriste acté dans sa charte, tant que Mahmoud Abbas n’arrivera pas à garantir la sécurité et que le terrorisme continuera de faire rage, ces initiatives diplomatiques, même nombreuses, resteront vaines.

Au lieu de contribuer à la paix, – qu’Israël veut mais pas à n’importe quel prix, pas n’importe comment et pas avec n’importe qui – cette démarche envenime les choses.

Elle divise, au lieu de rassembler et donne de précieux arguments aux Européens quant à leur volonté (bientôt actée ?) de boycotter Israël et ses produits fabriqués dans les Territoires palestiniens. Et cette démarche n’aide ni les Palestiniens ni les Israéliens à se rapprocher et à se diriger vers une reprise des pourparlers.