Des points d’achoppement sont apparus vendredi, au troisième jour de négociations à Vienne entre les grandes puissances et l’Iran sur les limites du programme nucléaire controversé de Téhéran, qualifiées de « difficiles » par toutes les parties.

« Les discussions cette semaine ont été lentes et difficiles. Des divergences importantes subsistent entre les positions des deux parties (…) Nous sommes inquiets qu’aucun progrès ne soit réalisé, et le temps est compté », a déclaré vendredi un diplomate américain sous couvert de l’anonymat.

« L’Iran a encore des choix difficiles à faire », a-t-il encore déclaré.

« ‘L’Occident doit renoncer à ses demandes excessives et avoir une évaluation précise de la réalité », a de son côté déclaré un responsable proche de la délégation iranienne à l’agence officielle Irna, concédant que les Occidentaux avaient « encore du temps pour devenir plus réalistes ».

Plus tôt vendredi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Aragchi, cité par l’agence iranienne Isna, avait souligné « un climat de bonne volonté » malgré les difficultés.

Les grandes puissances du groupe « 5+1 » (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni) et l’Iran sont réunis à Vienne depuis mercredi pour une quatrième session de négociations et une phase plus délicate, entrant dans les détails d’un éventuel accord final, qui viendrait mettre en terme à plus d’une décennie de controverses sur le dossier du nucléaire iranien.

Délai au 20 juillet

Les puissances occidentales et Israël redoutent un volet militaire dans le programme nucléaire de l’Iran, ce que Téhéran a toujours nié.

Les trois premières sessions de négociations ont été fructueuses et la rédaction d’un accord final devait débuter pendant la rencontre actuellement en cours.

Cet accord final, selon les termes d’un accord intérimaire conclu à Genève en novembre, est destiné à garantir le caractère pacifique du programme nucléaire iranien et permettre la levée de toutes les sanctions internationales visant l’Iran.

La République islamique est frappée de six résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, dont quatre assorties de sanctions économiques.

Bien que les parties semblent avoir aplani des différends, concernant notamment le réacteur à eau lourde d’Arak, elles restent prudentes et insistent sur le fait que rien n’est réglé tant que tout n’est pas réglé.

Un échec pourrait avoir de graves conséquences, entraînant éventuellement un conflit – Israël comme les Etats-Unis n’ont pas exclu une intervention militaire – et lançant une course à l’armement au Moyen-Orient.

Un accord final doit être trouvé avant le 20 juillet et, si le délai pourrait être prolongé d’un commun accord, les présidents américain Barack Obama et iranien Hassan Rohani devraient alors affronter les partisans d’une ligne dure dans leurs camps respectifs.

« La communauté internationale ne doit pas laisser le régime des ayatollahs gagner », a encore déclaré vendredi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu à Jérusalem.

La question de l’enrichissement

Téhéran a scrupuleusement respecté ses engagements, selon des rapports mensuels de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de vérifier sur le terrain la mise en application de l’accord de Genève.

Ainsi, dans son dernier rapport du 17 avril, l’Agence a affirmé que Téhéran avait réduit de 75 % son stock d’uranium hautement enrichi.

La capacité d’enrichissement d’uranium que conservera l’Iran après une éventuelle entente est l’un des sujets les plus délicats encore en discussion, selon l’experte américaine Kelsey Davenport, de l’Arms Control Association, interrogée par l’AFP.

Le nombre de centrifugeuses de nouvelle génération dont pourrait disposer l’Iran sera l’un des éléments scrutés par les parties. Cet élément, plus que d’autres, permet de déterminer le temps qu’il faudrait à la République islamique pour accumuler assez de matériau nucléaire afin de mettre au point une bombe.

Le succès des négociations est pour autant loin d’être garanti, avaient averti les délégations. « Ce n’est pas parce que nous allons commencer à rédiger qu’un accord est imminent ou que nous sommes certains de parvenir à une résolution de ces problèmes », avait mis en garde un haut représentant américain jeudi.