Moshe Kahlon, le président du parti Koulanou, a déclaré que lui et le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’étaient « plus un sujet », poussant le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, président du parti Shas, à proposer de nouvelles élections, un nouveau coup porté à une coalition de plus en plus instable.

Kahlon, ministre des Finances et allié de longue date de Netanyahu, a fait entendre ses doléances contre le Premier ministre au sujet du nouveau radiodiffuseur public.

Netanyahu, qui était également jusqu’à récemment ministre des Communications, mène la bataille contre la nouvelle corporation avant même le début de sa diffusion publique en Israël.

En fin d’année dernière, le Premier ministre avait changé de politique et appelé à la réhabilitation de l’IBA, l’Autorité de radiodiffusion d’Israël et le précurseur du nouveau diffuseur, dont son propre gouvernement avait voté le démantèlement. Kahlon, pour sa part, s’est battu pour obtenir la mise en place d’un nouveau radiodiffuseur public, comme cela avait été légiféré, et avec une intervention gouvernementale réduite.

Mercredi soir, pendant un évènement conçu pour renforcer la camaraderie de la coalition en raison des récentes tensions, Netanyahu a demandé un report de six mois de l’ouverture du nouveau radiodiffuseur, qui doit commencer à émettre en avril. Son appel a eu lieu juste après des manifestations des employés de l’IBA, dont beaucoup perdront leur travail quand la nouvelle corporation commencera à émettre sur les ondes du pays.

Jeudi matin, pendant une conférence à Tel Aviv, Kahlon a révélé que sa relation avec le Premier ministre s’était détériorée en raison de ces affrontements sur l’IBA.

Le président du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri, ministre de l'Intérieur, lors d'une réunion du groupe parlementaire de son parti à la Knesset, le 23 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le président du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri, ministre de l’Intérieur, lors d’une réunion du groupe parlementaire de son parti à la Knesset, le 23 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Kahlon et Netanyahu ne sont plus un sujet », a-t-il déclaré.

Avant la réunion de cabinet organisée jeudi matin, Deri, le président de Shas, a affirmé que de nouvelles élections étaient préférables à des querelles incessantes au sein de la coalition.

« Je l’ai dit hier, à ce qui devait être un évènement de développement de l’esprit d’équipe, que les gouvernements ne s’effondrent pas sur les grosses choses mais plutôt sur les petites. C’est une honte qu’il semble que ce fossé s’élargisse. Je ne prévois pas de rester dans un gouvernement qui se base sur des coups tordus et des tentatives d’éjecter l’un ou l’autre. Si les gens ne peuvent pas s’entendre, alors il vaut mieux organiser de nouvelles élections », a-t-il déclaré.

Des responsables du ministère des Finances ont également critiqué Netanyahu mercredi pour sa volte-face en déclarant son soutien aux employés de l’IBA, notant ses anciennes critiques du média public, qu’il considérait comme un média de gauche soutenant le terrorisme.

« Netanyahu semble avoir oublié qu’il a appelé [les employés de l’IBA] des membres du Hamas et adopté une loi pour limiter leur intégration au sein du [nouveau] radiodiffuseur », ont déclaré des sources anonymes du ministère des Finances aux médias.

Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

En 2014, la Knesset a adopté une grande réforme pour fermer l’IBA, en difficulté financière, qui était à l’époque décrite par les politiciens comme hors de propos et coûteuse, et pour la remplacer par une nouvelle corporation, qui devait commencer au 31 mars 2015.

La loi, proposée par Gilad Erdan, qui était alors ministre des Communications et est à présent ministre de la Sécurité intérieure, vise à garantir l’indépendance éditoriale de la nouvelle corporation par rapport à l’IBA, en l’exemptant des règles de supervision gouvernementale qui s’appliquent à la plupart des autres corporations publiques, et en limitant sérieusement la capacité des politiciens à intervenir sur son contenu et les nominations de son équipe de direction.

Cependant, suite aux efforts de Netanyahu pour repousser l’inauguration de la corporation à 2018, et à un projet de loi du Likud pour annuler totalement cette législation, la direction de la corporation avait annoncé en octobre qu’elle serait prête à diffuser au 1er janvier. Cette date a ensuite été repoussée au mois d’avril.

Des responsables du Likud ont affirmé qu’annuler la mise en place de la nouvelle corporation permettrait à l’Etat d’économiser 2,5 milliards de shekels, un chiffre qui avait ensuite été moqué par Erdan et par le ministère des Finances.

Des critiques de la coalition comme de l’opposition affirment que ces retards sont dus à la crainte de Netanyahu devant l’indépendance politique de la corporation.

Le président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, et le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, à la Knesset, le 22 juillet 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, et le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, à la Knesset, le 22 juillet 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Cette semaine, juste avant la pause parlementaire, le ministre de la Défense Avigdor Liberman et le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui président respectivement les partis Yisrael Beytenu et HaBayit HaYehudi, se sont affrontés mercredi sur la demande de Liberman qu’un rabbin, qui dirige une académie prémilitaire, démissionne après des propos insultants envers les soldates.

Cette semaine également, le parti Yahadout HaTorah a menacé de ne pas voter avec la coalition la semaine prochaine à moins qu’une commission qui doit superviser les autorisations des écoles ne soit établie lundi. Les accords de coalition signés par Netanyahu et le parti ultra-orthodoxe en 2015 stipulent que cette commission devait être mise en place dans les 60 jours suivant la formation d’un gouvernement.

La Knesset sera en vacances parlementaires à partir du 26 mars.