Une importante commission de la Knesset va se réunir mercredi après-midi pour voter sur la levée de l’immunité parlementaire de Basel Ghattas, le député de la Liste arabe unie, qui est soupçonné d’avoir transmis des objets interdits à des détenus palestiniens d’une prison palestinienne.

Ghattas a été interrogé mardi par l’unité de la police israélienne, Lahav 433. Il est soupçonné d’avoir transmis dimanche, pendant une visite à la prison de Ketziot, au sud de Beer Sheva, des téléphones portables miniatures et des notes secrètes à deux membres du Fatah emprisonnés, dont l’un purge une peine de 37 ans de prison pour l’enlèvement et le meurtre d’un soldat israélien.

Le procureur général Avichai Mandelblit a envoyé mercredi matin un appel urgent au président de la Knesset, Yuli Edelstein, exhortant la commission des Affaires internes à se prononcer sur l’immunité de Ghattas pour faire avancer les procédures judiciaires contre le député arabe.

La réunion de la commission des Affaires internes, annoncée par son président Yoav Kisch (Likud), déterminera si l’immunité de Ghattas peut être levée, ouvrant la voie à une arrestation du député et peut-être à un procès.

« Nous aurons un débat substantiel, pas incendiaire, a déclaré Kisch dans un communiqué. Les ramifications sont graves, et nous le traiterons ainsi. »

Yoav Kisch, député du Likud et président de la commission des Affaires internes de la Knesset, et Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant une réunion de la commission, le 20 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yoav Kisch, député du Likud et président de la commission des Affaires internes de la Knesset, et Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant une réunion de la commission, le 20 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plusieurs députés de la coalition ont demandé que Ghattas, député du parti Balad, qui fait partie de la Liste arabe unie, perde son immunité parlementaire, et soit jugée après la publication des accusations à son encontre.

Selon la Deuxième chaîne, pendant son interrogatoire mardi, la police a montré à Ghattas des vidéos de lui remettant les objets interdits, et le député a avoué.

Un communiqué de bureau de Ghattas publié plus tard dans la soirée a cependant affirmé qu’il « n’a pas avoué pendant son interrogatoire qu’il avait transmis des téléphones portables [aux prisonniers], comme l’affirme le reportage [de la Deuxième chaîne]. »

Il a « répondu aux questions des enquêteurs et souligné qu’il n’a commis aucune violation de la sécurité nationale, et nié les accusations portées contre lui », a-t-il déclaré dans le communiqué.

Mardi, la commission des Affaires internes a interdit à tous les députés de rendre visite aux prisonniers purgeant une peine pour terrorisme ou d’autres crimes sécuritaires.

Le Shin Bet avait recommandé cette interdiction, a déclaré pendant la réunion le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan.

Erdan a dit avoir parlé à Nadav Argaman, le chef du Shin Bet, et « en ce qui le concerne, une interdiction générale de toutes les rencontres entre députés et prisonniers sécuritaires devrait être instituée », a dit le ministre à la commission.

L’interdiction ne peut venir que de la Knesset elle-même, puisque les députés jouissent de l’immunité parlementaire, qui empêche de telles restrictions par d’autres institutions légales. L’interdiction s’applique à tous les prisonniers détenus pour des crimes de sécurité nationale, qu’ils soient Israéliens ou Palestiniens.

Interrogé sur l’affaire mardi, Erdan a critiqué Ghattas.

« C’est un député qui il y a seulement trois ou quatre mois a respecté une minute de silence pour la mémoire des meurtriers de la récente vague terroriste à Jérusalem, qui rejoint des flottilles d’identification avec Gaza, qui affirme que [l’ancien président] Shimon Peres est le plus grand des criminels de guerre, qui se faufile sur le mont du Temple juste pour provoquer. Ce ne sera pas un grand désastre qu’il ne soit plus à la Knesset, même s’il n’est pas jugé coupable [dans cette affaire] », a déclaré le ministre.

Alors qu’il entrait dans le bâtiment de la police mardi, Ghattas a déclaré aux journalistes que « j’en sortirai la tête haute, et il apparaîtra finalement que d’une taupinière, une montagne a été créée. »

Affirmant que les accusations étaient « une chasse aux sorcières politique », il a déclaré que « nous nous sommes habitués à être interrogés comme cela ; ce n’est que pour nuire à notre lutte [pour la cause palestinienne]. »

L’un des prisonniers visités par Ghattas est Walid Daka, qui purge une peine de 37 ans pour l’enlèvement et le meurtre de Moshe Tamam, soldat israélien de 19 ans. Tamam a été enlevé par un groupe d’Arabes israéliens quand il descendait du bus, à quelques minutes de chez lui, près de Netanya, en août 1984. Son corps avait été retrouvé quatre jours après : il avait été abattu, et son visage salement mutilé.

Gila, la mère de Moshe Tamam, enlevé et assassiné par un groupe d'Arabes israéliens en 1984. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Gila, la mère de Moshe Tamam, enlevé et assassiné par un groupe d’Arabes israéliens en 1984. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Quatre Arabes israéliens affiliés au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ont ensuite été jugés coupables de cette attaque, dont Daka, qui a été condamné à la perpétuité en 1987 pour son implication (en 2012, Shimon Peres, alors président, avait allégé sa peine.)

Daka avait fait les gros titres en 1999 après être devenu le premier prisonnier palestinien autorisé à se marier pendant son incarcération, et pour sa bataille juridique prolongée pour obtenir des visites conjugales. Il a notamment écrit un livre, Redéfinir la torture et des chroniques pour différents journaux. Daka a également désavoué juridiquement son ancienne adhésion au FPLP et dément toutes les accusations contre lui. Son histoire a inspiré une pièce, « Un temps parallèle », qui a été représentée au théâtre Al-Midan de Haïfa, entraînant une réponse furieuse des proches de Tamam et du ministère de la Culture.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.